‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1736 sur 2407 · LIV. Conférence de Châlons · texte numérisé non relu

LIV. Conférence de Châlons

Ils laissèrent à leur logis le chancelier Albert, en qui l'empereur avoit une entière confiance , et vinrent à la cour du pape en grande troupe et avec un grand appareil. L'archevêque de Trêves, le plus éloquent et le plus poli de tous , et qui parioit bien françois, porta la parole, et salua le pape et la cour romaine avec offre de services de la part de l'empereur, sauf le droit de sa couronne. Puis il ajouta : Telle est la cause de l'empereur, notre maître, pour laquelle nous sommes envoyés. Dès le temps de nos prédécesseurs, hommes saints et apostoliques, de saint Grégoire le grand et des autres, le droit de l'empereur est qu'avant que l'élection d'un évêque soit publiée, elle doit être portée à sa connoissance ; si la personne est convenable , il y donne son consentement ; puis l'élection faite par le clergé sur la demande du peuple est rendue publique ; et l'élu, étant sacré librement et sans simonie, revient à l'empereur pour recevoir l'investiture des régales par la crosse et l'anneau, et lui porte foi et hommage. Et il ne faut pas s'en étonner , car il ne doit point posséder autrement les viUes, les châteaux, les péages et les autres droits qui appartiennent à la dignité impériale. Si le pape le souffre , l'état et l'Eglise demeureront heureusement unis pour la gloire de Dieu. Ce que l'on nomme ici regales , sont les biens temporels et les droits que l'évêquc possède par concession des souverains.

Après que l'archevêque de Mayence eut ainsi parlé, l'évéque de Plaisance répondit au nom du pape : L'Eglise, rachetée par le précieux sang de Jésus-Christ et mise en liberté , ne doit plus être remise en servitude; et elle seroit esclave du prince, si elle ne pou voit choisir un prélat sans le consulter. C est un attentat contre Dieu , si le prince donne 1 investiture par la verge et l'anneau qui appartiennent à l'autel ; et les prélats dérogent a leur onction s'ils soumettent leurs mains consacrées par le corps et le sang de Notre Seigneur, aux mains d'un laïque ensanglantées par l'épée. A C3 discours, les ambassadeurs allemands murmuroient avec emportement, et n'eussent épargné ni les injures ni les mauvais traitements s'ils eussent pu le faire impunément. Ils se contentèrent de dire : Ce ne sera pas ici , mais à Rome , que cette question

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

( AndcJ.-C. 1107.

se décidera, et à coups d'épée. Mais le pape envoya au chancelier plusieurs personnes de conûance et de capacité pour s'expliquer avec lui paisiblement, et le prier instamment de travailler à la pai\ du royaume. C'est ainsi que Suger rapporte cette conférence de Chàlons (1). Un auleur allemand ajoute que Henri, ne voulant pas que l'on décidât rien sur cette question dans un royaume étrang:er, obtint un délai de toute 1 année suivante |K)ur aller à Rome, et y examiner Taffaire dans un concile général.

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