XXVI. Raoul, archevêque de Cantorbéry
Il y avoit cinq ans que le siège de Cantorbéry étoit vacant depuis la mort de saint Anselme, et cependant le roi Henri, à l'exemple du roi Guillaume, son frère, s étoit mis en possession de tous les biens de cet archevêché, à la réserve de la mense monacale (1). C'étoit Raoul, évéque de Rochesler, qui faisoit à Cantorbéry les fonctions épiscopales. Enfin, le roi Henri, pressé par les admonitions du pape et les prières des moines de Cantorbéry et de plusieurs autres personnes , assembla les évêques et les seigneurs d'Angleterre à V\ indsor, pour les consulter sur le choix d'un archevêque. Quand la cour fut assemblée, l'opinion comnmne étoit que ce seroil Fabrice, abbé d'Abendon ; et en eiîet c'étoit la pensée du roi. Fabrice étoit un Italien, homme d'un grand mérite ; mais les évêques et quelquesuns des seigneurs vouloient que Ion prit un évéque d entre le clergé , ou un clerc de la chapelle du roi. On leur objecta que depuis saint Augustin tous les archevêques de Cantorbéry a voient été tirés de l'ordre monastique, et qu il n'y avoit au( une raison de changiT une coutume si ancienne, à quoi ils furent obligés d'acquiescer. Tous les évêques donnèrent donc leurs suffrages à Raoul , évéque de Rochesler, et le roi y consentit, pourvu (|ue les moines et le peuple de Cantorbéry en fussent d accord. Ainsi il fut élu, avec une approbation générale , le vingt-sixième d'avril mil cent quatorze , et prit possession à Cantorbéry le dix-septième de mai.
Raoul étoit né en Normandie, et étant moine à Saint Etienne de Caen, il avoit étudié sous Lanfrane (2). Ensuite il fut abbé de Saint-Martin de Sées, et à l'occasion d'un différent qu'il eut avec Robert , seigneur de Bellême , il passa
(1) Edmer, 5 Kovor. p. C2i Goduin.Maimesb. 1, 80 PoiUif. p. 230.
en Angleterre, où il s'attacha à saint Anselme, qui le lit évéque de Rochesler en mil cent huit. H étoit déjà vieux et valétudinaire quand il fut élevé sur le siège de Cantorbéry, qu'il remplit pendant huit ans. Ses mœurs étoient sans reproches, on raicussoit seulement d'aimer trop la plaisanterie. Au mois de novembre mil cent quatorze, il envoya trois députés à Rome pour lui apporter le pallium; et Ives de Chartres écrivit ainsi au f)ape Pascal en sa faveur (1) : Vous savez combien de temps l'église de Cantorbéry est demeurée sans pasteur depuis la mort de l'archevêque Anselme; comme le roi d'Angleterre en a employé les biens en des usages profanes, et quel soin il a eu de ne pas permettre que l'on y fit d élection. Maintenant après vos reproches, après les avertissements desévêquesdu pays, celle église a enfin élu, du consentement du roi, Raoul évéque de Rochesler, homme reconunandable par sa science et sa vertu. Il auroil voulu visiter en personne le saint siège seh)n la coutume ; mais il en a été emp(Hhé , tant par la foiblesse de santé que par le péril du voyage. Ives exhorte ensuite le pa[)e à user de condescendance , en confirmant l'élection de Raoul , et lui accordant le pallium, de peur que l'église d Angleterre ne retombe dans Sun ancienne confusion.