Sup n
(3) To. XX, Conc. p. 748 .
(4) Léo. Ep. 1, ai. 87 .
Sup. liv. XXVI, n. ai.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.-C. 1017
Depuis plusieurs années, le royaume teutoniflue a été séparé de l'unité du saint-siége, d'où il est arrivé qu'il s'y trouve peu d'évéques ou de clercs catholiques. Etant donc nécessaire d'user d'indulgence , à l'exemple de nos pères, nous recevons à leurs fonctions les évéques de ce royaume, ordonnés dans le schisme , pourvu qu'ils ne soient ni usurpateurs, ni simoniaques, ni coupables d'autres crimes. On ût un second décret , qui porte que les auteurs du schisme n'étant plus au monde , l'Eglise doit rentrer dans son ancienne liberté , par où l'on marque la mort de l'empereur Henri. Pour retrancher donc la cause du schisme, on renouvelle les défenses faites aux laïques de donner les investitures .
A ce concile, de Guastalle vinrent des députés de l'église d' Augsbourg pour accuser llerman, leur évêque , qu'ils soutenoient avoir acheté cet évéché du défunt empereur. Il avoit été compris dans l'absolution générale que le légat Richard donna aux schismatiques après la cession de ce prince , mais sa cause n avoit pas été examinée. Ensuite, le légat étant venu à Augsbourg, le clergé et le peuple lui portèrent leurs plaintes contre Herman ; tous les chanoines se déclarèrent ses accusateurs, et l'affaire fut remise au jugement du pape. Les parties se présentèrent donc au concile de Guastalle , Tèvéque d'un côté , de l'autre les députés de son église. Le légat Richard Ut son rapport de ce qui s'étoit passé. On réitéra l'accusation, et il ne parut point de défense légitime ; ainsi tous étoient d'avis qu'Hcrman devoit être déposé ; et il l'eut été si Gébehard , évèque de Constance , n'eût remontré qu'il étoit plus à propos de le faire dans l'église même d' Augsbourg quand le pape y seroit. On prononça seulement une suspense contre l'évéque , et on prescrivituntermepourlejugementdesa cause; mais il eut ensuite l'adresse de le faire encore différer : en conséquence du décret de ce concile , le pape écrivit une lettre adressée à Gébehard , évéquc de Constance , à Oderic de Passau , et à toute la nation teutonique, où il reprend le zèle excessif de ceux qui vouloient quitter le pays pour éviter les excommuniés, et permet de recevoir à la communion de l'Eglise ceux qui n'ont communiqué avec les excommuniés que malgré eux , par la nécessité du service ou de l'habitation commune. Sur auoi il cite la constitution de Grégoire YII (1).
LU. Bernard, évéque de Parme.
De Guastalle , le pape Pascal vint à Parme , où, suivanlla prière que lui en avoient faite les habitants, il dédia l'église cathédrale en l'honneur de la Sainte-Yicrge, au lieu de saint Herculan qu'elle avoit pour patron , et il déclara cette église immédiatement soumise au saint- Ci) Pasch.Bpist.lî.Sup. liv. Lxii, n. 51.
siège. Il y sacra évéque le cardinal Bernard , que les Parmesans demandoient alors après l'avoir refusé avec outrage deux ans auparavant , et il le déclara son légat (1). Bernard étoit noble Florentin , de la famille des Uberti ; ayant embrassé la vie monastique , il fut le premier abbé de Saint-Salvi à Florence , puis le septième général de la congrégation de Yallombreuse. Le pape Urbain II le fit prétrecardinal du titre de Saint-Chrysogone , et remploya en diverses légations. Le pape Pascal l'envoya en cette qualité de légat auprès de la comtesse Mathilde pour l'aider de ses conseils ; et, comme il y étoit, quelques Parmesans catholiques et pieux vinrent le prier de venir chez eux , et de ramener, par ses instructions, les schismatiques qui y restoient depuis l'antipape Cadalous , qui en avoit été évéque (2). Bernard alla donc à Parme en mil cent quatre, y étant exhorté par Mathilde même; et, le jour de l'Assomption de la Sainte-Vierge, célébrant la messe solennellement dans son éghse , il prêcha, selon la coutume , après l'Kvangilo; mais, comme il parioit assez librement contre l'empereur Henri, le peuple, altachéà ce prince, se jeta sur lui Tépée à la main ; on l'arracha de l'autel, et on le tira hors de l'église pour le mettre en pris^)n, on pilla les vases sacrés qui étoient sur l'autel , et que Mathilde avoit donnés. La princesse,ayant appris ce désordre, vint à Parme avec des troupes ; les séditieux, effrayés, laissèrent Bernard en liberté, rendirent les vases sacrés, et Mathilde leur pardonna à l'instante prière du cardinal. Enlin , cette année mil cent six , voyant les affaires changées de face par le décès de l'empereur, ils demandèrent d'euxmêmes Bernard pour évêque.
