VI. Conférence de Mouson
Le pape parloit ainsi le mardi vingt et unième d'oclobre, second jour du concile; et c'éloit par l'avis des évéques qu il avoit résolu d'aller à la conférence avec l'empereur. H leur recommanda pendant son absence, et principalement le jour de la conférence, d'offrir à Dieu des prières et des sacrifices, et d'aller en procession nu-pieds de léglise métropolitaine à Saint-Remy. Il partit le lendemain mercredi, et le jeudi il arriva fort fatigué au lieu de la conférence. Le vendredi, il fit venir dans sa chambre les évêques, les abbés et les autres habiles gens qu'il avoit amenés en grand nombre, et fit lire les deux écrits dressés de concert de la part de l'empereur et de la sienne. On commença à les examiner soigneusement ; et sur cette clause de la promesse de l'empereur : Je renonce à toute investiture de toutes les églises, les évéques dirent : Si le roi agit simplement, ces paroles suffisent; mais, s'il veut «hicaner, cet article auroit besoin d'explication, de peur qu'il ne veuille revendiquer les anciens domaines des églises, ou en investir les évêque de nouveau. Dans l'écrit du pape, ils pesoicnt cette clause : Je donne; une vraie paix au loi et à tous ceux qui ont été ou sont avec lui dans cette guerre. Sous ce nom de paix, ils craignoienl qu on n'entendît (|uelque chose de plus que la communion de l'Eglise, et qu'on ne voulut faire rect'voir les évéques intrus ou légitiniemenl dépos(»s.
Après cet examen, on envoya au camp de l'empereur lévêque d'Oslie, le cardinal Jean de Crème, lèNêque de Viviers, l évêque de Chàlons et l'abbe de (>lugny ; quand ils furent arrivés, ils montrèrent les écrits, et déterminèrent les clauses, comme on étoit convenu.
D'abord l'empereur nia qu'il eût rien promis de tout cela ; mais l'évéque de Chàlons dit avec vigueur : Je suis prêt à jurer, sur des reliques ou sur l'Evangile, que vous l'avez promis entre mes mains. L'empereur, convaincu par le témoignage de tous les assistants , fut contraint de l'avouer; mais il se plaignoit qu'on lui avoit fait promettre ce qu'il ne pouvoit exécuter sans diminution de son autorité royale. L'évéque lui répondit : Seigneur, vous nous trouverez entièrement fidèles à nos promesses. Car le pape ne prétend diminuer en rien votre autorité, comme disent quelques semeurs de discordes ; au contraire, il déclare publiquement que tous vous doivent servir à la guerre et en tout le reste, comme ils ont accoutumé de vous servir, vous et vos prédécesseurs. Mais, si vous croyez que votre puissance soit diminuée en ce qu'il ne vous sera plus permis de vendre les évêchés, vous devriez plutôt compter pour un avantage de renoncer à ce que Dieu vous défend.
L'empereur, n'ayant rien à répondre, commença à parler plus doucement , et (lemand«'r un délai au moins jusqu'au lendemain , disant qu'il en vouloit conférer celle nuit avec ses barons, pour les porter, s'il pouvoit, à consentir l'exécution de sa promesse, et qu'il rendroit réponse dès le grand matin. Ensuite ses gens commencèrent à conférer avec ceux du pape sur la manière de l'absolution et de la réception , disant qu'il leur seroit bien dur si leur maitre y venoit nu-pieds comme les autres. Les députés du pape repondirent qu'ils feroient tout leur possible pour engager le pape à recevoir l'empereur chaussé, et le plus en particulier qu'il pourroil. La conférence finit ainsi ce jour-là , et les députés retournèrent en faire leur rapport au pape. Il désespéroit de la paix , et vouloil dès le malin retournera Reims; mais, pnr le conseil ducomt(; deTroyes et de plusieurs autres, il consentit de demeurer le lendemain samedi jusque vers le midi, afin d ùter touteexcuse aux Allemands.
Dès le grand matin , l'évéque de Chàlons et l'abbé de Clugny retournèrent savoir la réponse de l'empereur. L'évéque lui dit : Nous pouvions dès hier, sei4:neur, nous retirer avec justice , puisque nous avons été prêts au jour nommé d'accomplir notre promesse; mais nous n'avons pas voulu, pour le délai d'une nuit, manquer un aussi grand bien , qu'est la paix ; et si vous voulez accomplir aujourd'hui votre promesse , le pape est encore prêt d'accomplir la sienne. Alors l'empereur en colère demanda encore un délai , jusqu'à ce qu'il put tenir une diète générale avec les seigneurs de son royaume , sans le conseil desquels il n'osoit renoncer aux investitures. Mais l'évéque lui déclara qu'il ne vouloit plus avoir affaire à lui , et s'en retourna sans prendre congé. Sur son rapport, le pape passa en grande diligence à un autre château du comte de Troyes. L'empereur envoya prier instamment le comte de
retenir en ce lieu le pape pendant le dimanche , promettant absolument d'exécuter le lundi ce qu'il avoit refusé. Mais le pape répondit : J'ai fait, par le désir de la paix, ce qui n'a jamais été fait, que je sache, par aucun de mes prédécesseurs ; j'ai quitté un concile général assemblé, et j'ai pris beaucoup de peine pour venir trouver ret homme, en qui je n'ai point trouvé de disposition à la paix. C'est pourqu i je n'attendrai pas davantage. Si pendant le concile ou après Dieu nous donne une véritable paix , je serai toujours prêt de la recevoir à bras ouverts. 11 partit donc le dimanche avant le jour, et marcha avec tant de diligence, qu'après avoir fait vingt lieues il arriva le même jour à Reims, et y célébra la messe.