‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1771 sur 2407 · XVIII. Gaudri, évéque de Laon, massacré · texte numérisé non relu

XVIII. Gaudri, évéque de Laon, massacré

Gaudri , évéque de Laon, s'étoit rendu odieux, principalement par l'assassinat de Gérard de Créci, un des premiers seigneurs de la ville, que Roricon, frère de l'évêque, tua dans l'église cathédrale, comme il faisoit sa prière. 11 est vrai que l'évêque éloit cependant à Rome; mais on fut persuadé qu'il y étoil allé exprès, pour détourner do lui le soupçon {\o ce meurtre, après l'avoir commandé. Une Ciiuse encore plus grande de haine fut qu'après avoir juré la commune do la ville, il s'efforça de l'abolir (1). On appoloit c(unmunes les nouvelles sociétés que formoient entre eux les habitants des villes par la concession de leurs seigneurs , pour se défendre contre les violences dos nobles , et se rendre justice entre eux. Ceux qui juroicnt ces sociétés se nommoient proprement bourgeois, et ils élisoiont de leurs corps des oflieiers pour le> gouverner sous les noms do maires, jurés, échevins ou autres semblables, et c'osl l'origine des corps de villes. Or, comme les habitants des villes et des villages éloient encore serfs pour la plupart, ils rachetoiont leur liberté par de grosses sommes qu ils donnoiont au roi ou au principal seigneur pour obtenir ce droit de comnmne, et réduire à une seule taxe toutes les redevances qu'ils payoient auparavant; mais c'étoit souvent au préjudice dos soigneurs particuliers, surtout des ecclésiastiques, à qui les bourgeois, devenus plus forts, refusoient de payer les anciennes redevances qu'ils prétendoionl mal fondées, et c'est ce qui rondoil ces communes odieuses.

Celle de Laon est une des premièn^s dont il soit fait mention (2); elle fut accordée par le roi-soigneur particulier de la ville, et l'évêque

des sommes considérables que donnèrent les bourgeois. Toutefois, 1 évéque entreprit peu de temps après de la faire casser, de quoi les bourgeois avertis offriront au roi et à son conseil quatre cents livres d'argent pour mainte-

dos meurtriers lui coupa le doigt pour avoir sa bague ; enfin on le jeta tout nu dans un coin de la rue, où les passants lui insultoient encore par dos moqueries, et lui jetoienl des pierres et de la terre. 11 demeura ainsi jusqu'au len-

nir la commune ; mais l'évêque en promit sept domain matin, que le doyen Anselme le fit oncenls pour l abolir, et l'emporta, car ce prince, terrer sans cérémonie et à la

entre plusieurs bonnes qualités, avoit ce foible de se trop confier à des personnes intéressées.

ri) Guib. Novig. 111, de vila c. 5. V. Gang. Gloss.

Communia.

hâte, dans l'église de Saint-Yincent (2).

Cependant on mit le feu à la maison de l'évêque, d'où il prit à l'église cathédrale, à celle

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[Ande J.-C. 1113.

de Saint-Jean, alors abbaye de filles, et à d'autres qui furent brûlées, environ au nombre de douze. Les bourgeois les plus coupables , craignant la vengeance du roi, se retirèrent sous la protection de Thomas de Marie, le plus cruel tyran du pays ; la ville, abandonnée , fut exposée au pillage ; mais les deux frères, Anselme et Raoul, autant recommandables par leur vertu que par leur doctrine, y demeurèrent pour la consolation de ceux qui Festoient, les exhortant par les sentences de FEcriture sainte à ne pas succomber aux afflictions (1). Quelque temps après, Raoul, archevêque de Reims, vint à Laon réconcilier l'église cathédrale profanée, c'est-à-dire ce qui en restoit ; il alla aussi à Saint-Vincent , où il dit une messe solennelle pour l'évéque Gaudri, pour lequel on n'en a voit point dit encore. En cette messe, il prêcha fortement contre les communes, qui servoient de prétexte aux serfs pour se soustraire à la puissance de leurs seigneurs, alléguant l'autorité de saint Pierre {2) , qui leur ordonne d'être soumis à leurs maîtres, quoique fâcheux ; et les canons , qui défendent de détourner les esclaves de l'obéissance de leurs maîtres sous prétexte de religion. Il en parla souvent aussi à la cour du roi et en diverses assemblées.

Après la mort de Gaudri on demanda permission au roi d'élire un évêque de Laon ; mais il nomma sans élection Hugues, doyen d'Orléans, pour donner le doyenné à Etienne, son chancelier, qui ne pouvoit être évêque. Hugues ne tint le siège de Laon que sept mois , après lesquels, par le conseil d'Anselme, de Raoul et des plus gens de bien, on élut Barthélémy, chanoine et trésorier de Notre-Dame de Reims, recommandable par sa noblesse et par sa vertu. Il fut élu légitimement, mais malgré lui, et tint ce siège pendant trente-huit ans. Guibert de Nogent marque qu'au sacre de ces évêques on consultoit l'Ecriture sainte pour trouver les pronostics de leur pontifical, qui est la superstition que les anciens appeloient le sort des saints (3)

Pour rebâtir l'église cathédrale de Notre- Dame de Laon, on résolut de taire une quête par les provinces de France, en portant la chasse des reliques que Ton a voit sauvée de lincendie, car c'étoit l'usage de quêter ainsi en pareilles occasions (4). On chaiiïil pour accompagner les reliques sept chanoines et six laïques qui partirent à l'octave delAscension, elrevinrenl vers la Saint-Matthieu, rap[)()rtant de grandes aumùm^s. Aussi racontoil-on plusieurs miracles faits en ce voyage en Herri, en Touraine, en Anjou, au Mans et à Chartres.

(1) C. 9. Append. ad Sigeb. an. 11 12, c. il.Herm.

de MIrae. c 1,10.

(2 l,Pet. 12, ISGangr.

(B) Guib. c. il. Herm.

Mirac. 1, c. 2. Sup. liv.

xwi, n. 1. Conc. A^^alh. c.

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