‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1732 sur 2407 · XLIX. Reproches contre Robert d'Arbrissellc · texte numérisé non relu

XLIX. Reproches contre Robert d'Arbrissellc

La même année, et dans le même diocèse de Poitiers , ffut fondé le célèbre monastère de Fontevraud. Robert d'Arbrisselles continuoit de prêcher , suivant l'ordre qu il en avoit reçu dix ans auparavant du pape Urbain II, et en peu de temps il fut suivi de grandes troupes de l'un et de l'autre sexe, n'osant rejeter perscmnedeceux qu'il crovoit touchés de Dieu (1). Depuis qu'il eut quitté l'abbaye de la Roue, il n'avoit voulu se lixer nulle part , pour être plus libre à prêcher de tous c(Més; mais voyant que la multitude de ses disciples augmentoit, et qu'en marchant toujours les femm »snepouvoienl éviter de loger avec les hommes, il chercha un lieu où ils pussent demeurer avec bienséance, et peut être y fut il déterminé par les mauvais discours auxquels sa conduite extraordinaire donnoit occasion.

C'est ce qui paroit par deux lettres de ses amis, l'une de Oeoffroy, abbé de Vendôme, où il l'accuse d'indiscréticm dans la trop grande familiarité avec les femmes qu'il gouvernoit. Le bruit court, dit-il (:2), que vous leur parlez souvent en particulier, et que la nuit vous ne faites pas dilTicultè de dormir entre elles, prétendant mieux combattre ainsi les tentations. Si vous le fiiites , c'est un genre de martyre nouveau et infructueux, et vous ne devez jamais avoir tant de confiance en votre vertu , que vous pensiez ne pouvoir tomber si vous ne marchez avec précaution. Ainsi parle Oeoffroy; mais il ne faut pas douter que Robert et ses disciples ne couchassent tout vêtus, suivant l'usage monastique.

L'autre lettreestd'un êvêque, que l'on croit être Marbode de R(»nnes, et elle commence par ce même reproche de familiarité excessive avec les femmes, et en fait mieux entendre l'occasion (3). On prétend, dit-il, que vous passez la nuit entre elles et vos disciples , pour leur prescrire à eux et à elles quan«l ils doivent veiller ou dormir. C'est-à-dire, qu ils passoienl une partie de la nuit en prières. 11 ajoute que plusieurs de ces femmes étoient dispersées dans des hôpitaux et des hospices pour servir les pauvres et les étrangers, et que de ce mélange avec les hommes il étoit arrivé des accidents scandaleux Le second reproche de; Marbode est l'extérieur singulier de Robert , sa grande barbe, ses pieds nus, son habit pauvre et âéchiré, qui ne convenoit ni à sa [)rofession de chanoine, ni à la prêtrise dont il étoit honoré. Cet habit , dit-il , n'est pas si propre à vous d(mner autorité parmi lessimples comme vous prétendez, quà vous faire soupçonner de folie par les gens sages. 11 l'accuse encore de déclamer contre les prêtres et les supérieurs ecclésiastiques : ce qui faisoit que plusieurs curés se trouvoient abandonnés de leurs trou-

(1) Vila c. 3, Ap. Boll.

25 fcbr. lo. 5, p. 600. Sup.

liv. LMV, n.33.

(2) Lib. IV, Ep. 47.

(3) Marb. Ep. 0.

peaux. Il blAmela facilité avec laquelle il recevoit ceux qui panûssoient se convertira ses sermons, et leur faisoit aussitôt faire profession, et l'exhorte par toute la lettre à régler son zèle avec plus de discrétion.

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