LIVRE SOIXANTE-SIXIEME
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cette congrégation.
Bernard tomba malade le treizième d'avril mil cent seize, qui étoit l'onzième jour après Pâques. Pendant l'oflice de la nuit il sortit de I église, et contre sa coutume il n'y rentra point; car il ne manquoit jamais à roffice, il y etoit toujours des premiers; aucune .jffuire, aucune visite,aucuneindisposili(m nel'endetournoit. Quelques moines, l'ayant suivi, le trouverentetendu à l'entrée du cloître, et le menèrenldans unechapellc voisine. Apres matines
Des la fin de l'an mil cent quinze, plusieurs evéques et plusieurs seigneurs allemands s'assemblèrent à Cologne pour la fête de JNOël par le conseil et l'autorité de Thierry, cardinal-Iegat, qui toutefois mourut en chemin et ne lut apporté à Cologne que pour y être enterré (3). Le principal sujet de cette assemblée eloit de publier un décret d'exc(nnmnnicalion contre 1 empereur llniri , qui cependant tenon sa cour de Aoèl à Sjure, où il étoit peu accompagné. Indigné de ce qui se passoit à Cologne, il y envoya l'evêque de W ii izbourg • mais on ne voulut pas l'écouter qu'il ne fût reconcilié à l'Eglise, en sorte qu'à son retour, il refusa lui même de communiquer avec l'empereur qui l avoit envoyé. Toulelois , contraint par la crainte de la mort, il (élebra la messe devant ce prince, et en eut un si g and remords, qu'il se retira secrètement; puis
(1) Vitac.lO.n. 87,90;Ç.Ii. (2^ Sup. liv. LXiv, iM2.
(2) Chr. Mail. llio.
^3 To. X, Conc. p. 8o5 Ab. Ursperg. an. 1116.
ayant obtenu son .absolution avec beaucoup de larmes, il ne vit plus l'empereur, et perdit ses bonnes grâces. L'empereur, irrité, donna à Conrad, son neveu, le duché de Franconie, qui appartenoit à Tévêque de \\irlzhourg par une ancienne concession des rois , et, pour éviter reilet du mécontentement des seigneurs, il passa en Lombardie , d'où il envoya des députés au pape pour terminer les dillèrents entre l'Eglise et l'empire. Le chef de cette députalion étoit Pons , abbé de Clugny , que l'on disoit être parent du pape , et qui travailla à cette grande affaire avec beaucoup d'application.
XXXVII Concile de Latran.
La même année donc, qui étoit la dix-septième du pontificat de Pascal 11 , il tint un concile de L ilran, qui commença le lundi de la troisième semaine de carême, sixième jour de mars mil cent seize (1). Ce concile est qualifié universel ; et il s'y trouva des èvêques, des seigneurs et des députés de divers royaumes et de diverses provinces. Les deux premiers jours, savoir, le lundi et le mardi, on agita l'afl'aire de l'archevêché de Milan , disputé par deuxcontendants, Pierre Grossolan et Jourdain ; mais elle ne fut terminée que le samedi. Le mercredi , l'evêque de Lucques se plaignit que les Pisans avoient usurpé des terres de son église ; l'evêque de Pise defendoit son diocésain, ce qui produisit une longue contestation. Alors un évêque se leva au milieu du concile, et dit : JNolre saint père le pape se doit souvenir pourquoi ce concile si nombreux a été assemblé avec tant de périls par terre et par mer, et considérer qu'au lieu des affaires ecclésiastiques on y en traite de séculières. 11 faut premièrement expédier le principal sujet qui nous assemble , atin que nous sachions quel est le sentiment du pape, et ce, qu'à notre retour , nous devons enseigner dans nos églises. Alors le pape parla ainsi : Après que le Seigneur eut fiùl de moi cequ'il voulut, et m'eut livré avec le peuple romain entre les mains du roi , je voyois commettre tous les jours des pillages, des incendies, des meurtres et des adultères. C'est pour délivrer de ces maux l'Eglise et le peuj)le de Dieu que j'ai fait ce que j'ai fait ('2) ; je l'ai fait comme homme, parce que je ne suis que poudre et cendre. J avoue que j'ai failli ; mais je vous prie tous de prier IJieu qu il me le pardonne. Pour ce maudit écrit qui a été fait dans le camp, je le condamne sous un anathème perpétuel , afin que la mémoire en soit à jamais odieuse, et je vous prie d'en faire de même. Tous s'écrièrent : Ainsi soitil , ainsi soit-il. Brunon , évêque de Segni , dit : Bendons grâce à Dieu de ce que nous avons oui le jmpe Pascal condamner de sa propre
(1) To. X, p. 806.
