LIVRE SOIXANTE-SEPTIEME
avoit été prieur de Vézelai , et étoil âgé d'environ trente ans quand il fut pourvu de l'abbaye de Clugny , qu'il gouverna près de trente-cinq ans. H est connu sous le nom de Pierre le vénérable.
XXTX. Alger et ses écrits.
Vers le mc^me temps que Pierre fut élu abbé de Clugny, Alger, écrivain fameux, s'y rendit mr ►i ne (1). lléloit de Liège, et dès l'enfance il se donna tout entier à l'étude, sous les grands hommes dont la science et les mœurs ornoienl alors cette église (2). Il servit premièrement à Saint-Barthélémy en qualité de diacre et d'écolàlre ; de là, l'évéque Othert le fit passer à la cathédrale, où il servit pendant environ vingt ans sous cet évéque et sous Fridéric, qui lui succéda en mil cent dix huit. Durant ce temps, il écrivit pour les affaires ecclésiastiques plusieurs lettres que l'on conservoil avec grand soin; mais elles ne sont pas venues jusqu'à nous , non plus que le recueil qu il avoit fait des antiquités de l'église de Liège.
L'ouvrage qui l'a rendu fameux est son traité de l'eucharistie contre les diverses erreurs qui s'étoient introduites sur cet auguste sacrement. Car les uns, dit-il, croient que le pain et le vin ne sont point changés, non plus que l'eau du baptême; d'autres croient l'inipanation, et que Jésus-Christ est dans le pain comme le verbe dans la chair par l'incarnation ; d'autres que le pain et le vin sont changés en la chair et au sang , non de Jésus-Christ , mais de tout homme agréable à Dieu; d'autres que le corps de Jésus-Christ ne demeure point en ce sacrement pour ceux qui communient indignement; d'autres enfin , qu'il est sujet aux suites honteuses delà digestion. Alger réfute solidement toutes ces erreurs, et traite à fond toute la matière de l'eucharistie.
11 avoit composé un autre ouvrage, intitulé de la Miséricorde et de la Justice , où il montroit comment on devoit tempérer la rigueur des canons, les expliquant les uns par les autres, soit pour tolérer les méchants, soit pour corriger les pécheurs, soit pour éviter les excommuniés. Cet ouvrage n'est pas encore imprimé.
Alger avoit été toute sa vie au-dessus de l'ambition et de l'avarice ; plusieurs évéques de Saxe et du reste de l'Allemagne, sous la réputation qu'il avoit d'être grand philosophe et grand théologien, lui ofirirent des revenus et des dignités considérables; mais il préféra sa vie privée et sa fortune médiocreel toutefois commode. Enfin, après la mort de Fridéric , évéque de Liège, arrivée en mil cent vingtun , il quitta encore cette vie douce, et vint se rendre moine à Clugny (3). 11 y fut d'une grande
(1) Elog. 1 , Analecl. p. (2) Mabill Praef. 2, Saec. 803. 0, n. 00.
(3j Petr.Clun.ui,Ep.2.
édification par son humilité , la pureté de sa vie et la douceur de ses mœurs, et y mourut saintement la dixième année, c'est-à-dire l'an mil cent trente - un.