‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1754 sur 2407 · IV. Résistance des Romains · texte numérisé non relu

IV. Résistance des Romains

Quand les Romains eurent appris que le pape étoit arrêté, ils en furent tellement indignés , qu'ils commencèrent à faire main basse sur tous les Allemands qui se trouvèrent dans Rome, pèlerins ou autres (1). Le lendemain, ils sortirent de la ville, attaquèrent les gens du roi Henri, en tuèrent plusieurs, dont ils prirent les déjwuilles ; et, revenant à la charge , ils pensèrent les chasser de la galerie de Saint-Pierre, abattirent le roi lui-même de son cheval, et le blessèrent au visage. Olhon, comte de Milan, lui donna son cheval pour le faire sauver; mais il fut pris lui-même par les Romains, qui, fayant mené dans la ville, le hachèrent en pièces et le laissèrent manger aux chiens. Le combat dura jusqu'à la nuit, et les Romains eurent l'avantage : en sorte que les Allemands s'étant retirés dans leur camp, furent deux jours sous les armes.

Vers la nuit , févêque de Tusculum assembla le peuple romain , et leur dit : Mes chers enfants , quoique vous n'ayez pas besoin d'exhortation , considérez que vous combattez pour votre vie et votre liberté, pour la gloire et la défense du saint-siège. Vos enfants sont mis aux fers contre toute sorte de droit ; l'église de Saint-Pierre, respectée par toute la terre , est pleine d'armes , de sang et de corps

(1) Chr. Ca§s. c. 30.

morts. De quel plus grand désastre a-t-on jamais ouï parler ? Le pape est aux fers entre les mains des barbares ; tout ce qu'il y a de plus grand dans l'Eglise est condamné à la prison et aux ténèbres ; l'Eglise, votre mère; gémit et implore votre secours. Employez-y donc toutes vos forces ; les ennemis sont plus disposés à s'enfuir qu'à tenir ferme s'ils trouvent de la résistance. Enfin , pour vous encourager à venger un tel crime , par la confiance que nous avons en la miséricorde de Dieu et des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul , nous vous donnons l'absolution de tous vos péchés. Les Romains, encore plus animés par ce discours, s'engagèrent par serment à résister au roi Henri , et résolurent de tenir pour leurs frères tous ceux qui les aideroient.

Le roi , ayant appris cette disposition des Romains , quitta la même nuit avec précipitation l'église de Saint-Pierre , emmenant avec lui le pape, qu'il fit deux jours après dépouiller de ses ornements et lier de cordes , comme plusieurs autres, tant clercs que laïques, que l'on traînoit avec lui , sans permettre à personne des Latins de lui parler; mais il etoit gardé et servi avec honneur par les seigneurs allemands, à la tête desquels étoit Ulrich, patriarche d'Aquilée. Conrad, archevêque de Saitzbourg, désapprouva ouvertement la capture du pape; ce qui lui attira la disgrâce du roi, et une telle persécution, qu'il fut obligé de fuir pendant plusieurs années et se cacher en divers lieux. Cependant l'évêque de Tusculum ne cessoit point d'écrire des lettres de tous côtés pour exciter les fidèles à secourir l'Eglise. Quoique le roi pillât les terres des Romains , et s'efforçât de les gagner eux-mêmes par argent et par divers artifices , ils demeurèrent toujours fidèles au pape; et le roi, ne sachant quel parti prendre, jura que, si le pape ne se rendoit à sa volonté, il lui feroit souffrir à lui etaux autres prisonniers la mort, ou du moins la mutilation des membres. Enfin, il convint de les délivrer toiis, pourvu que le pape lui relâchât les investitures , assurant qu'il ne prétendoit donner ni les droits ni les fonctions de l'Eglise , mais seulement les régales, c'est-à-dire les domaines et les droits dépendants de la couronne.

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