‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1797 sur 2407 · XXXVIII. Pierre Grossolan, archevêque de ÎMilan · texte numérisé non relu

XXXVIII. Pierre Grossolan, archevêque de ÎMilan

Pour entendre l'affaire de l'archevêque de Milan, il faut savoir que l'archevêque Anselme IV mourut à Conslantinople le premier d'octobre l'an mil cent , au retour de la croisade (1). Pierre Grossolan, évêque de Savone, faisoit cependant à jVIilan les fonctions épiscopales, comme vicaire de 1 archevêque absent; et, ayant reçu nouvelle certaine de sa mort, il provoqua l'élection d'un successeur avant que de retourner à son diocèse. 11 fut élu luimême par une grande partie du clergé et du peuple, et monta aussitôt dans la chaire archiépiscopale ; mais quelques-uns des plus vertueux, tant du clergé de Milan que des laïques, découvrirent au prêtre Liprand des choses honteuses de Grossolan et de son élection. Liprand étoit un de ceux qui avoient soutenu avec le plus de zèle le parti du martyr saint Arialde , contre les simoniaques et les clercs concubinaires, et pour ce sujet ils lui avoient coupé le nez et les oreilles (2). 11 conseilla à ceux qui lui avoient donné cet avis contre Grossolan, d'envoyer à Rome prier le pape Pascal de ne point confirmer son élection qu'il ne les eût entendus. Toutefois , ils ne furent point écoutés; et Grossolan reçut Tétole en signe de confirmation, par le crédit de la comtesse Mathilde, et à la sollicitation de saint Bernard, cardinal-abbé de Vallonibreusc, et depuis évêque de Parme.

Mais, comme le prêtre Lipraiid ne cessoit point de réclamer contre l'élection di' Grossolan , ce prélat assembla à Milan un concile

fl) T.andulf. ap. U;iliel. Conr. p. 18:^2.

Itdl. Site lo. i, p. i7, to. X,

v'J, 6uj. Uv. Lxi, n,

provincial , où , en prêchant publiquement au peuple, il dit : Si quelqu'un veut dire quelque chose contre moi, qu'il le dise maintenant, autrement il ne sera plus éeouté. Le prêtre Liprand, ayant appris ce défi , assembla plusieurs citoyens dans l'église de Saint-Paul, qui étoit son titre, et leur déclara que Grossolan étoit simoniaque de toutes les manières, et qu'il le prouveroit par le jugement de Dieu, c'est-à-dire par l'épreuve dp feu; ipais les évêquvs, qui étoient venus pour le concile, empêchèrent par leur autorité qu'il n'en vint pour lors à l'exécution. (^)uel(iue feinps après, comme il contiiiuolt d'exciter le peuple, Grossolan lui fit dire qu il sortit du pays ou qu'il fit son épreuve. Liprand accepta avec joie ce dernier parti, et , le mercredi de la semainesainte, il dit la messe et bénit lui-même le feu, car il ne se trouva point de prêtre (jui le voulut faire; puis il passa entre deux bin hers allumées, comme avoit fait à Florence Pierre Ignée, cinquante ans auparavant, et en sortit de même sain et sauf. C'est ce qui est raconté plus en détail par Landulfe de Saint-Paul , son neveu, qui a écrit cette histoire (1).

Deux ans après, le prêtre Liprand fut appelé à un concile de Rome, où le pape n approuva point l'épreuve du feu qu'il avoit faite, et toutefois le confirma dans ses fonctions de prêtre; mais il fit jurer Grossolan qu il n avoit point contraint Liprand à faire cette épreuve, déclarant que, s'il ne s'en fût justifié , il l'eût déposé de l'épiscopa t. Après ce» serment, le pape le renvoya à son siège ; mais il n'y fut pas paisible; et quatre ans durant il y eut guerre civile dans le Milanois entre |les deux partis. Enfin, les amis de Grossolan lui conseillèrent d'aller à Jérusalem , et il laissa pour son vicaire Arderic, évêque de Lodi. Pendant son absence, les deux partis s'accordèrent à le rejeter, et élurent pour archevêque de Milaii le prêtre Jourdain de Clive, le premier de janvier mil cent douze {2). 31ainard, archevêque de Turin , alla aussitôt à Rome , et obtint du pape l'étole pour Jourdain, à la charge de prêter un serment, qu'il différa de faire pendant six mois; mais, sur le bruit qui courut que Grossolan revenoit de Jérusalem, jMainard revint à Milan, et mit l'étole sur l'autel de saint Ambroise, où Jourdain la prit.

Grossolan, étant de retour, traita Jourdain de parjure , à cause du serment qu'il lui avoit fait autrefois, et la guerre civile recommença. Entin , l'allaire fut jugée au concile de Rome, comme il a été dit (3) ; mais Grossolan ne retourna point à son èvêché de Savone , il demeura à Ivome, dans le monastère de SaiiU- Sabbas, et y mourut Tannée suivante, mil cent dix-sept, le sixième d'août. Jourdain tint le siège de Milan encore quatre ans, et mourut

il) Sup. liv. su, n. 28. (3) \\ 1S2.

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