V. Monasléra de Nonantule
La reine Giseltrude , femme d'Astolfe , avoit
An de J.-C. 75«. J
un frère nommé Anselme , qui , après avoir été duc de Frioul, quitta le monde, et l'an sept cent cinquante, fonda le monastère de Fanan à sept lieues ou vingt-deux milles de Modène par la libéralité du roi son beaufrère (1). Après qu'Anselme y eut demeuré quelque temps, le roi lui donna encore la terre de Nonantule à deux lieues de Modène, qu'Anselme et ses moines défrichèrent par le travail de leurs mains , et y fondèrent une église et un monastère, la troisiène année du régne d'Aslolfe, c'est-à-dire l'an sept cent cinquante-deux. L'année suivante, l'église fut consacrée en l'honneur de tous les apôtres par ordre du pape Etienne II et par les mains de Sergius, archevêque de Ravenne. Astolfe confirma cette donation par une charte où il oblige seulement les moines à lui fournir quarante brochets au grand carême , et autant au carême de saint Martin , c'est-à-dire à lavent. Astolfe alla à Rome avec Anselme, et offrit cette lettre sur le corps de saint Pierre pour marque de sa soumission au saint-siège. Le pape revêtit Anselme de l'habit monastique , lui donna le bâton pastoral, leconsacrant abbé, et le recommanda à Tarchevêque Sergius, qui étoit présent avec plusieurs autres évêques, car cette cérémonie se fit en plein concile. Le pape permit aussi à Anselme d emporter le corps de saint Sylvestre. Ainsi on peut croire que la guerre que le roi des Lombards faisoit à Rome, avoit des intervalles pendant l'hiver. Saint Anselme fonda plusieurs hôpitaux , en l'un desquels on nourrissoit deux cents pauvres le premier jour de chaque mois, et ondisoit tous les ans trois cents messes pour les vivants et pour les morts. Il gouverna cinquante ans le monastère de Nonantule , et eut sous sa conduite jusqu'à onze cent quarantequatre moines, sans les enfants et les novices.
Après que le roi Astolfe eut renvoyé sans rien faire les deux abbés députés par le pape (2), Jean, silentiaire de l'empereur Constantin, arriva à Rome apportant des lettres pour le pape et pour le roi des Lombards, où il l'exhortoit à rendre les places qu'il avoit prises sur l'empire. Le pape l'envoya aussitôt à Ravenne trouver le roi qui , sans donner de réponse précise , se contenta d'envoyer un ambassadeur à Constantinople avec Jean. Le pape y envoya aussi des députés chargés de lettres où il prioil l'empereur, comme il avoit déjà fait plusieurs fois, de venir avec une armée délivrer Rome et l'Italie. Mais cette députation fut encore sans effet , et l'empereur Constantin n'envoya aucun secours.