‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1728 sur 2407 · XLVI. Rclour de saint Anselme en Angleterre · texte numérisé non relu

XLVI. Rclour de saint Anselme en Angleterre

Saint Anselme étoit toujours à l'abbaye du Bec, où il attendoit le retour des députés que le roi d'Angleterre lui avoit envoyés à Rome (1). Cependant, il apprenoit de trisles nouvelles des exactions que ce prince faisoit dans son royaume, non-seulement sur le peuple, mais sur le clergé. Le prétexte étoit de faire observer les décrets du dernier concile de Londres touchant la continence des prêtres , car, comme, pendant l'absence d'Anselme plusieurs a voient repris ou gardé leurs concubines, on les punissoit par des amendes au profit du roi. Mais le produit s'en trouvaiU moindre que ses ofliciers n'espcToient , on étendit l'imposition sur les innocents commet sur les coupables, et on taxa généralement tous les curés. Ceux (pii ne vouloient ou ne pou voient payer èloient pris avec scandale, emprisonnés et tourmentés. Environ deux cenis se présentèrent au roi pour s'en plaindre, revêtus de leurs habits sacerdotaux; mais il ne voulut pas les écouter, et les fit chasser honteusement. Anselme en écrivit au roi, lui représentant qu'il étoit inoui qu'un prince voulut faire exécuter les lois de l'Eglise contre les ecclésiastiques par d<*s peines temporelles. C'est aux évêtpies, dit-il , à punir ces crimes , et à leur défaut c'est à l'archevêque et au primat. Le roi lui manda qu'il passeroit bientôt en Normandie, et le satisferoit sur cet article.

Cependant les députés revinrent de Rome, et rapportèrent entre autres choses une commission du pape à Anselme , pour juger la cause de Guilhiume, archevêque de Rouen. Ce prélat avoit été moine au Bec, puis à Saint- Etienne de Caen, dont il fut le second abbé, et succéda, en mil soixante-dix-neuf, à Jean d'Avranches, dans le siège de Rouen, qu'il tint pendant trente-deux ans. Guillaume, nonobstant son mérite singulier, avoit été depuis long-temps suspendu de ses fonctions p«ir le pape, et Anselme avoit intercédé pour lui par ces derniers députés. Le pape lui manda donc de faire en son nom tout ce quil jugeroit à propos dans cette affiiire. H alla à Rouen, «*i exposa la cause de sa venue dans un synode où Guillaume de Varlevast, député du roi, présenta les lettres du pape, qu'il avoit apportées de Rome; l'une adressée à l'^^ctievêque de Rouen, où le pape l'exhor/oit à éloigner de lui ceux dont les «lauvais conseils lui avoient faitcommotcre plusieurs fautes -, l'autre à Anscimr, où il marquoit qu'ayant égard à la

soumission du roi d'Anglelerre, il usoit de condescendance, et donnoit à Anselme le pouvoir d'absoudre ceux qui avoient reçu les investitures, ordonné ceux qui les avoient reçues ou fait hommage au roi (1). Puis il ajoufoit : Si quelques-uns désormais reçoivent les prélatures sans investiture, quoiqu'ils aient fait hommage au roi, vous ne laisserez pas de les ordonner, jusqu'à ce que vous persuadiez au roi de s'abstenir de cet hommage. Il permet ensuite à Anselme de recevoir à sa communion les trois évêques qui avoient fait un faux rapport au roi en mil cent deux, et d'absoudre le roi et les seigneurs qui avoient travaillé auprès de lui par ordre du pape pour l'affaire des investitures. Enfin, il lui commet celle de l'archevêque de Rouen (2). La lettre est du vingt-troisième de mars.

Quand Guillaume de Yarelvast fut arrivé auprès du roi en Angleterre, et lui eut rendu compte de ce qu'il avoit négociée Rome, le roi, très-content, le renvoya prier Anselme de revenir au plus tôt à son église. Mais Guillaume trouva le prélat malade , et en fut sensiblement aflligé, car il désiroit alors sincèrement son retour et la liberté de l'Eglise. Il l'assura que le roi étoit absolument disposé à suivre tous ses conseils , et à être toujours d'accord avec l'église romaine. Enfin il le pressa tant qu'il le tit partir du Bec , tout malade qui! étoit; mais quand il fut à Jumiéges, son ma! augmenta de telle sorte qu'il ne put passer outre. Il manda au roi la cause de son retardement, et le roi jura qu'aucune perte ne lui seroit si sensible que la mort d'Anselme, à qui il manda de se tenir en repos et songer à sa santé, l'assurant qu'il passeroit incessamment en JXormandie.

Anselme retourna donc au Bec attendre le roi, qui y vint à l'Assomption de Notre-Dame, quinzième d'août mil cent six. Alors le prélat, entièrement guéri, célébra solennellement la messe; puis le roi et lui s'assemblèrent, et (onvinrent de tous les articles qui k's avoient divisés. Le roi déchargea les églises d'Angleterre du cens que Guillaume le roux leur avoit imposé le premier, et promit que, tant qu'il vivroit, il ne prend roi t rien des églises vacantes. Quant à la taxe des curés, il promit que ceux qui n'avoient pas encore payé ne payeroient rien, et que ceux qui avoient payé seroieiU quittes de toute imposition pour trois ans. 11 promit encore sous caution la restitution de tout ce qu'il avoit pris des biens de l'église de Cantorbéry pendant l'absence de l'archevêque. Après cet accord, Anselme retourna m Angleterre, où il fut reçu avec une joie incroyable , particulièrement de la reine , qui inarchoit devant lui sur la route , et lui préparoi t les logements.

En ce voyage, Henri, roi d'Angleterre, gagna la bataille de Tinchebrai , qui le rendit maître de la Normandie, et il envoya le duc Robert, son frère, prisonnier en Angleterre, où il mourut. A la mi-octobre mil cent six, Henri assembla à Lisieux les évêques et les seigneurs de Normandie , pour régler les besoins de l'Eglise et de l'état. On y établit la paix contre les usurpations des biens ecclésiastiques, les pillages et les violences (1).

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