‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1789 sur 2407 · XXXI. Anselme, légat en Angleterre · texte numérisé non relu

XXXI. Anselme, légat en Angleterre

Les députés que Ràriul , dirchevêqUe de Cantorbery, avoit envoyés à Rome demander son pallium, demeurèrent quelque temps sans obtertir de réponse favorable, et ne savoîeni à qui s adresser (1). Il y avoit à Rome un iieVeu de saint Anselme, nommé Anselme coUimelUi

c u^^ ^Y P^P^ ' ^"* P*'^^ «^^ ^^^^ abbé de Sainte î>abbas. Il avoit demeuré long-temps en Angleterre du vivant de son oncle, et il y éioit aimé comme s'il eût été du pays. Quand il sut que ces députes étoient à Rome, 11 vint les trouver au palais de Latran , et leur rendit tous les offices d un véritable ami. Il leur concilia tellement le pape et ceux de son conseil , qu'on leur accorda gratuitement ce qu'ils demandoient , et le pape leur donna Anselme luimême pour porter de sa part le pallium à Cantorbery. Les députés parlirerit devant et étant arrivés eh JNdrmaridie , ils rendiVeiil compte au roi de eur voyage, et attendirent auprès de lui le légat Anselme , qiiî fût reçu avec honneur , et passa avec eux en Angle-

Il apporta ati roi iine lettre du pape en date du trentième de mars , où il se plaignoit dé lui en ces termes : Les nonces ou les lettres du saint-siége ne sont point reçus dans vos états sans votre ordre (2). Il n'eii vient aîicune plainte ni aucune affaire pour être jugée par Ic' saiiilsiege; c est pourquoi il se fait chez voUs plusieurs ordinations illicites ; et ceux-là pèchent impunément qui devroient corriger les autres (3). Il se plaint encore à là fin que l'aumône de saiut Pierre (c est ainsi qii'il la nomme) a ete levée si négligepiment, que l'église romaine n en a pas reçu la moitié. Il y avoit aussi une lettre à l'église de Cantorbery, datée dii dix-huitième de février, et apportée par les députés où le pape se plaiill de la trànslatîoh

nniif ''^^."m '^'^ |??^h^st^^ . c^ qui ne devoit point , dit-il , se faire sans notre consentement suivant les saints décrets; toutefois, nous le tolérons a cause du mérite de la personne

L'archevêque Raoul reçut solennellement le pallium le dimanche vingt-septième de juin mil cent quinze , ce qui se fit ainsi. Les évê-

Cl) Sup. n. 25. Edmer.

5 Nov. p. 87.

(2) Ep. 165.

(3; Ep. 106.

HISTOIRE DU CHRlSTIANlSiME

[ AniieJ.-C. 1115.

ques, les abbés et les nobles s'assemblèrent dans l'église métropolitaine de Cantorbéry, avec une multitude innombrable de peuple. Le légat Anselme, apportant le pallium dans un vase d'argent , fut reçu à la porte de la ville par les deu\ communautés de moines de l'église métropolitaine et de Saint-Augustin (1). L'archevêque vinlaussi au devant accompagné des évéques , et revêtu de ses ornements , mais nupieds. Le pallium fut mis sur l'autel , où il le prit après avoir fait serment de fidélité et d'obéissance an pape. Il (it baiser son pallium à tous les assistants ; et , s'en étant revêtu , il fut intronisé dans la chaire patriarcale.

La même année le roi d'Angleterre ordonna d tous les évêques et les seigneurs de se rendre à sa cour : ce qui fit courir le bruit que l'archevêque devoit tenir un concile général en présence du légat , et y publier de nouveaux règlements pour la réformation del'Eglise. L'assemblée se tint en effet le dix-septième de septembre à Westminster, mais ce ne fut point un concile , seulement le légat Anselme y présenta une lettre du pape , adressée au roi et aux évêques d'Angleterre, datée du premier d'avril de la même année mil cent quinze , indiclion huitième (2). Le pape y demande comment il peut confirmer dans leur dignité les évêques d'Angleterre, dont il ne connoit ni les mœurs ni la science : ce qui veut dire qu'ils dévoient aller à Rome , ou être examinés par ses légats. Il ajoute que Notre Seigneur, distribuant tout le monde à ses disciples , a singulièrement commis l'Europe à saint Pierre et à saint Paul. Cependant, ajoute-t-il, vous terminez même les affaires des évêques, quoique le jugement définitif en soit réservé au sainl-siége : sur quoi il cite deux fausses décrétales, l'une du pape Yiclor, l'autre du pape Xéphyrin (3). Vous célébrez des conciles sans noire participation, vous faites, sans notre autorité, des translations d' évêques. Si vous voulez conserver la dignité du saint-siège sur tous ces chefs , nous vous conserverons la charité que nous vous dt^vons, comme à nos frères et à nos enfants ; mais si vous demeurez dans votre obstination, nous secouerons contre vous la poussière de nos pieds, selon l'Evangile, et vous livrerons au jugement de Dieu , comme vous retirant de l'église catholique.

Le roi consulta les évêques sur cette lettre et sur plusieurs autres sujets de mécontentement contre le pape. Car quelque temps auparavant le légat Conon, tenant ses conciles en France, avoit suspendu cl excommunié les évêques de Normandie pour ny avoir pas voulu venir après avoir été appelés trois fois. Le roi avoit été extrêmement choqué de cette excommunication, principalement parce qu il lui sembloit que le pape violoit les privilèges accordés par l'église romaine à son frère

et à lui, quoiqu'il n'eût pas mérité ce traitement. H résolut donc , par le conseil des évêques , d'envoyer à Rome des députés pour s'expliquer plus sûrement avec le pape On choisit pour cette négociation Guillaume de Varelvast, évêque d'Excester, quoiquil eût perdu la vue, parce qu il étoit fort connu du pape , vers lequel il avoit été plusieurs fois envoyé du temps de saint Anselme, et le roi étoit assuré de son habileté et de sa fidélité.

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