XLIX. Bourdin, antipape
Cependant l'empereur Henri, irrité de la réponse de Gélase , résolut de faire un autre pape, comme il l'en avoit menacé, et choisit l'archevêque de Prague, qui l'avoit couronné empereur l'année précédente. C'étoit Maurice Rourdin, neen Limousin, d'où Bernard, archevêque de Tolède , l'emmena , comme il a été dit, en mil quatre-vingt-quinze (I). Il le fit premièrement son archidiacre, puis évêque de Conimbre. Maurice lit le voyage de Jérusalem vers lan mil cent huit, et passa àConstanlinople, où il fut chéri des grands et de l'empereur Alexis ; après avoir employé trois ans à ce voyage, il revint en Portugal, où saint Géraud, archevêque de Prague, étant mort, il fut élu pour lui succéder, l'an mil cent dix. Pour faire confirmer la translation et recevoir le pallium, il alla à Rome , où le pape Pascal II lui accorda I un et l'autre, moyennant un présent considérable. Maurice soutint vigoureusement la dignité de son siège contre Bernard, archevêque de Tolède, qui vouloitl'assujetiir à sa nouvelle primatie, confirmée par le pape Pascal, et qui se prévaloit contre lui de son autorité de légat en Espagne. Maurice alla à Rome en mil cent quinze, implorer le secours du pape, qui , après avoir plusieurs fois averti Bernard de cesser ses vexations, lui déclara enfin qu il le déchargeoit de sa légation sur la province de Prague , afin que Maurice y pût exercer plus librement sa juridiction (-2). La lettre est datée d'Anagnia , le troisième de novembre.
Maurice demeura long-temps en Italie à la poursuite de cette affaire; et le pape Pascal, connoissant sa capacité , le fit son légat pour traiter la paix avec l'empereur Henri, que Maurice, en cette qualité, couronna en l'absence du pape, comme il a été dit ; mais le pape le trouva mauvais, et excommunia Maurice au concile de Bénévent. 11 demeura donc auprès de l'empereur , qui , se tenant offensé que Jean de Gaèle se fût fait sacrer sans son consentement, fit élire pape celui-ci , sous le nom de Grégoire Mil, le quatorzième de mars mil cent dix-huit.
Le pape Gélase étoit encore à Gaète quand il apprit cette nouvelle , et aussitôt il écrivit au
(1) Chr. Cass. iv, c. Oi. (2) Falco Beuev. Irsperg. an. 1118.
(1) Vitaper Baluz. lo. 3.
Miscell. p. 471. Sup. liv.
lAiv, n. 33.
TOMK IV.
C2) Ep. i. Ap. Baluz. p-
cierge et aux autres fidèles de Gaule en ces termes (1) : Apres notre élection , l'empereur est venu furtivement à Rome, ce qui nous a oblige d'en sortir. Il a demandé ensuite la paix par menaces, disant que si nous ne l'en assurions par serment il useroit de son pouvoir. Nous avons répondu que nous étions prêts à terminer le différent entre l'Eglise et l'état soit à l'amiable, soit par justice, dans le lieu et le temps convenables, à Milan ou à Crémone à la Saint-Luc prochaine, et cela par le conseil de nos frères, que Dieu a établis juges dans l'Eglise : j'entends les évêques. La lettre continue Aussitôt, c'est-à-dire le quarante-quatrième jour après notre élection , il a intrus dans 1 Eglise Maurice, évêque de Prague, excommunie l'année passée par le pape Pascal, au concile de Bénévent, et qui autrefois, en recevant le pallium par nos mains, avoit fait serment de fidélité au même pape et à ses successeurs, dont je suis le premier. En cette entreprise l'empereur n'a eu , grâce à Dieu, personne du clergé romain pour complice, mais seulement des guibertins, Romain de Saint-Marcel , Cencio de Saint-Chrysogone , Teuzon , qui a longtemps ravagé le Danemarck. Nous vous ordonnons donc, qu'après en avoir délibéré en commun, vous vous prépariez, comme il convient, à venger l'Eglise, voire mère. Gélase écrivit aussi à Bernard , archevêque de Tolède, et aux évêques d'Espagne, d'éfire un autre archevêque de Prague à la place de Maurice ; enfin il écrivit au clergé et au peuple de Rome de l'éviter comme un excommunié (2). Il tint ensuite un concile à Capoue , où il excommunia l'empereur et son antipape.
Maurice Bourdin étoit cependant à Rome, où il demeura tout le reste de l'année ; et , le jour de le Pentecôte, il couronna comme pape l'empereur Henri , qui se retira quelque temps après en Ligurie, et de là en Allemagne (3). Bourdin envoyoit des bulles de tous côtes en qualité de pape Grégoire, et fut reconnu en quelques lieux, comme en Allemagne, par Herman , évêque d'Augsbourg , et en Angleterre par quelques-uns, qui tenoient Gélase pour antipape, et d'autres ne reconnoi.ssoient ni Gélase ni Grégoire : toutefois, la France et la plupart de la chrétienté reconnut Gélase.