‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1766 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-SIXIEME

de gémir devant Dieu, car les conseils d(; sa primatie (1), en vertu duquel il prétend

séparation sont inutiles et pernicieux. Ives de pouvoir convoquer les évéques de toutes les

Chartres continue : D'ailleurs il ne nous paroit provinces lyonnoises, sans qu'ils aient sujet de

pas utile d'aller à un concile , où nous ne pou- se plaindre qu'on les tire hors de leur province,

vous condamner les accusés , parce qu'ils ne II avoue que l'investiture en soi n'est pas une

(1) To. x, Conc. p. 7«0. 3j {%) Ep. i30. c S.

121 , Cont. i'anu.

sont soumis au jugement d'aucun homme. Le sauveur lui-même nous ordonne d'obéir à ceux qui sont en de telles places, quand même ils seroient semblables aux pharisiens, pourvu qu'ils enseignent bien , quoiqu'ils fassent mal. Il faut donc couvrir l'opprobre du sacerdoce , de peur de nous exposer à la risée de nos ennemis, et d'affoiblir l'Eglise en voulant la fortifier. Ainsi, nous croyons être excusables si nous nous abstenons de déchirer le pape par nos discours , et si nous excusons avec une charité filiale ce quil a accordé au roi d'Allemagne. Car le prévaricateur de la loi n'est pas celui qui pèche par surprise ou par nécessité, mais celui qui combat la loi de dessein formé, et qui ne veut pas reconnoltre sa faute. Nous approuvons même la conduite du pape , si , voyant le peuple menacé de sa ruine , il s'est exposé au péril pour remédier à de plus grands maux. Il n'est pas le premier qui a usé de tempérament et d'indulgence selon les occasions.

Enfin, quant à ce que quelques-uns appellent hérésie l'investiture, 1 hérésie nest que l'erreur dans la foi. La foi et Terreur procèdent du cœur; et cette investiture, qui excite un si grand mouvement , n'est que dans les mains de celui qui la donne et de celui qui la reçoit. De plus, si cette investiture étoit une hérésie, celui qui a renoncé ne pourroit plus y revenir sans péché. Or, nous voyons en Germanie et en Gaule plusieurs personnes respectables qui , ayant effacé cette tache par quelque satisfaction et rendu le bAton pastoral , ont reçu de la main du pape l'investiture à laquelle ils avoient renoncé. Les papes ne l'auroi(»nt pas donnée s'ils avoient cru qu'elle enfermât une hérésie. Quand donc on se relâche pour un temps de ce qu'il n'est point ordonné par la loi éternelle . mais établi ou défendu pour l honneur et l'utilité de l'Eglise, ce n'est pas une prévarication, mais une louable et salutaire économie.

Que si quehîue laïque est assez insensé pour s imaginer qu'avec le bâton pastoral il peut donner un sacrement ou l'effet d'un sacrement, nous le jugeons abs(dumenl hérétique , non à cause de l'investiture manuelle, mais à cause de cetle erreur diabolique. Et , si nous voulons donner aux choses des noms convenables, nous pouvons dire que cette investiture des laïques est une entreprise et une usurpation sacrilège que l'on doit absolument retrancher pour la liberté de l'Eglise, si on le peut faire sans préjudice de la paix ; mais, quand on ne le peut sans faire schisme, il faut différer et se contenter de protester contre avec discrétion. L'archevêque de Lycm répondit à cette lettre, insistant principalement sut le droit de

hérésie ; mais il dit que l'hérésie consiste à soutenir qu'elle est permise.

Ives de Chartres écrivit de même à Henri, abbèdeSaint-Jean-d'Angeli, qui lui avoit demandé son avis sur les investitures. J'approuve , dit-il, et je confirme , autant qu'il est en moi , le jugement des papes Grégoire et Urbain ; et, quelque nom qui convienne proprement à cetle usurpation , je juge schismatique l'opinion de ceux qui la veulent soutenir. Ce que j(î ne dis pas contre le pape , qui m'a écrit qu'il a été contraint de faire ce qu'il a f it , et qu'il est toujours dans les mêmes sen ments. J'estime donc qu'il faut l'avertir, par des lettres familières et charitables , de se juger lui-même et de se rétracter. S'il le fait, nous en rendons grâce à Dieu, et toute l'Eglise s'en réjouira avec nous ; si la maladie est incurable, ce n'est pas à nous de le juger; puisque l'Evangile nous ordonne d'obéir à ceux qui sont assis dans la chaire, sans faire des conspirations factieuses pour les en chasser. Que s'ils commandent quelque chose contre l'Evangile , nous ne devons point leur obéir , suivant l'exemple de saint Paul , qui résista en face à saint Pierre, son supérieur ; car, quand les jugements humains sont à bout, il faut implorer la miséricorde de Dieu pour ceux qui se sont séparés de l'unilé de l'Eglise.

Ives avoit écrit dans le même sens à Brunon, archevêque de Trêves , à qui il disoit (2} : Nous voyons la division du royaume et du sactTdoce, qui sont les principaux appuis de l'Eglise de Dieu , et nous devons tous travailler à les réunir, soit en retranchant les membres corrompus, soit en employant des remf»des plus doux, car, dans un si grand péril, il ne faut pas sen tenir à la seule rigueur, il faut user de condescendance , et faire ctmime dans la tempête, où Ion jette une partie des marchandises pour sauver le reste C'est ainsi que la charité se rend foible avec les foibles, et se fait tout à tous , et les particuliers ne doivent pasbUmerla conduite des pasteurs si, sans préjudice de la foi et des mœurs, ils font ou souffrent quelque chose d'imparfait pour conserver la vie de leurs ouailles.

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