LIVRE SOIXANTE-SEPTIEME
délai pour se préscnfer à sa cour, et reprendre sa femme lef^ilime sous peine d'analhème.
Ce duc d'Aquitaine éloil le même qui , dixhuit ans auparaNant, en mil cent un,avoit fait le voyage de la terre sainte avec plusieurs autres seigneurs françois. Avant ce voyage, il éloil tellement plongé dans toutes sortes de vices, qu'il sembloit croire que tout alloit au hasard, et qu'il n'y avoit point de Providence (1). Comme il avoit l'esprit agréable, il tournoit tout en raillerie, et faisoil gloire de ses débauches ; jusque-là qu'il disoit qu'il vouloit faire une abbaye pour y rassembler des femmes publiques; et, les nommant par leur n m, il disoit qu'une telle seroit l'abbesse, une telle la prieure, ainsi des autres ; et il faisoit des chansons sur c > sujet La croisade ne le convertit pas, puisque si long-temps après il entretenoit la vicomtesse de Chàtelleraul ; et il l'aimoit avec tant de passion, qu il por^ loit sur son écu le portrait de cette femme, pour l'avoir présente dans les combats. Gérard, évéque d'Angouléme, le reprit de cet adultère scandaleux et l'excommunia ; mais le duc, se moquant derévèque,qui étnit chauve, lui dit ; Vous ramènerez avec le peigne vos cheveux sur le front avant que je quitte la vicomtesse.
Pierre, évêque de Poitiers, homme d'une grande vertu, le reprit avec libtTté pour le même crime; et, comme il ne se rendoit pas, il commença à prononcer lexcommunication contre lui. Alors le duc en furie le prit aux cheveux , et tenant son épée nue : Tu mourras tout à l'heure , dit-il , si tu ne me donnes l'absolution. L'évéque , feignant d'avoir peur, demanda la liberté de parhT, et acheva hardiment la sentence d'excommunication dans la forme la plus rigoureuse ; puis , tout rés(du au martyre, il tendit le col en disant : Frappe, frappe. Mais le duc, usant de ses plaisanteries ordinaires, dit : Je te hais tellement, que je ne le crois pas digne de ma colère, et tu n'iras pas en paradis de ma main. Toutefois , peu de temps après , à la persuasion de la vicomtesse, il envoya l'évéque en exil, où il mourut saintement; et le duc, ayant appris qu'il faisoil des miracles, dit : J'ai regret de n'avoir pas avancé sa mort; il m'en auroil eu obligation. Tel étoit donc le ducd' Aquitaine, contre lequel la duchesse , son épouse , vint porter ses plaintes au concile de Reims.
Ensuite Audin, évéque d'Evreux, se plaignit d'Amauri, comte de Montfort, qui l'avoit chassé honteusement et brûlé sa maison épiscopale. Mais un chapelain d'Amauri dém- ntit l'évéque en plein concile, et soutint qu il sétoit attiré la guerre qui avoit causé ces désordres. Les François prenant le parti d'Amauri contre les Normands, il y eut une grande altercation. Enfin, on ût silence, et le pape exhorta tous les assistants à la paix, représentant
(1) Sup. liv. XLV, n. 23. Guiil. Malmesb lib.iv, p.l70.
les maux de la guerre , tant pour le temporel que pour le spirituel. H conclut en ordonnant la trêve de Dieu , comme le pape Lrbain l'avoit établie au concile de Clermont, dont il confirma tous les décrets; puis il ajouta : L'enjpereur d'Allemagne ma mandé d'aller à Mouson faire la paix avec lui pour lulilite de l'Eglise. Je mènerai l'archevêque de Reims, celui de Rouen, et quelques autres de nos frères les évoques que j'estime les plus nécessaires à cette conférence. Je prie tous les autres d'attendre ici, où je reviendrai au plus tôt; priez pour le bon succès de notre voyage. A mon retour, j'écouterai vos plaintes et vos raisons; et. Dieu aidant, je vous renverrai en paix chacun chez vous. Ensuite», j'irai trouver le roi d'Angleterre, mon filleul et mon parent, et je l'exhorterai, lui et le (omteThibaud, son neveu, c'étoil le comte de Champagne, et les autres qui sont en diflcrent, de se faire justice, et se donner la paix à eux et à leurs sujets; mais je frapperai d'un terrible analhème ceux qui ne voudront pas m'écouter , et s'opiniàtreront à troubler la tranquillité publique.