‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1722 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-CINQUIÈME

An de J.-C. 1105.1

que Rome même nous exceptera de l'excommunication. Le pape llildebrand , qui est l'auteur de ce nouveau schisme , qui le premier a levé la lance sacerdotale contre le diadème , excommunia d'abord indifTèremment tous ceux qui fa vorisoient Henri , mais ensuite, corrigeant cet exc(»s, il excepta de l'excommunication ceux qui étoient attachés à l'empereur par devoir et par nécessité , non pour exécuter volontairement ses ordres ou lui donner de mauvais conseils ; et il en fit un décret (1 ).

Sur ce que le pape Pascal traitoit l'empereur Henri d'hérétique, ils répondent : S'il l'est, nous en sommes affligés pour lui et pour nous. Nous ne disons rien maintenant pour sa défense , nous disons s(»ulement que, quand il seroit tel, nous ne laisserions pas de souffrir qu'il nous commandât, parce que nous croirions mériter par nos péchés d'avoir un tel maître; et nous ne devrions pas même en ce cas chercher à nous en délivrer en prenant les armes contre lui , mais en adressant à Dieu pour lui nos prières. Les rois , pour qui saint Paul conjuroilles fidèles de prier, n'étoient pas chrétiens -, et il dit pourquoi on doit prier pour les mauvais princes , afin que nous menions une vie tranquille (:2) . Ce seroi t une conduite apostolique d imiter l'apôtre; mais pour nos pi'chés l'apostolique, le pape, aulieu de prier pour le roi pécheur, excite la guerre contre lui, et empêcheque notre vie ne soit tranquille. D'où vient cette autorité au pape de tirer un glaive meurtrier outre le glaive spirituel? Le pape Grégoire I" dit , que s'il eût voulu se mêler de fain» mourir les Lombards, ils n'eussent plus eu ni rois ni ducs (3). Mais, ajoute-t-il, parce que je crains Dieu, je ne veux participer à la mort d'aucun liomme, quel qu'il soit. A cet exemple, tous les papes suivantsse contentoient du glaive spirituel, jusqu'au dernier Grégoire, c'est-à-dire llildebrand, qui le premier s'est armé contre Tempereur du glaive militaire , et en a armé les autres papes par son exemple.

Sur la dernière clause de la lettre , où le pape ordonne au comte de Flandre de (aire la guerre à l'empereur pour la rémission de ses péchés, le défenseur de l'église de Liège dit : J'ai beau feuilleter toute l'Ecriture et tous ses interprètes , je n'y trouve aucun exemple d'un tel commandement. Hildebrand est le seul qui , mettant la dernière main aux saints canons, a enjoint à la comtesse Malhilde, pour la rémission de ses péchés , de faire la guerre à l'empereur Henri (4). Or, nous avons appris qu'on ne peut lier ni délier personne sans examen. C'est la règle qu'avoit suivie jusqu'à présent l'église romaine. D'où vient donc cette nouvv'lle maxime, suivant laquelle on accorde aux coupables, sans confession et sans pénitence, l'impunliè de péchés passés et la liberté

d'en commettre d'autres ? Quelle porte ouvret-on par-là à la malice des hommes?

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