XXXIX. Sèdilion ù tlome contre le pape
Quinze jours après la fin du concile de Rome , c'est-à-dire le dimanche des Rameaux , vingt-sixième de mars de la même année mil cent seize (2), Pierre, préfet de Rome, étant mort, quelques séditieux élurent pour son successeur son fils, qui étoit encore très-jeune, et le jeudi-saint, coujme le pape commençoit la messe et en étoit a la première oraison , ils le lui présentèrent entre son trône et l'autel , demandant qu'il le confirmât dans la charge de préfet. (iOnmie le pape ne leur répondoit point et conlinuoit l'ollice, ils s irritèrent; et, criant à haute voix, ils prirent Dieu à témoin que, s'il ne leur répondoit favorablement, il verroit le jour même des accidents funestes. Le pape leur dit enfin que les fondions de cette sainte journée l'empêehoient de vaquer à cette affaire, et qu il leur feroit ensuite une réponse convenable. JVous en ferons, reprirent-ils , selon notre volonté , et se retirèrent en tumulte.
Le lendemain, qui étoit le vendredi-saint , comme le peuple, suivant l'ancienne coutume, alloit nu-pieds visiter les lieux saints et les cimetières des martyrs, ces séditieux, armés, engagèrent par serment dans leur faction le simple peuple, et continuèrent le samedi-saint, et encore plus le jour de Pâques. Le lundi, qui étoit le troisième d'avril, comme le pape alloit à Saint-Pierre où est la station de ce jour-là , le jeune homme se présenta à lui avec sa troupe, près du pont d'Adrien, et demanda sa confirmation. J\e layant pas obteime, il attaqua la famille du pape qui suivoit, prit les uns et maltraita les autres. Au retour, le pape revenant couronné selon la coutume, et précédé des cardinaux , ces séditieux les attaquèrent du haut du Capitole, faisant de grands cris et jetant des pierres. Ils envoyèrent même après le pape ; et, avant qu il ùiàt ses ornements, il fallut leur promettre que le vendredi suivant il délibéreroit sur cette confirmation. IMais le jeune homme, n'étant pas eontent de ce délai, fit aecomplir ce jour-là, par ceux de qui il put l'obtenir, les cérémonies qui restoient à faire pour le déclarer préfet.
(l) P. 187. Allât. Gr. (2) Polr. Pis. n. 17. Ap. Orlhod. p. 379. .Ap. Baron. Pap^h. ap. IJaroii an. 1115. a" ItlO. Chr. Cassin. iv, c. tiO.
Le vendredi , il fit abattre les maisons de ceux qu'il n'avoit pu révolter contre le pape; et le pape, prévoyant qu'on ne pourroit résister à ces séditieux sans répandre beaucoup de sang, se retira à Albane. Leur fureur tomba principalement sur la maison et les tours de Pierre di; Léon. Le pape ayant gagné quelques seigneurs romains par ses largesses, il y eqt uncoii^bat, où les séditieux furent battus; n^ais la plupart de ceux qui avoient fait sernient au pape l'abandonnèrent, à l'exemple de Ptolomée, qui en étoit le chef. Tout le pays se souleva contre lui , et la gvierre civile ne sp ralentit que par les travaux de la moisson ef les chaleurs de l'été.