XI. Erreurs des bogomiles
L'empereur Alexis fit écrire les erreurs des bogomiles par un moine, nommé Euthymius Zigabéne, connu de la mère de l'impératrice Irène et de tout le clergé (1). Il êtoit parfait grammairien, n'ignoroit pas la rhétorique, et sayoit mieux qu'aucun autre la doctrine de l'Eglise. Il composa par ordre de l'empereur une exposition de toutes les hérésies; avec la réfutation de chacune , tirée des pères ; et l'empereur nomma ce livre Panoplie dogmatique , c'est-à-dire armure complète de doctrine. Euthymius y rapporte l'hérésie des bogomiles , suivant ce que l'empereur en avoit appris de la bouche de Basile, et qu'il avoit fait écrire à mesure, comme il a été dit. En voici la substance : Ils rejctoient les livres de Moïse et le reste de l'ancien Testament , à la réserve du psautier et des seize prophètes ; mais ils recevoient tous le nouveau l'estament. Ils confessoient la trinilé, mais de parole seulement , attribuant au père seul tous les trois noms, et disant que le tils et le Saint-Esprit n'avoient été que depuis l'an du monde cinq mil cinq cents , qui revient à peu près à la naissance de Jésus-Christ, et s'étoient confondus avec le père trente-trois ans après. Dieu avoit auparavant un autre fils, nommé Satanaël (2), qui , s'étant révolté, et ayant attiré les anges à son parti , fut chassé du ciel avec eux; puis il fit un second ciel , et tout le reste des créatures visibles trompa Moïse et lui donna l'ancienne loi. C'est lui dont Jésus-Christ est venu détruire la puissance, et, l'ayant enfermé dans l'enfer, a retranché la dernière syllabe de son nom, qui étoit angélique , en sorte qu'il ne se nomme plus que Satanas (3).
Ils disoient que l'incarnation du verbe, sa vie sur la terre, sa mort, sa résurrection, tout cela n'avoit été qu'une apparence et un jeu joué pour confondre Satanaël ; c'est pourquoi ils rejetoient la croix avec horreur. Ils rejetoient notre baptême comme n'étant que celui de Jean, parce qu'il se fait avec l'eau, et rebaptisoient ceux qu ils pervertissoient d'un baptêuK» qu ils prétendoient être celui de l'esprit. Ils disoient que les démons s'enfuyoient d'eux , mais que les autres hommes avoient chacun le leur, qui leur faisoit commettre toutes sortes de péchés, et ne les quittoit pas même à la mort. Ils rejetoient aussi l'eucha
(1) Aniio. p. 490. 23, num. 1, 2, 3, i, 6,
(2) Eucym. Panopl. lit. (3) N. 7, 8.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.-C. llli.
ristie , l'appelant le sacriGce des démons, et ne reconnoissoient d'autre communion ni d'autre cène que de demander le pain quotidien en disant le Pater (1). Ils ne recevoient point d'autre prière, traitant tout le reste de multitude de paroles qui ne convient qu'aux gentils. Ils disoient le Pater au moins sept fois le jour, et cinq fois la nuit. Ils condamnoient tous les temples matériels, disant que c'éloit l'habitation des démons, à commencer par le temple de Jérusalem ; ainsi ils ne prioient jamais dans les églises (2). Ils rejetoient les saintes images et les traitoient d'idoles, ne reconnoissoient pour saints que les prophètes, les apôtres et les martyrs, et comptoient pour réprouvés ks évéques, et les pères de l'Eglise comme adorateurs des images. Ainsi ils traitoient de faux prophètes saint Basile, saint Grégoire de iVazianze et les autres (3). Entre les empereurs, ils ne tenoient pour orthodoxe que les iconoclastes , particulièrement Copronyme.
Ils traitoient tous les catholiques de pharisi'ns et de saducéens, et les gens de lettres de s::ribes , à qui il ne falloit pas communiquer l 'ur doctrine (4). Les deux démoniaques qui habitoient dans des sépulcres signilioient , selon eux , les deux ordres du clergé et des moines, logés dans les églises où on garde les os (les morts, c'est-à-dire les reliques. Les moines étoient encore les renards qui ont leurs tannières, et les stylites logés en l'air sur des colonnes étoient les oiseaux qui ont leurs nids , et que Dieu nourrit (5) ; car c'est ainsi que les bogomiles prouvoient leur doctrine par des passages de l'Ecriture tournés en allégories arbitraires. Ils se croyoient permis de dissimuler leur doctrine, et d'user de tous les moyens possibles pour sauver leur vie, ce qui les rendoit très-difficiles à découvrir. Leur habit, semblable à celui des moines, servoit encore à les cacher, et leur donnoit moyen de s'insinuer plus facilement pour communiquer leurs erreurs. Ils condamnoient le mariage , et défendoient toute union de sexes, comme s ils n'avoient point de corps. Ils défendoient de man ger de la chair ni des œufs, et ordonnoient de jeûner tous les mercredis et les vendredis; mais, si on les prioit à manger, ils mangeoient plus que d'autres, ce qui faisoit juger qu'ils n'étoient pas plus retenus dans le reste (6). La princesse Anne Comnène dit qu elle eut voulu exposer leur hérésie, mais que la pudeur et la bienséance de son sexe l'en empêche pour ne pas souiller sa langue, et elle renvoie au livre d'Euthymius.
Après les bogomiles, Euthymius réfute aussi les ismaélites, c'est-à-dire les musulmans (7).
(1 N.li, 1.^16,13,17, 19. 31allh. VI, V-
ra N. i«, 42, 11.
(3) N. 45, tO.
(i) N. 3j, i7, iMalt. VII,
(5) Luc. I\ , 58 , 27 , 28 €tc.
Alex. lib. 1,5, p. 490.
(7) Aucl bibl. P. P. 1024, lo. 2, p. 392.
D'abord il rapporte sommairement l'histoire de Mahomet, et montre qu'il n'a été prorais par aucune prophétie, et n'a donné aucune preuve de sa prétendue mission. Il rapporte ses principaux dogmes tirés de l'Alcoran , dont il cile les chapitres et les paroles, et relève les absurdités contenues en ce livre, comme d'avoir confondu Marie, sœur de Moïse, avec la vierge, mère de Jésus, et d'avoir mêlé à des discours qu'il donne pour divins plusieurs fables imperlinenles.
Le successeur de Nicolas le grammairien fut Jean , diacre et hiéromnénon de l'église ae Constantinople, et frère deTèvéquede Chalcédoine , c'est pourquoi le surnom de cette ville lui demeura ; il étoit nourri dans l'étude des lettres sacrées et profanes. Il fut nommé patriarche par l'empereur Alexis, qui vint luimême le déclarer dans l'éj^lise, et il tint le siège vingt-trois ans.