LIVRE SOIXANTE-SIXIÈME
recommanda de se donner de garde de l'artifice des guiberlins et de la violence des Allemands, et de demeurer unis entre eux. Ensuite , ayant reçu l'eltrême-onction , fait sa confession et satisfait aux autres devoirs de la religion , il mourutà minuit, le dix-huitième de janvier mil cent dix-huit, après avoir tenu le saint-siège dix-huit ans cinq mois et cinq jours. Enplusieursôrdinations,ilavoitfailcinquanteprétres, trente diacres et cent évêques. Il fut embaumé, revêtu de ses ornements suivant le cérémonial, et porté parles catdinauxà Saint-Jean-de-Latran , où il fut enterré dans un sépulcre de marbre arlistement travaillé. Le saint-siège vaqua douze jours. Entre les lettres de Pascal II, tious en avons une à Pons, abbé de Clugny , où il ordonne de donner à la communion les deux espèces séparément, et non le pain trempé dans le vin , cortime il se pi-atiquoit à Clugny. Il excepte les enfants et les malades qui ne pou voient avaler le paiti. On communioit donc encore lès petits enfants (1).
XL vil. Gélase II, pape.
Après la mort de Pascal II , Pierre , évêque de Porto, qui depuis lohg- temps tenoit la première place après le pape , et avec lui tous les cardinaux , prêtres et diacres , commencèrent à délibérer sur le choix dun successeur, et jetant principalement les yeux sur Jean de Gaète, chanceliet* de l'église romaine, ils envoyèrent au mont Cassin où il étoit, le prier de venir incessamment (2). Il partit sans savoir ce qu'ils avoient fait entre eux , monta sur sa mule et vingt promptement a Rome. Le lendemain les cardinaux s'assemblèrent au nombre de quarante-six, lui compris, savoir, les évêques de Porto , de Sabine , d'Albane et d'Ostie, vingt-trois prêtres et dix-huit diacres. Nicolas, primicier, avec le corps des chantres, tous les sous diacres du palais, plusieurs archevêques, grand nombre de clercs d'un moindre rang , quelques-uns des sénateurs et des consuls romains. Pour éviter les scandales assez fréquents dans ces élections , ils s'assemblèrent en un lieu qu'ils croyoient très-sûr, et, après avoir long-temps délibéré, ils s'accordèrent tous à élire le cIuuk elier. Ils le prirent aussitôt, le nommèrent Gélase, et l'intronisèrent malgré sa résistance.
Il étoit né à Gaète, de parents nobles, qui le firent étudier dés son enfance ; puis Odérise , abbé du mont Cassin, le leur ayant demandé, ils le donnèrent à ce monastère, où il se distingua par son progrès dans les arts libéraux et dans l'observance régulière. Il étoit encore jeune quand le pape Urbain II le tira du mont Cassin la première année de son pontificat, et le fit cardinal-diacre de l'église romaine, et
(1) Chr. INlalleac. an.
1120, p. 210. Cartul.M. S.
Loci. t>«i.
(2) Petr. Pisan. ap. Baron, et Papebr.
(i) Epist. 32. Sup. liY.
LXUI^n. 59; LXIV,n.28.
(2) Vita per. Pandulf.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
(AndcJ.C. 1118.
AndeJ.-C. 1118.]
peu de temps après chancelier, pour rétablir dans le sainl-siége l'ancienne élégance du style presque perdue, comme dit Pandolphe d'A latri, auteur du temps (1). Après la mort d'Urbain, le chancelier, Jean de Gaèle, fut toujours attaché au pape Pascal avec une atTeclion singulière ; il lui aida à supporter toutes ses afflictions, et fut son bâton de vieillesse. A sa recommandation, ce pape promut à la dignité de cardinaux-prêtres ou diacres , plusieurs de ses scripteurs et de ses chapelains, entre autres Pierre de Pise, Hugues d'Alatri, Saxon d'Agnania et Grégoire de Gaéte Jean lit de grandes libéralités à son titre de Sainte-Marie en Cosmedin , tant en argenterie et en ornements d'église , qu'en tonds de terre, et fut toujours le protecteur du mont Cassin. Tel étoit le chancelier Jean de Gaète quand il fut élu pape, et nommé Gélase II.
Cencio Frangipane, dont la maison étoit proche du lieu détection, 1 ayant apprise , accourut aussitôt l'épée au côté et frémissant de colère, car il tenoit le parti de l'empereur. Il rompit les portes, entra dans Téglise, prit le pape à la gorge, le frappa à coups de poing et de pied , jusqu'à l'ensanglanter de ses éperons; puis, le traînant par les cheveux et par les bras, il le mena chez lui , l'y enchaîna et ly enferma. Les cardinaux , le clergé et plusieurs laïques, assemblés pour l'élection , furent de même arrêtés par les satellites de Cencio ; on les jetoit à bas de leurs chevaux et de leurs mules, on les dépouilloit, on les maltraitoit; quelques-uns gagnèrent leurs maisons demi-morts , et malheur à qui ne put s'enfuir. Au bruit de cette violence, les Romains s'assemblèrent, Pierre, préfet de la ville, Pierre de Léon avec les siens, et plusieurs autres nobles avec leurs gens , le peuple de tous les quartiers, prend les armes, on accourt à grand bruit au Capitole , on envoie députés sur députés aux Frangipanes pour redemander le pape. Aussitôt les Frangipanes épouvantés le rendent, et Lé(m, l'un d'eux , se jette à ses pieds, lui demande pardon, et s'échappe ainsi au péril qui le menaçoit.
Le pape étant délivré fut couronné, mis sur un cheval blanc , et mené par la rue sacrée à Saint-Jean-de-Lalran, précédé et suivi de bannières suivant la coutume. Sun pontiticat paroissoit assuré et paisib'e ; les comtes et les barons le visiloient, il donnoit audience à ceux qui venoient pour quelques atliiires, et les renvoyoit avec sa bénédiction. Ceux qui étoient sortis de Rome y rentroient ; on s'assembloil pour délibérer quand le pape devoit être ordonné et sacré, car il n'étoit encore que diacre. Mais cette paix ne fut pas longue; et une nuit le pape fut averti que l'empereur Henri étoit en armes à Saint-Pierre. En elYet , sur la nouvelle de la mort de Pascal et de l'élection de Gélase , l'empereur étoit venu en diligence et
(1) Sup. liv. Lxiii, n. il, 48.
avoit mandé au nouveau pape : Si vous voulez confirmer le traité que j'ai fait avec Pascal , je vous reconnoîlrai pour pape et vous ferai serment de fidélité ; sinon j'en ferai élire un autre et le mettrai en possession ; car l'empereur prétendoit toujours être en droit d'approuver 1 élection du pape (1).