‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1755 sur 2407 · V. Le pape accorde les.investilures · texte numérisé non relu

V. Le pape accorde les.investilures

Le pape résista long-temps , disant qu'il aimoi t mieux perdre la vie que de donner atteinte aux droits de l'Eglise. Mais on lui représenta la misère des prisonniers qui étoient aux fers , hors de leur patrie , séparés de leurs femmes et de leurs enfants , la désolation de l'église romaine, qui avoit perdu presque tous ses cardinaux, le péril du schisme dont toute Téglise latine étoit menacée. Enfin le pap», vaincu par leurs larmes,

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

et fondant en larmes lui- même, dit : Je suis donc contraint de faire pour la paix et la liberté de l Eglise ce que j'aurois voulu éviter aux dépens de mon sang. On dressa le traite, portant que le pape accordera les investitures à 1 empereur, et lui en donnera ses lettres ; puis on ajoutoit : Le pape n'inquiétera point le roi Henri pour ce sujet , m pour l iniure qui lui a été faite à lui ou aux siens, et ne prononcera jamais d'anathéme contre le roi • il ne sera point en demeure de le couronner , et l'aidera de bonne foi à conserver son royaume et son empire. Cette promesse fut souscrite par seize cardinaux, dont les deux premiers étoient les évéques de Porto et

de Sabine. . . t «

La promesse de l'empereur portoit : Je mettrai en liberté, mercredi ou jeudi prochain, le pape Pascal , les évéques, les cardinaux, tous les prisonniers, et les otages qui ont ete pris pour lui et avec lui. Je ne prendrai plus ceux qui sont fidèles au pape , et je garderai au peuple romain la paix et la sùrete. Je rendrai les patrimoines et les domaines de l église romaine que j'ai pris , je l'aiderai de bonne foi a recouvrer et posséder tout ce quelle doit avoir, et j'obéirai au pape Pascal, sauf l honneur du royaume et de l'empire, comme les empereurs catholiques ont obéi aux papes catholiques. Cette promesse fut jurée par quatre évéques et sept comtes, et datée du mardi après l'octave de Pâques, onzième d'avril, indiction quatrième, qui estl'an mil cent onze. Avant que de délivrer le pape, l'empereur voulut avoir la bulle touchant les inveslilur<îs sans attendre qu'il fût rentré dans Rome, où son sceau étoit demeuré. Le lendemain donc on lit venir de la ville un scriniaire ou secrétaire, qui écrivit cette bulle pendant la nuit- et le pape y souscrivit, quoique bien à re"^ret Elle portoit : Nous vous accordons et conlirmons la prérogative que nos prédécesseurs ont accordée aux vôtres , savoir, que vous donniez l'investitureî de la verge et de Panneau aux évéques et aux abbes de votre royaume élus librement et sans simonie ; et qu'aucun ne puisse être consacré sans avoir reçu de vous l'investiture; car vos prédécesseurs ont donné de si grands biens de leur domaine aux églises de votre royaume, que les évéques et les abbés doivent contribuer les premiers à la défense de l'état , et votre autorité doit réprimer les dissensions populaires qui arrivent dans les élections. Si quelque per sonne, ecclésiastique ou séculière, ose contrevenir à celte présente concession, il sera frappé d anathème et perdra sa dignité.

Ensuite l'empereur fut couronne par le pape dans l'église de Saint-Pierre , toutes les portes de Rome étant fermées , afin que per- Lnne ne put assister à celle cérémonie. A la messe le pape, en étant venu à la fraction de l'hostie , en prit une partie, et donna l'autre a l'empereur, en disant: Comme cette partie du

[ Ande J.-C.tlll.

corps vivifiant est séparée, ainsi soit séparé du royaume de Jésus-Christ celui qui violera ce traité. Sitôt que la messe fut finie, le roi retourna à son camp, et le pape, ainsi délivré avec les évéques et les cardinaux, rentra dans Rome, où le peuple vint au devant de lui avec un tel empressement , qu'il ne put arriver que le soir à son logis. C'étoit le jeudi, treizième d'avril.

