‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1835 sur 2407 · IX. Suite de rhisloirc de saiiil Norberl · texte numérisé non relu

IX. Suite de rhisloirc de saiiil Norberl

Pendant qu'il tenoit, saint Norbert vînt à Reims se présenter au pape Calliste (2). Après qu'il eut quitté le papti Gèlase, il traversa la France pour retourner à son pays ; et, comme

il passoità Orléans, un sous-diacre se joignit à lui, outre les deux laïques qu'il avoit déjà ; ainsi il arriva à Yalenciennes avec trois compagnons, le samedi devant le dimanche des Rameaux , qui étoit le vingt-deuxième de mars

H mil cent dix-neuf (1). Le dimanche il fit un sermon au peuple, quoiqu'il sût encore fort peu de françois ; et on ne laissa pas de l'écouter avec tant d'édification , qu'on le pressa de séjourner pour prendre un peu de repos. Il ne le vouloit pas, mais il y fut (ontraint par la maladie de ses compagnons, qui moururent dans la semaine de Pâques , et il les enterra tous trois à Yalenciennes.

Tandis qu'il y gardoit ses malades, Bouchard , évêquc de Cambrai , y arriva le mercredi de la semaine sainte ; et Norbert l'ayant appris l'alla trouver, car ils s'étoient connus lorsqu'ils étoient dans le monde. A la porte du logis de l'évêque il trouva un de ses clercs, nommé Hugues, à qui il s'adressa, et qui le fit entrer; mais après quelques discours l'évêque le reconnut et ne put retenir ses larmes le voyant nu-pieds , quoique la terre fut gelée. Il se jeta à son cou et s'écria : Ah! Norbert, qui eût jamais pensé cela de vous! Hugues voyoitcond)ien l'évêque, son maître, étoit louché de la présence de c(4 homme , mais il n'entendoit point ce qu'ils disoient, car ils parloient allemand; c'est pourquoi il s'approcha respectueusement de l'évêque, et lui demanda ce que c'étoit. Il répondit : L'homme que vous voyez en cet état a été nourri avec moi à la cour du roi. Il est noble, et étoit dans une si grande fortune , qu'il refusa mon évêché qu'on lui offrit. En effet , l'évêché de Cambrai vaqua par le décès du bienheureux Odon , le dix neuvième de juin mil cent treize, et Bouchard en fut pourvu en mil cent quinze, après plus d'un an et demi de vacance.

Au discours de l'évêque, Hugues fondit en larmes, tant à son exemphî que par l'affection qu'il conçut lui-même pour Norbert. Car il avoit de son côté un grand désir de quitter le monde, et s'étoit proposé depuis long-temps un genre de vie semblable; mais il n'en avoit encore parlé à personne, et attendoit l'occasion. Norbert, après la mort de ses compagnons , tomba malade lui-même ; l'évêque l'envoya souvent visiter, et Hugues observoit de jour en jour avec empressement l'état de sa maladie. Quand il fut guéri , Hugues le vint trouver, lui découvrit son dessein et promit de le suivre. Norbert leva les mains au ciel et rendit grâce à Dieu , disant : Seigneur, je vous avois prié aujourd'hui de me donner un compagnon. Hugues vouloit auparavant régler ses affaires , mais, à la persuasion de son nouveau maître, il le fit très-promptemenl ; en sorte qu'il s'attacha à lui pour toujours à Yalenciennes, au mois de juin mil cent dixneuf.

(3) Sup. liv. LXVI,D. 53.

(1) ViU c. i, n. U. Ap. Boll. to. 19, p. 887.

