‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1770 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-SIXIEME

bares; mais qu'à l'égard de celles dont les bornes étoient demeurées certaines, il falloit s'en tenir à l'ancienne possession. Le pape écrivit de même au roi Baudouin, lui ordonnant d'empêcher que, sous prétexte de la concussion faite en sa faveur, le patriarche de Jérusalem n'usurpât la juridiction sur les églises qui, sous les Turcs et les Sarrasins, avoienl incontestablement relevé du patriarche d'Antioche.

Cette convention fut fîiite le jeudi-saint , dixhuitième d'avril l'an mil cent douze; le roi partit de Laon le vendredi matin, et l'évêque conmiença ce jour-là à faire lever sur les bourgeois une taxe d autant quechacun avoit donné pour obtenir la commune, ce qui continua le lendemain.

(]e procédé les mit en telle fureur, qu'ils résolurent la mort de l'évêque, et il y en eut quarante qui la jurèrent. Le fameux docteur A. selme, doyen de l'église de Laon, en avertit le prélat le samedi au soir, comme il étoit prêt à se coucher; il témoigna d'abord mépriser cette populace, et toutefois il profila de l'avis, et n'alla point à matines la nuit de Pâques. Le lendemain à la procession il fil prendre à ses domestiques et aux gentishommes des épées sous leurs habits, et fit venir des paysans dos terres de révêché pour garder les tours de l'église et son palais; mais le mardi, s'étant rassuré, il les renvoya. Le jeudi vingtcinquième d'avril, jour de Saint-Marc, aprèsmidi , comme Lévêque éloit occupé avec l'archidiacre Gautier des moyens d'exiger de l'argent, il s'éleva par la ville un grand tumulte de gens qui crioient : La coiinnune (1) / Alors les bourgeois, armés d'épées, d'arcs de cognées, de haches, de massues et de lances , traversèrent Lèglise cathédrale, et entrèrent à l'évêché en grande troupe. A ce bruit, les seigneurs accoururent de toutes parts, car ils avoient promis à l'évêque avec serment de le secourir, et il y en eut quelques-uns de tués par les bourgeois.

L'évêque se défondit quelque temps à coups de pierres et de llèches, car il avoit porté les armes, et étoit plus guerrier qu'ecclésiastique. Enfin, ne pouvant plus soutenir les assauts du peuple, il prit l'habit d'un de ses valets, se réfugia dans le cellier de l'église, et se cacha dans un tonneau qu'on referma. Les bourgeois le cherchant partout un des siens le découvrit, on le tira du tonneau par les cheveux, et on le traîna dans le cloître des chanoines. Il demandoil miséricorde aux bourgeois, leur promettant une infinité d'argent , et les assurant avec serment qu'il ne seroit plus leur évéque, et qu'il sortiroil du pays ; mais l'un d'eux leva une cognée dont il lui fondit la tête; et comme il tomboit, un autre lui tailla le visage par le - ,,1. milieu au-dessous dos yeux. On lui coupa les

jura de la maintenir, l un et l autre moyennant | jambes et on lui fit plusieurs autres plaies ; un

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