‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1834 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-SEPTIEME

avec une armùc do près de trente mille horames. Ce qu'ayant vu , nous avons tenu le pape enfcrraé dans cette place, qui appartient à rarchevèque de Reims. Nous avons demandé plusieurs t'ois à parler à l'empereur en particulier , mais , sitôt que nous le tirions à part , nous nous trouvions environnés d'un nombre inlini des gens de sa suite, qui nous intimidoient en branlant leurs lances et leurs épées. Car nous étions venus sans armes, non pour combattre , mais pour traiter la pai\ de l'Eglise. L'empereur nous parloit arlilicieusement, usant de divers détours, et attendoit que le pape vint en sa présence pour le prendre; mais nous eûmes grand soin de le lui cacher, nous souvenant comment il avoit pris à Rome le pape Pascal (1). La nuit nous sépara; et, craignant que ce tyran ne nous poursuivît avec ses troupes, nous sommes revenus au plus vite.

Le mardi, vingt-huitième d'octobre, le pape se trouva si mal, qu'il ne put venir au concile. Le mercredi il y vint vers les neuf heures du malin, reçut diverses plaintes, et traita plusieurs affaires jusqu'à trois heures. L'archevêque de Cologne envoya au pape des députés avec des lettres; et, lui promettant obéissance, fit avec lui la paix, lui rendant gratuitement le fils de Pierre de Léon qu'il avoit en otage. Alors ce jeune homme parut dans le concile. Il étoit richement vêtu , mais noir, pâle, et de si mauvaise mine , que les assistants le trouvoient plus semblable à un juif ou à un sarrasin qu'à un chrétien. On s'en moqua, et on le chargea d'imprécations à cause de son père qui avoit été juif, et étoit encore odieux pour ses usures. L'archevêque de Lyon se leva avec ses suffragants , et , se plaignit au nom de ]'évéque de JVlàcon , des entreprises de l'abbé de Clugny, contre lequel plusieurs autres moines et clercs formèrent aussi des plaintes , et firent grand bruit. Quand on eut fait silence , Pons , abbé d(î Clugny , se leva avec une grande troupe de moines, et soutint qu'il n'a- Yoit fait tort à personne, et que toutes ces plaintes n'étoient fondées que sur le soin qu'il avoit de conserver les biens et les privilèges de son monastère. C'est, ajoula-t-il, l'affaire du pape : il défendra, s'il lui plait, son église et les biens qu'il m'a confiés.

Le pape remit au lendemain la décision de cette affaire; et ce jour, depuis les trois heures après midi , il fit lire les décrets du concile. 11 y en avoit cinq : le premier contre la simonie; le second contre les investitures des évéchés et des abbayes qui sont défendues sous peine d'anathème et de perte de la dignité ainsi reçue , sans espérance de retour. Le troisième est contre les usurpateurs des biens d'église ; le quatrième défend de laisser les bénéfices comme par droit héréditaire , et de rien exiger pour le baptême, les saintes huiles,

(1) Sup. liv. Lxvi , n. 3.

la sépulture , la visite ou l'onction des malades. Enlin, le dernier estiK)urla conlinencedes clercs. On lit aussi en ce concile un grand décret pour l'observation de la trèvede J)ieu(l). L'article des investitures avoit d'abord été conçu en termes plus généraux , comprenant toutes les églises et tous les biens ecclésiasticjues ; mais il excita un si grand murmure de tous les laïques etdequelques clercs, que cette disputefitdurer la siance jusqu'à la nuit. Car il leur sembloit que par cet article le pape vouhùt ùler aux laïques les dîmes et les autres biens ecclésiastiques qu'ils possédoienl depuis longtemps. Le pape ne put donc terminer le concile ce jour-là comme il avoit résolu, et remit au lendemain pour régler cet article et les autres d'un ccmnnun accord.

Le dernier jour du concile fut le jeudi, trenlième d'octobre mil cent dix-neuf. Après que l'on eut chanté l'hymne du Saint-Esprit, le pape fit un sermon sur ses dons ; entre autres la sagesse et la charité, exhortant tous les assistants à la concorde, et donnant liberté de se retirer à ceux qui ne voudroient pas se soumettre à l'autorité de l'Eglise. Enfin, il parla si efficacement, que tous convinrent du canon des investitures restreint aux évéchés et aux abbayes. Les cinq canons approuvés de tout le concile furent dictés par le cardinal Jean de Crème , écrits par Jean de Rouen , moine de Saint-Ouen , et récités publiquement par le cardinal-diacre Chrysogone. Le cardinal Jean de Crème parla sur l'affaire de Clugny , insistant sur laulorité du pape, et concluant à la confirmation des privilèges de ce monastère, nonobstant le murmure de plusieurs prélats. On apporta la nouvelle de la mort du cardinal de Tusculum , el une h'tlre de Clémence, sœur du pape, comtesse de Flandre, sur la mort du jeunecomte Baudouin, son fils, arrivée au mois de juin précèdent : le concile fit des prières pour l'un et pour l'autre.

L èvêque de Barcelone parla doctement sur la dignité royale et sacerdotale, puis on apporta quatre cent vingt-sept cierg<'s allumés , que l'on distribua à tous ceux qui |)ortoient crosse, évêques et abbés. On h'ur ordonna do se lever tous avec les cierges à la main, et on lut les noms de plusieurs personnes que le pape s'étoit proposé d'excommunier solennellement, dont les deux premiers étoient l'empereur Henri et l'antipape R<»urdin. Enfin, le pape donna sa bénédiction , chacun se reUra, et ainsi finit le concile.

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