XXXIV. Fin de Robert d'Arbrissclles
En cette extrémité , les chanoines de Chartres (jurent recours à Robert d'Arbrisselles , et l'envoyèrent prier instamment de venir. Quoiqu'il fut considérablement malade, quand ou lui demanda s'il pouvoit aller à Chartres , il répondit que tout lui étoit possible jusqu'à la mort ; et, éiant arrivé , il parla aux uns et aux autres avec tant de force et de grâce, qu'il leî) réconcilia. Le comte rendit aux chanoines non-seulement tout ce qu'il leur avoit pris, mais son ancienne amitié ; il consentit à l'élection de GeolTroy, et lui permit de revenir dans la ville, et il tint ce siège paisiblement vingtdeux ans. En ce dernier voyage, aue Robert d'Arbrisselles fit à Chartres, il abolit la simonie qui régnoit chez les chanoines, et leur fit prêter serment.
Depuis la fondation de Fontevraud, ce monastère s'accrut considérablement par les libéralités des rois et des seigneurs ; et Robert y assembla jusqu'à trois mille personnes de l'un et de l'autre sexe, car il n'en rejetoit aucune. Il recevoit les pécheurs et les pécheresses, les pauvres, les estropiés, et jusqu'aux lépreux, et les faisoit vivre chacun selon qu^il leur convenoit. Outre le principal monastère, il en fonda plusieurs autres en diverses province^ ; et un des premiers fut celui de Hautes-Bruyères, dont le fonds fut donné par Bcrtrade , veuve du roi Philippe, qui y Ihiitses jours(3). Robert, étant tombé malade à Fontevraud, assembla les frères, et leur dit : Je vois, mes enfants, que ma fin est proche, c'est po irquoi je vous demande si vous voulez persévérer dans votre ré.solution , et obéir aux servantes de Jésus- Christ , car vous savez que je leur ai soumis
(1) Ep. 109, 205, 249, 232, 2 i7.
2) Vila Rob, de Arbr.
ap. boll.to. 5, p. 611.
(3) Sup. liv. LXV, n. 46.
Vita per Bald. c. 4, Vita 2, c. a, 1.
toutes les maisons que j'ai bâties. Ils lui promirent tous de ne les jamais quitter. Quelques jours après, sa fièvre continuant, il délibéra avec eux sur le choix d'une abbesse, en présence de quelques èvêques et de quelques abbés qu'il avoit fait venir, et leur dit : Je sais que la dignité de cet ordre demanderoit une vierge ; mais comment une fille élevée dans le cloître, qui ne sait que chanter des psaumes, et méditer les choses spirituelles, pourra-l-elle soutenir le poids des affaires temporelles dont elle n'a aucune expérience? Tous furent de son avis, et convinrent qu'une personne qui auroit vécu dans le monde seroit plus propre au gouvernement. Il exécuta quelque temps après cette résolution, et choisit pour première abbesse de Fontevraud une veuve noble, savoir, Pétronille de Craon de ChemiUè. Tout le monde approuva ce choix, hormis elle; mais enfin elle se soumit; et cette élection fut confirn^ée par Girard, évêqued'Angoulême, légat du saint-
siege.
Après que Robert eut pacifié Téglise de Chartres, U alla à Blois avec Bernard, abbé de Tiron, visiter et consoler Guillaume, comte de Nevers , que le comte de Chartres y retenoit prisonnier. Robert et Bernard se séparèrent ensuite, et ne se virent plus depuis ; et Robert alla en Berry visiter un monastère de son ordre, nommé Ourson; où, étant rc.ombé malade et se voyant près de sa fin , il reçut l'extrême-onction et le viatique, et continua de communier les trois jours qu'il survécut (1). Léger, archevêque de Bourges, l'étant venu voir , il le pria de le faire enterrer à Fontevraud : ce que le prélat eut bien de la peine à lui accorder , voulant le garder dans son diocèse. Robert fit sa profession de foi et sa confession , premièrement au prêtre , puis publiquement , s'accusanl des moindres fautes dont il se souvenoit depuis son enfance, et mourut saintement le vendredi , vingt -cinquième de février, l'an mil cent seize (2).