‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1745 sur 2407 · LXI. Raoul le vert, archevêque de Reims · texte numérisé non relu

LXI. Raoul le vert, archevêque de Reims

L'archevêque de Reims étoit alors Raoul le vert , auparavant prévôt de cette église , homme démérite et ami de saint Rruno (1). L'archevêque Manassès II étant mort le dixneuvième septembre mil cent six, Raoul fut élu par une partie du clergé et du peuple, et l'autre partie, plus attachée au roi, élut suivant ses intentions, Gervais, archidiacre, fils de Hugues, comte de Rethel. IMais le pape Pascal, qui tenoit alors le concile de Reims , y cassa rélection de Gervais, et ordonna Raoul archevtHjue de Reims, sans attendre le consentement duroi; et, comme le parti de Gervais, soutenu par l'autorité du prince , empêcha Raoul de prendre possession , le pape persista à le soutenir, et mit la ville de Reims en interdit.

Tel étoit l'état des choses à la mort du roi Philippe ; et ce fut le parti de Raoul qui envoya à Orléans pour s'opposer au sacre de Louis, espérant l'obliger à reconnoître cet archevêque , ou l'empêcher lui-même d'être couronné. Mais, étant venu trop tard , ils furent contraints de s'en retourner sans rien faire. Louis avoit alors vingt-sept ans, et en régna vingt-neuf. Il est connu sous le nom de Louis le gros, et on le compte pour sixième du nom, en commençant à Louis le débonnaire.

Pour justifier son sacre , Ives de Chartres écrivit une lettre circulaire adressée à l'église romaine (2), et à toutes celles qui avoient connoissancc de la plainte du clergé de Reims, où il soutient que l'on ne peut attaquer ce sa-

(1) Pasc. Epist. U. Chr. (2) Order. lib. .\i,p. 8;J6. Cass. IV, c. 33. Suger. Vila Lud. c. 12.

(1) Sup. liv. Lxin,n.50.

Marlot. Ub. il, c. 22.

(2) Ep. 189.

cre, ni par la raison, ni par la coutume, ni par la loi. Suivant la raison, dit-il, on a dû sacrer celui à qui le royaume appartenoit par droit héréditaire , et qui avoit été élu depuis long-temps par le commun consentement des évéques et des seigneurs. D'ailleurs, comme la province belgique prétend faire son roi, quoiqu'il doive régner sur les autres provinces , par la même raison la province celtique et l'Aquitaine, qui ne doivent rien à la Relgique, peuvent élire leur roi, quoiqu'il doive aussi régner en Relgique. Quant aux exemples, Ives rapporte premièrement celui des enfants du vieux Clotaire, dont l'un résidant à Paris, l'autre à Orléans, ne recevoient ni bénédiction ni couronne de l'archevêque de Reims. Pour la seconde race , il cite Louis , fils de Louis le bègue, qui fut couronné à l'abbaye de Ferrières, Eude sacré par Gautier, archevêque de Sens, Raoul sacré à Soissons, Louis d'Outremer à Laon : et dans la troisième race , Robert à Orléans, et Hugues, son fils, à Compiègne. Les gestes de France qu'il cite pour les exemples de la seconde race , sont ce que nous appelons la continuation d'Aimoin (1). Ives montre ensuite qu'en cette occasion les évéques de la province de Sens n'ont rien fait contre la loi, puisqu'ils n'ont connoissance d'aucune loi ni d'aucun privilège qui accorde ce droit à l'église de Reims Que, quand il y en auroit, il n'eût pas été possible alors de l'exécuter , parce que l'archevêque de Reims n'étoit pas encore intronisé, et que la ville étoit en interdit , d'ailleurs, si Ton eût différé, l'état du royaume etlapaixde l'Eglise étoienlen trèsgrand péril.

Quelque temps après, Ives de Chartres et Thibaud , prieur de Saint-Martin-des- Champs à Paris, touchés de la désolation de l'église de Reims, firent de si fortes instances auprès du roi Louis, qu'ils lui persuadèrent de chasser l'usurpateur Gervais, et de consentir que Raoul demeurât archevêque. Le roi trouva bon qu'ils l'amenassent à Orléans, à sa cour de Noël , apparemment la même année mil cent huit; mais les seigneurs ne consentirent point que Raoul fût reçu en grâce s'il ne faisoit au roi serment de (idélité, comme tous ses prédécesseurs et les autres évéques du royaume. Or, comme ces serments étoient défendus par les décrets des derniers conciles , Ives écrivit au pape Pascal de leur pardonner, en considération delà paix et de la charité, cette faute, qui n'étoit pas contre la loi divine, mais seulement contre une loi positive (2). Car, ajoute-t-il, si vous voulez juger à la rigueur tout ce qui se fait par condescendance, presque tous les ministresdel'Eglise seront obligés de renoncer à leurs fonctions ou de sortir du monde ; et ils ne trouveront point où semer les biens spirituels si on ne leur permet de tolérer quelque chose de ce qui se fait selon la chair, Raoul

(1) Liv. V, c. 39, 41, 42. (2) Epist. 190.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AndftJ.-C. 1109.

AndeJ.-C. 1100]

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