(3) Sup. n. 5.
bouche ce privilège qui contenoit une hérésie A quoi qu<'lqu'un ajouta . Si ce privilège contenoit une hérésie , celui ([ui la fait étoit hérétique. Alors Jean, évêque de Gaéte, dit avec en.olion à l'evêque de Segni ; Appelez-vous le pape hérétique, ici, en ce eomile, en notre présence ? L'écrit qu'il a fait étoit mauvais, mais ce n'étoit pas une hérésie. Lu autre ajouta : On ne doit pas même l'appi'ler mauvais, puisqu'il a été fait pour un bien, qui étoit de délivrer le peuple de Dieu. Ce nom horrible d'hérésie mit à bout la patience du pape ; il fil signe de la main , et dit : Mes frères et mes seigneurs , écoulez : cette église n'a jamais eu d hérésie; au contraire, c'est ici que toutes les hérésies ont été brisées, suivant la promesse du Sauveur, que la foi de Pierre ne manqueroit point.
Le jeudi, le pape ne vint point au concile ; il en lut empêche par plusieurs affaires, principalement celles de l'empereur, qu'il Iraitoit avec 1 abbe de Clugny, Jean de Caète , Pierre de Léon, préfet de Home, et les autres qui soutenoienl le parti de ce prince. Le vendredi Conon , évêque de Prenesle, voulut expliquer 1 excommunication de l'empereur; mais Jean deGaete, Pierre de Léon et les autres partisans de ce prince lui résistoient en face , et l'interrompirent plusieurs fois. Alors le pape apaisa le bruit du geste et de la voix , et dit: L'Eglise primitive du temps des martyrs a été florissante devant Dieu et non devant les hommes. Ensuite les empereurs et les rois se sont convertis, et ont honoré l'Eglise, leur mère, en lui donnant des terres, des domaines, des dignités séculières , les droits et les ornements royaux, comme Constantin et les autres princes fidèles ; alors l'Eglise a commencé à être florissante , tant devant les hommes que devant Dieu. EUedoit donc conserver ce qu'elle a reçu des rois et des princes , et le dispenser à ses en fants comme elle le juge à propos. Ensuite le pape, voulant casser le privilège qu'il avoit accordé à 1 empereur, renouvela la défense prononcée par Grégoire VII , sous peine d'anathème, de donner ou de recevoir l'investiture.
Alors le cardinal Conon, évêque de Prenesle , rendit ainsi compte au pape de sa légation : Saint père, si j'ai véritablement été votre légal, et si vous voulez ratifier ce que j'ai fait, déclarez-le, s'il vous plaît, en présence de ce concile. Le pape repondit : Oui , vous avez é.é notre légat, et tout ce que vous et les autres cardinaux, évêques et légats avez fait par l'autorité de notre siège, je l'approuve et le confirme. L'evêque de Prenesle expliqua donc qu'étant légat à Jérusalem, il avoil appris la pertidie avec laquelle le roi Henri , nonobstant ses serments , avoit pris et maltraité le pape et les cardinaux : ajoutant que pour ces crimes, de l'avis de l'église de Jérusalem, il avoit prononcé sentence d excom- I miinication conlre le roi, et Ta voit confirmée
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C. lUG
en Grèce, en Hong^rie, en Saxe, en Lorraine et en Trance, dans cinq conciles, de Favis de ces églises. Enfin il demanda que le concile approuvât sa légation, comme le pape avoit fait. L'archevêque de Vienne demanda la même chose par ses députés et par ses lettres : quelques-uns en murmurèrent, mais la plus saine partie du concile y consentit.
Le samedi, l'affaire de Milan fut décidée. Le pape représenta qu'il n'y avoit que deux causes pour la translation des èvèq^es , la nécessité ou l'utilité ; que la translation dç Pierre Grossolan , de l'évéché de Savone à l'afchevéché de Milan, loin d'être utile, n^ayoit tourné qu'à la perte des corps et des àmcs. C'est pourquoi il le renvoya à son èvêché, et déclara Jourdain , archevêque de Milan. A la fin du concile, le pape accorda une indulgence de quarante jours à ceux qui, étant en pénitence pour des péchés capitaux, visiteroient les églises des apôtres, soit à l'occasion du concile , soit par dévotion. Ainsi , donnant sa hénédictiou, il termina le concile le sixième jour.