Norbert , encouragé par ce secours , et se sentant assuré de la volonté de Dieu, parcouroit avec Hugues les châteaux, les villes et les villages, prêchant, terminant les différents, et apaisant les inimitiés invétérées. Ils ne demandoient ni ne recevoient rien de personne , si ce n'est ce qu'on leur offroit à la messe ; encore le distribuoient-ils tout aux pauvres, se regardant comme étrangers sur la terre , et croyant indignes d'eux d'être touchés de quelque petit intérêt, après avoir tout quitté pour Dieu. Aussi les admiroit-on tellement, que, quand ils approchoient d'un village , les bergers quittoient leurs troupeaux et couroient les annoncer ; on sonnoit les cloches , le peuple venoit en foule à l'église, et entendoit avec grande dévotion la messe et le sermon ; après lequel sui voit une conférence, où ils répondoient à diverses questions : de la fréquente confession et de la nécessité de la pénitence , des devoirs des personnes mariées, et comment on peut se sauver en gardant son bien. Sur le soir on les menoit à leur logis ; et celuilà s'estimoit heureux qui les recevoit chez lui ; l'un traînoit l'àne qui étoit tout leur équipage , l'autre emmenoit le garçon qui servoit à le garder, et cet âne ne portoit que la chapelle pour la messe, le psautier et quelqu'autre livre. Pour les repas, Norbert s'asseyoit à terre et mangcH^it sur ses genoux ; il n'usoit d'autre assaisonnement que de sel, et nebuvoit que de l'eau ; mais, quand des évêques et des abbés le faisoicnt manger avec eux, il se conformoit aux autres.

Ces prélats lui rendoient toute sorte d'honneur, jusqu'à le recevoir dans leurs chapitres pour l'entendre prêcher; et ils lui faisoient plusieurs questions sur la discipline ecclésiastique et régulière , et sur la morale. Quelquesuns le faisoicnt pour le tenter et lui tendre des pièges, d'autres, de bonne foi, pour s'instruire; mais le saint homme alloit son chemin, et, sans examiner les intentions des auditeurs, prêchoit fortement contre les vices, et soutenoit sa doctrine par ses exemples et ses miracles. Le peuple avoit pour lui une affection merveilleuse, et ne pouvoit se rassasier de le voir et de l'entendre ; lui , de son côté , étoit d une patience incroyable pour le travail. Il s'appliquoit particulièrement à apaiser les inimitiés qui causoienl dans le pays quantité de meurtres ; et il lit des réconciliations admirables. Il gardoit encore l'usage de dire quelquefois deux messes par jour; une de la vierge, par exemple, et une des morts (1).

Ayant donc appris que le pape Calliste avoit été élevé sur le saint-siège , et qu'il tenoit un concile à Reims , il y vint nu-pieds comme il étoit, quoique l'hiver commençât à se faire sentir, et il fut reçu avec grande joie par k»s évêques et les abbés qui y étoient assemblés. Ils admiroient la force de ses discours, la sa«

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

gesse de ses réponses et la rigueur de sa pénitence, et plusieurs rexhorloiont à la modérer, mais inutilement. Toutefois, de peur que sa vie exlraodinaire ne donnât préte\le de calomnier sa doctrine, il fit renouveler par le pape Callisle les lettres qu'il avoit obtenues de Gel.ise. il (ut présenté au pape par Barthélémy, évèque de Laon, à qui il avoit été recommandé par des parents qu'il avoit dans le diocèse, et le pape ordonna à cet évèque d'en prendre soin, et de le traiter pendant quelque temps plus doucement qu'il ne voudroil, prometlanl d'aller luimême à Laon après le concile. Le pape y vint en effet peu de temps après ; et l'évèque , ayant délibère avec lui comment il pourroit reti-nir ce saint homme dans son diocèse, lui offrit uniî église de Saint-Martin, siluee dans le faubourg, et servie par quelques chanoines.

Norberl eut bien de la peine à l'accepter, et ne le fit que par obéissance pour le pipe, mais à condition que les chanoines suivroient sa manière de vivre. Quand il la leur eut proposée, en leur disant qu il falloit mépriser le monde, embrasser la pauvreté, souffrir les opprobres, les moqueries, la faim, l;i soif, le froid et les autres incommodités, ils en furent épouvantés, et dirent : Nous ne voulons puint d'un tel supérieur, qu'on nous laisse vivre suivant la coutume de n)S prédécesseurs. Levé pie de Laon retint NorbiTt avec lui le reste de Ihiver, tâchant de rétablir son corps, atténué par le jeune et par le froid , et le priant in-ilammiMit de demeurer dans son diocèse. Comme Norbert avoit déclaré qu'il cherchoit la solitude, l'évèque le meaoit en divers lieux pour voir s'il en trouveroit quelqu un àson gré. Il céda enfin à s»s prières et à celles d^ plusieurs personnes pieuses, nobles et autres, et choisit un lieu très-solitaire, nommé Prémjiitrè, pour y établir sa demeure.

Page 1