XXI. Pierre Abailard condamné
En France, Pierre Abailard, docteur fameux , ayant composé un livre de la Irinité , deux autres docteurs, Albéric et Lotulfe, qui avoient étudié avec lui et enseignoi< ni alors à Reims, excitèrent contre lui leur archevêque Raoul le vert, qui, avec le légat Conon, évéque de Préneste, indiqua un concile à Soissons, où Abailard fut appelé avec ordre d y apporter son livre. Ce concile fut tenu l'an mil ( ent vingt-un , après la mort de l'évéque de Chàlons, Guillaume de Champeaux, arrivée au mois de janvier de la même année (1). Quand Abailard arriva à Soissons , il trouva le peuple si prévenu contre lui , qu'il pensa être lapidé dés le premier jour avec quelques-uns de ses disciples qu'il avoit amenés. Car les uns l'accusoient d'enseigner qu il y avoit trois dieux , et d'autres au contraire l'accusoient de ne pas assez distinguer les personnes de la sainte liinité , parce qu'il disoil (2) : Comme la proposition, l'assomption et la conclusion est le même discours , ainsi le père , le fils et le Saint- Esprit est la même essence. Abailard alla d'abord trouver le légat, et lui donna son livre à examiner, offranldele corriger s'il s'y trouvoit quelque chose de contraire à la foi ; le légal lui dit de le porter à l'archevêque et aux deux docteurs Albéric et Lotulfe, qu'il regardoit comme ses parties, et on remit à la fln du concile le jugement de son livre.
Le dernier jour du concile, avant que l'on tînt la séance, le légal délibéra long-temps sur ce sujet avec l'archevêque , les deux docteurs et quelques autres personnes. Alors Geoffroy, évéque de Chartres, qui avoit le plus d'autorité entre les prélats , parla ainsi : Vous sa^ez la réputation de cet homme et le nombre de ses partisans. Il ne faut pas lui donner de prétexte de dire qu'on l'a condamné sans lentendre ; mais il faut l' interroger sur son livre, et lui donner toute liberté derépor.dre, afin de le convaincre canonique ment. On soutint, au contraire, qu'il n'étoit point à propos d'entrer en dispute avec ce sophiste, qui ne cesseroil jamais de parler. L'évéque de Chartres proposa un autre expédient , savoir, de remettre la décision de cette affaire à un concile plus nombreux, qui se liendroit à hainl-Denis en France, dont Abailard étoit moine. Le légat et tous les autres se rendirent à cet avis ; mais l'archevêque de Reims, trouvant qu'il étoit honteux pour lui que cette cause fût portée à un autre tribunal, et dangereux pour l'Eglise
ti
(1) Abailard de Calamit.
c. 9, lo. X, Conc. p. 885.
Mabili. ad. £pist. 3, §.
Bern.
(2, Ollo.Frisinî.I.Frid.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C.lltl
AndeJ.-C.im]