LUI. Le pape en France.
Les Allemands tenoient pour assuré que le pape céléhreroit à Mayence la fête de Noël avec le nouveau roi et tous les seigneurs du royaume (3). Le roi, l'ayant attendu quelque temps à Augsbourg et en d'autres lieux de la haute Allemagne, passa la fêle à Ratisbonne avec les légats. Mais le pape, par le conseil des siens, avoit changé de dessein, craignant la férocité des Allemands, qu'il avoit éprouvée à Yéronne dans une sédition qui s'émut lorsqu'il y étoit logé. On lui disoit qu'ils n'étoient pas disposés à recevoir le décret contre les investitures, et que l'esprit lier du jeune roi n'étoit pas encore assez docile , c'est-à-dire que ce prince , voyant sa puissance affermie par la mort de son père , croyoit n avoir plus besoin du pape. Par toutes ces considérations , le pape dit en soupirant que la porte ne lui étoit pas encore ouverte en Allemagne, et prit son che-
(1) Domnizo. Ital. Sîbc. (2) Domnizo. Sup. livto. 2, p. 141. Ibid. p. 215. LX, n. 47.
(3) AI). Urspcrg.
AndfiJ.-C.ll07. ]
min par la Bourgogne pour passer en France. Le sujet de ce voyage étoit pour consulter le prince i^ouis, désigné roi , et l'église gallicane sur quelques difficultés touchant l'investiture ecclésiastique , qui lui étoient faites par le roi Henri , prince inhumain , qui avoit cruellement persécuté son père , et , le tenant en j)rison , La voit forcé, à ce que l'on disoit, à lui céder le royaume et les ornements impériaux. Ce sont les paroles de l'abbé Suger , auteur du temps (1). On résolut donc à Bome, qu'à cause de la perfidie des Bomains , faciles à corrompre , il étoit plus sur de délibérer en France sur ces questions. Ainsi le pape vint à Clugny, accompagné d'évéques , de cardinaux et de nobles romains, et y célébra la fête de Noël l'an mil cent six. De là il passa à la Charité, dont il dédia solennellement l'église avec une grande assemblée d'archevêques, d'évéques, d'abbés et de moines. Là se trouvèrent les plus grands seigneurs du royaume , entre autres le comte de Bochefort , sénéchal du roi de France, envoyé de sa part pour servir le pape par tout le royaume comme son père spirituel.
Le pape célébra à Saint-Martin de Tours le dimanche Lœiare , quatrième de carême , qui, cette année mil cent sept, fut le vingtquatrième de mars, et il porta la tiare pontificale, suivant l'usage de Rome. Ensuite il vint à Saint-Denis en France , où il fut reçu par l'abbé Adam avec les honneurs convenables. Mais ce qu'il y eut de mémorable, ajoute Suger, qui étoit présent, c'est que, contre la coutume des Romains, il ne désira ni l'or, ni l'argent, ni les pierreries de ce monastère , comme on le craignoit ; il ne daigna pas même les regarder . Il se prosterna humblement devant les reliques, priant avec larmes, et demanda quelque petite partie des ornements épiscopaux de saint Denis , teints de son sang , en disant : Ne faites pas difficulté de nous rendre quelque peu de vêtements de celui que nous vous avons envoyé gratuitement pour apôtre.
A Saint-Denis , le roi Philippe et le prince Louis, son fils, vinrent trouver le pape, et se prosternèrent à ses pieds. Le pape les releva de sa main , et conféra familièrement avec eux des affaires de l'Eglise, les priant tendrement de la protéger, à l'exemple de Charlemagne et des autres rois ses prédécesseurs , de résister hardiment aux tyrans, aux ennemis de l'Eglise, et en particulier au roi Henri. Les deux rois, carie prince en avoit déjà le titre, lui promirent amitié , aide et conseil , et lui offrirent leur royaume ; et, comme il devoit aller à Chàlonssur-Marne conférer avec les ambassadeurs du roi d'Allemagne, ils lui donnèrent , pour l'accompagner en ce voyage , des archevêques , des évêques , et l'abbé de Saint-Denis , avec lequel étoit Suger.
Le pape attendit quelque temps à Châlons les ambassadeurs du roi Henri, qui, étant ar-
(1) Suger. Vita Ludo. c. 9.
LIYRE SOIXANTE-CINQUIÈME.
rivés, furent logés à Saint-Mcngc. C'étoient l'archevêque de Trêves , Tévêque d'Halberstat, l'èvêque de Munster , plusieurs comtes , et le duc de Guelfe, qui faisoit toujours porter uno épée devant lui , étant d'ailleurs terrible par la hauteur et la grosseur de sa taille , et le ton élevé de sa voix : tous ces ambassadeurs sembloient être venus plutôt pour intimider quo pour raisonner.