‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1715 sur 2407 · XXXV. Saint Anselme encore à Lyon · texte numérisé non relu

XXXV. Saint Anselme encore à Lyon

En conséquence de cette lettre d'Ives de Chartres , le pape Pascal écrivit aux évéques des trois provinces de Reims, de Sens et de Tours , que si le légat Richard n'étoit plus en France il commettoit l'affaire de l'absolution du roi à Lambert, évéque d'Arras, pour la terminer avec eux aux conditions du serment qui avoit été proposé (1 ). La lettre est du cinquième d'octobre , et fut exécutée le second de décembre à Paris, où se trouvèrent : Daimbert, archevêque de Sens , Raoul de Tours , Yves , évêque de Chartres , Jean d'Orléans , Humbaud d'Auxerre, Galon de Paris, Manassés de Meaux , Baudri de Noyon , Lambert d'Arras et Hubert de Senlis, dix en tout, et quatre abbés, Adam de Saint-Denis, Rainald de Saint-Germain-des-Prés , Olric de Saint-Magloire et Rainold de la Trinité d'Etampes, avec plusieurs autres clercs et laïques de distinction.

Après avoir lu les lettres du pape, on envoya au roi Jean, évêque d'Orléans, etGalon de Paris , lui demander s'il vouloit prêter serment ; à quoi il répondit , qu'il vouloit satisfaire à Dieu el à l'église romaine , à l'ordre du pape et au conseil des évéques. 11 vint donc dans l'assemblée nu-pieds , et avec de grandes démonstrations d humilité, et reçut l'absolution de l'excommunication. Puis, ayant touché les Evangiles, il fit le serment , où, adressant la parole à l'évêque d'Arras , comme délégué du siûnt siège , il renonça à tout commerce criminel avec Rertrade , et à se trouver avec elle , sinon en présence de témoins non suspects. Rertrade fit le même serment ; et Lambert d'Arras, les ayant absous, envoya au pape la relation de ce qui s'étoit passé.

Pendantque le légal Richardétoit en France, on lui donna des avis contre Ives de Chartres, l'accusant de permettre que l'on exerçât publiquement la simonie dans son église. Le légat lui en ayant fait une sévère réprimande , il répondit ainsi {2) : J'ai toujours eu horreur de ce crime dès le commencement de ma cléricature, et, depuis que je suis venu à l'épiscopat, je l'ai retranché autant qu'il m'a été possible. Que s'il y a encore quelques droits que le doyen , le chantre et d'autres officiers exigent de ceux qui sont reçus chanoines, malgré mes oppositions, ils se" défendent par l'usage de l'église romaine, où ils disent que les camériers et les ministres du palais exigent plusieurs choses à la consécration des évéques et des abbés , sous prétexte d'offrande ou de bénédiction , et que l'on n'y donne rien gratis jusqu'à la plume et au papier. A quoi je n'ai autre chose à répondre que cette parole de l'Evangile (3) : Faites ce qu'ils disent et non ce qu'ils font.

Cependant saint Anselme étoit à Lyon, où il demeura seize mois, c'est-à-dire toute l'année mil cent quatre, et les premiers mois de mil cent cinq (1). Dès le commencement du séjour qu'il y fit, c'est-à-dire quand Guillaume de Yarelvast l'eut quitté , il écrivit au roi d'Angleterre une lettre où , après lui avoir rendu compte de ce qui s'étoit passé à Rome et de ce que Guillaume lui avoit dit en le quittant , il ajoute : Je ne puis être avec vous comme mon prédécesseur a été avec votre père: car je n'ose ni vous rendre hommage, ni communiquer avec ceux qui auront reçu de vous les investitures des églises, à cause de la défense que le pape en a faite en ma présence. C'est pourquoi je vous prie de me mander votre volonté , afin que je sache si je puis retourner en Angleterre. Ayant envoyé cette lettre, il demeura en repos à Lyon en attendant la réponse.

Mais quand Guillaume de Yarelvast fut arrivé en Angleterre , et eut rendu compte au roi Henri de ce qui s'étoit passé (2), le roi fit aussitôt saisir à son profit tous les revenus de l'archevêché de Cantorbéry; et, quelque temps après, il écrivit à l'archevêque qu'il ne revint point s'il ne promettoit auparavant de lui garder tous les usages de son père et de son frère. Sur quoi Anselme résolut de demeurer à Lyon. Il y reçut plusieurs lettres d'Angleterre, qui lui marquoient les maux que produisoit son absence , une entre autres qui portoit : On élève aux dignités ecclésiastiques des courtisans indignes , on pille les églises , on opprime les pauvres, on enlève les vierges, et onlescorrompl; les prêtres se marient, et il se commet quantité d'autres désordres , que vous auriez pu prévenir si vous aviez bien considéré l'ancienne coutume et les règles de la condescendance ecclésiastique. Vous ne deviez pas vous retirer, quand on auroit dû vous emprisonner et vous arracher les entrailles, et vous avez fui pour une parole de l'envoyé du roi , laissant vos brebis exposées aux loups. Votre retraite a fait perdre courage à ceux qui auroient pu résister au mal, et qui se sont trouvés sans chefs. Revenez donc promplement, il y a encore du remède, et vous trouverez bien des gens prêts à vous soutenir.

La seconde année depuis qu'Anselme fut revenu de Rome à Lyon , c'est-à-dire l'an mil cent cinq, le pape tint un concile au palais de Latran pendant le carême, où il excommunia le comte de Meulan et ses complices, que l'on accusoit être cause que le roi d'Angleterre s'opiniâtroil à soutenir les investitures; il exconamunioit aussi ceux qui les avoient reçues. Mais on ne prononça point de censure contre le roi, parce qu'il devoit envoyer des députés à Rome après Pâques, qui, cette année mil cent cinq,

(1) To. X, Conc. Ep. 35, (2) Ep. 133. p. 712. v3> Mallh. xxiii, 5.

1 (1) Edmcr. 3 iNovor.

(2) Lib. 4, Kov.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ An de J.-C. lioi.

fut lo neuvième d'avril. Le pape écrivit à Anselme ce qui s'étoit passé en ce concile (1).

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