L'empereur fit de grands présents au pape, aux évéques, aux cardinaux et au reste du cL rgé , et s'en retourna en Allemagne par la Lombardie (1). Au mois d'août, il assembla à Spire un grand nombre d'évéques et quelques seigneurs, pour célébrer les funérailles de l'empereur, son père, qui depuis sa mort , arrivée cinq ans auparavant, étoit demeuré sans sépulture ecclésiastique , et sans que l'on eut fait pour lui de prières (:2). L'empereur avoit obtenu du pape la permission de lui rendre ses devoirs, sur le témoignage des évéques, qui assurèrent qu'il étoit mort pénitent, et l'empereur lui fit faire des funérailles aussi magnifiques qu'en eût aucun de ses prédécesseurs : ainsi il fut enterré près de ses ancêtres. L'empereur tint ensuite sa cour à Mayence, et donna l investiture de cet archevêché a Albert, sou chancelier, élu depuis long-temps à la place de Ruthard , mort le second jour de mai mil cent dix.

yi. Le pape blâmé par son église.

Leschismequi duroit depuis trente-cinq ans sembloit terminé, et la paix rétablie entre le pape et l'empereur; mais à Rome il pensa se former un nouveau schisme ; car les cardinaux, qui y étoient demeurés pendant la pris<m du pape et plusieurs autres prélats, condamnèrent ouvertement la concession des investitures qu'il avoit donnée à l'empereur , comme contraire aux décrets de ses prédécesseurs , et le pape étant sorti de Rome , ils s'assemblèrent, ayant à leur léte Jean, évéque deTusculum, et Léon de Yerceil, et firent un décret contre le pape et contre sa bulle (3). Le pape, en ayant eu avis, leur écrivit de Terracine le cinquième de juillet, reprenant l'indiscrèticm de leur zèle, et promettant toutefois de corriger ce qu'il n avoit fait que pour éviter la ruine de Rome et de toute la province.

Un autre chef de ceux qui blàmoient la conduite du pape, étoit r^runon, évéque de Segni, et abbé du mont Cassin. H avoit avec lui deux évéques et plusieurs cardinaux; et ils pressoient le pape de casser sa bulle et d'excommunier l empereur (4). Ceux qui avoienl été prisonniers avec le pape étoient partagés : les uns disoient qu'ils n'avoient i)oint changé de

(rAbUrspcrg. (3) Pasc. Kp. 25, ap.

(2) Sup. liv. L\v, n. 4i. Baron, an. ItH-

^ ^ ^ (4) Chr. Cass. iv, C. U.

AndeJ.-C. llll.J

sentiment , et qu'ils condamnoicnt les investitures comme auparavant ; les autres s'efforçx)ient de soutenir ce qui avoitélé fait, Brunon, ayant appris qu'on l'avoit dénoncé au pape comme chef de cette division, lui écrivit une lettre, où il disoit : Mes ennemis vous disent que je ne vous aime pas, et que je parle mal de vous , mais ils mentent. Je vous aime comme mon père et mon seigneur , et je ne veux point avoir d'autre pape de votre vivant, comme j(^ vous l'ai promis avec plusieurs autres. Mais je dois plus aimer encore celui qui nous a faits vous et moi. Je n'approuve point ce traité si himleux, si forcé, si contraire à la religion, et j apprends que vous ne lapprouvez pas même. Qui peut approuver un traité qui Ole la liberté de l'Eglise, qui ferme l'unique porte p(>ur y entrer, et en ouvre plusieurs autres pour y faire entrer les voleurs? Nous avons les canons depuis les apôtres jusqu'à vous ; c'est le grand chemin dimt il ne faut point se détourner. Les apôtres condamnent tous ceux qui obtiennent une église par la puissance séculière ^1); car les laïques, quelque pieux qu'ils soient, n'ont aucun pouvoir de disposer des églises. Votre constitution condamne de même tous les clercs qui reçoivent linstitution de la main d'un laïque. Ces constitutions sont saintes, et quiconque y contredit n'est pas catholique. Confirmez-les donc , et condamnez l'erreur contraire que vous avez souvent vous-même qualifiée dhérésie; vois verrez aussitôt l'Eglise paisible et tout le monde à vos pieds. Pour moi, je fais peu de cas du serment que vous avez fait; et quand vous l'auriez violé , je ne vous en serois pas moins soumis.

Page 1