‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1753 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-SIXIEME

garder. Il ne contribuera ni de son fait ni de son conseil à faire perdre au pape le pontifical , la vie ou les membres , ou le faire prendre par mauvaise voie, par soi-môme , ou par personne interposée. Et cette promesse comprend non-seulement le pape , mais ses fidèles serviteurs qui auront promis sûreté à l'empereur en son nom , c'est-à-dire Pierre de Léon avec ses enfants, et les autres qu'il déclarera à l'empereur, et si quelqu'un leur fait du tort, l'empereur les secourra fidèlement. L'empereur donnera au pape pour médiateurs Fridéric, son neveu, et dautres seigneurs qui sont nommés, au nombre de douze. Ils jureront au pape sa sûreté , et demeureront près d<* lui pour otages de l'observation de ces conditions. C'est ce qui fut promis de la part du roi Henri (1).

La convention de la part du pape fut telle. Si le roi observe ce qu'il a promis , le pape ordonnera aux évéques, présents au jour de son couronnement , de laisser au roi tout ce qui apparlenoit à la couronne au temps de Louis, de Henri et de ses autres prédécesseurs ; et il défendra par écrit, sous peine d anathème, qu'aucun d'eux, soit des présents, snit des absents, n'usurpe les régales , c'est-àdire les villes, les duchés, marquisats, comtes , monnoies , marchés , avoueries et terres qui appartenoient manifestement à la couronne , les gens de guerre et les châteaux , et qu'on n inquiète plus le roi sur ce sujet. Le pape recevra le roi avec honneur, le couronnera comme ses prédécesseurs, et lui aidera à se maintenir dans le royaume. Pierre de Léon promit de demeurer auprès du roi si le pape n'observoit pas ces conditions, et cependant de donner pour otages son fils Gralien et le fils de Hugues, son autre fils. C'est ce qui fut convenu à Rome de part et d'autre le cinquième de février.

Les députés du roi lui en ayant apporté la nouvelle, il s'avança jusqu'à Sutri, où, le neuvième du même mois , il fit en présence des députés du pape le serment dont on éloit convenu, à condition que le pape accompliroi t sa promesse le dimanche suivant. Dix seigneurs et le chancelier Albert firent le même serment pour la sûreté du pape. Ces précautions marquoienl une grande défiance de part et d autre, et ce n'étoit pas sans fondement.

m. Le roi fait arrêter le pape.

Le roi arriva près de Rome l'onzième de février, et le lendemain, qui étoit le dimanche de la Quinquagésime, le pape envoya au devant de lui divers officiers de sa cour avec plusieurs sortes d'enseignes (-2), des croix, des aigles, des lions , des loups , des dragons. Il y avoit cent religieuses portant des (lambeaux, avec une

(1) Chr.Cass.iv.c. 37. (2) Aclaap. BâroQ. an. 1111

multitude infinie de peuple portant des palmes , des rameaux et des fieurs. Hors la porte il fut reçu par les juifs, et dans la porte par les Grecs en chantant. Là, par ordre du pape, se trouva tout le clergé de Rome; et le roi étant descendu de cheval , ils le menèrent avec des acclamations de louange aux degrés de Saint-Pierre. Les ayant montés, il trouva le pape qui lattendoit , accompagné de plusieurs évéques , des cardinaux-prêtres, diacres et sous-diacres , et du reste des chantres. Le roi se prosterna et baisa les pieds du pape, puis ils s'embrassèrent et se baisèrent trois fois; et le roi , tenant la main droite du pape selon la coutume , vint à la porte d argent avec de grandes acclamations du peuple. Là, il lut dans un livre le serment ordinaire des empereurs , et le pape désigna Henri, empereur, le baisa encore , et lévéque de Lavici dit sur lui la première oraison.

Après être entrés dans l'église , ils s'assirent dans la salle, appelée la roue de porphyre, à cause du pavé figuré en rond. Le pape demanda que le roi rendît à l'Eglise ses droits , et renonçât aux investitures, comme il avoit promis par écrit. Le roi se retira à part vers la sacristie avec les évoques et les seigneurs de sa suite, où ils conférèrent long-temps. Avec eux étoienl trois évéques lombards , dont l'un étoit Bernard de Parme. Comme le temps se passoit, le pape envoya demander au roi l'exécution de la convention ; et peu après les gens de la suite du roi commencèrent à dire que l'écrit qui avoit été fait ne pouvoit subsister, comme étant contraire à l'Evangile, qui ordonne de rendre à César ce qui est à Ce sar ; et au précepte de l'apôtre, que celui qui sert Dieu ne s'engage point dans les affaires du siècle. On leur répondit par d'autres autorités de l'Ecriture et des canons; mais ils demeurèrent aheurtés à leur prétention.

Cef)endant le roi dit au pape : Je veux que la division qui est entre vous et Etienne le JNormand finissent maintenant. C'étoit un gneur romain , qui fut en grande considération sous les papes suivants. Le pape répondit (1) : \j\ plus grande partie du jour est passée, et l'office sera long, commençons, s'il vous plaît , par ce qui vous regarde. Aussitôt un de ceux qui étoient venus av(»c le roi se leva et dit : A quoi bon tant de discours? sachez que l'empereur, notre maître, veut recevoir la couronne connue l'ont reçue, Charles, Louis et Pépin. El le pape ayant dwlaré qu'il ne pouvoit la donner ainsi , le roi entra en colère, et par le conseil d AlIxTt, archevêque de ISIayence , et de Burchard , évcH^ue de Saxe, il fit environner le pape de gens armés. Comme le jour baissoit déjà , les évéques et les cardinaux conseillèrent au papi» de couronner l'empereur, et remettre au lendemain

l'examen du reste; mais les Allemands rejetèrent encore cette proposition.

Le pape et tous ceux qui l'accompagnoient étoient toujours gardés par des gens armés. A peine purent-ils monter à l'autel de saint Pierre pour ouïr la messe , et à peine put-on trouver du pain , du vin et de l'eau pour la célébrer. Après la messe, on fit descendre le pape de sa chair; il s'assit avec les cardinaux en bas devant la confession de saint Pierre, et y fut gardé jusqu'à la nuit fermée : puis on les mena à un logis hors l'enceinte de l'église. Les Allemands pillèrent dans le tumulte tous les meubles précieux exposés pour honorer l'entrée du roi. On prit avec le pape une grande mullilude de clercs et de laïques, des enfants et des hommes de tout âge , qui avoient été au devant de l'empereur avec des palmes et des Heurs. Il fit tuer les uns, dépouiller, battre ou emprisonner les autres. Jean , évêque de Tusculum , et Léon d'Ostie, voyant le pape pris, se retirèrent à Rome, habillés en laïques. Tout cela se passa le dimanche de la Quinquagésime, douzième jour de février, l'an mil cent onze, et le pape demeura prisonnier jusqu'au treizième d'avril, pendant deux mois entiers. Le prétexte de sa détention fut qu'il n'accomplissoit pas ce qu'il avoit promis, d'obliger les évéques à céder au roi les régales, parce qu'en effet ils réclamèrent contre cette promesse.

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