XLVIII. Fuite de Gélase
Gélase, ayant donc appris qu'il étoit si proche, se leva quoiqu'il fût nui ; et, s'étant fait mettre sur un cheval malgré son grand âge et ses intirmités, se retira chez un citoyen, nommé Bulgamin, où il demeura caché le reste de la nuit. Le h^ndemain malin, le pape et les siens se trouvèrent fort embarrassés. Il n'y avoit pas de sûreté pour eux dv'j demeurer à Rome , et ils ne pouvoient s''*nfuir par terre , parce que les Allemands tenoient les chemins. Ils résolurent donc de gagner la mer, et s'embarquèrent sur le Tibre en deux galères qui le menèrent jusqu'à Porto. Là il fallut s'arrêter à cause du mauvais temps, la pluie, le tonnerre, la tempête qui agiU)it la mer et le fleuve, car c'étoit au mois de février. Les Allemands étoient sur le rivage qui tiroient >ur eux des traits empoisonnés, et menaçoient de les poursuivre jusque dans l'eau s'ils ne ?endoient le pape, La nuit et la Ic^mptUe les arrêta ; et cependant h» cardinal Hugues d'Alatri prit le pape sur ses épaules et l'emporta à la faveur de la nuit au château de Saint-Paul d Ardée. Le matin les Allemands icvinrent à Porto ; on leur jura que le pape s'en étoit fui, et ils se retirèrent. iMais on ramena le pape pendant la nuit ; il s'embarqua avec les siens ; le troisième jour ils abordèrent à Terracine demi-morts, et le quatrième à Gâtée.
Ils y furent très-bien reçus; aussi étoit-ce la patrie du pape ; et quand la nouvelle de son arrivée fut répandue dans le pays , quantité d'évêques s'y rendirent, entre autres : Sennes, archevêque de Capoue , Lmdulfe de Bénévent,AIfane deSalerne, Gibalde, abbé du mont Cassin, Sigénulfe, abbé de Cave, et plusieurs autres. L'empereur envo3a encore à Gaéte prier le pape de revenir se faire sacrer à Rome , témoignant qu il désiroil ardemment d'assister à cette cérémonie , et l'autoriser par sa présence, et que, s'ils conferoient ensemble, ce seroit le meilleur moyen de rétablir l'union (2). Le pape, qui avoit été pris par l'empereur avec Pascal II et mis aux fers, ne pouvoit s'y fier ; il répondit donc qu'il alloit se faire sncnr incessamment , et qu ensuite l'empereur le trouveroit prêt pour la négociation partout où il lui plairoit. Fn elTet, sans sortir de Gaèle, le pape fut ordonné prêtre, puis sacré évèque en présence de tous les prélats