‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1855 sur 2407 · XXVII. Eglise d'Angleterre · texte numérisé non relu

XXVII. Eglise d'Angleterre

En Angleterre , dès le mois de février de la même année mil cent vingt-un, il y eut une grande assemblée d évêques et de seigneurs pour recevoir la nouvelle reine Adélaïde, fille de Godefroy, comte de Louvain. En cette assemblée on parla beaucoup du différent des deux archexêques Raoul de Cantorbéry et Turstain d'York (4). Celui-ci, ayant éléordonné par le pape Calliste de la manière qui a été dite, en avoit depuis obtenu des lettres en sa faveur par les moyens par lesquels on obtenoit

(1) Opusc. 3.

(2) Opusc. i.

(3) Opusc. 5.

(4) Ednier.6,NoYor.Sup.

tout à Rome (i). Ces lettres ordonnoient que Turstain fût mis en possession de son archevêché, sous peine d'excommunication contre le roi et de suspense contre l'archevêque de Cantorbéry. On lut à cette occasion les privilèges des papes donnés en faveur de l'église de Cantorbéry, qui montroient le peu de justice de cet ordre du pape Calliste; toutefois, de

Eeur que ses censures ne causassent du troule entre le roi et l'archevêque, l'avis commun fut de permettre à Turstain de revenir en Angleterre, et d'aller droite York, à condition qu'il ne feroit aucune fonction hors de son diocèse jusqu'à ce qu'il eût satisfait à l'église de Cantorbéry.

Quelque temps après, le pape Calliste, ayant établi son autorité par la prise de Bourdin , commença à l'exercer de tous côtés par ses légats, entre lesquels il envoya Pierre, moine de Clugny,Glsde Pierre de Léon, le plus puissant des Romains, avec la légation de la Gaule, de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et des iles Orcades. Nous avons une lettre , datée de Bénévent le dernier jour de septembre , par laquelle le pape le recommande au roi de France pour exercer sa légation dans les terres de l'obéissance de ce prince (2). Sa réputation étoil au-dessus de tous les légats précédents , et il avoit envoyé devant en Angleterre des abbés et d'autres personnes considérables pour annoncer sa venue, dont l'attente tenoit tout le monde en suspens. Mais le roi d'Angleterre envoya au devant de lui Bernard , évéque de Saint-David, et un clerc nommé Jean, son cousin. Ils avoient charge d'aller trouvtT le légat de deçà la mer, où il allendoit l'ordre du roi , et de l'amener vers lui, à condition que, depuis son entrée en Angleterre, il ne logeât ni dans les églises ni dans les monastères , et ne vécût qu'à ses dépens. Le roi le reçut avec honneur ; mais , quand il eut exposé le sujet de son voyage, le roi prit le prétexte de la guerre qu'il avoit contre les Gaulois pour lui dire qu'il ne pouvoit alors vaquer à une affaire aussi importante qu'étoit celle légation, et qu'elle ne pouvoit être autorisée que par le consentement des évéques , des abbés , des seigneurs et de l'assemblée de tout le royaume. Il protesta d'ailleurs qu'il ne souffriroil point que l'on donnât alleinte de son vivant aux coutumes de ses pères , que le pape lui avoit accordées, et dont une des principales étoil que son royaume fût libre de toute juridiction de légat. Pierre de Léon vil bien qu'il ne lui convenoit pas de disputer contre le roi ; il demeura d'accord de tout , et le roi , lui ayant fait des présents magnifiques , lui promit de travailler de bonne foi à l'accroissement de sa dignité, cl le renvoya avec honneur hors de l'Aniîleterre parle même chemin qu'il étoit

fait aucune fonction de

HISTOIRE Dtî CHRISTIANISME. [Ande >. C. liti.

XXVm. Pierre le vénérable, abbéde Glugny.

venu, légat.

par sans avoir

Pons , abbé de Clugny, avoit été élu fort jeune, par l'espérance que donnoit son beau naturel; et, en effet, pendant les premières années de son gouvernement il se conduisit avec beaucoup de sagesse et de modération ; mais dans la suite du temps il changea et se laissa emporter à ses passions. Sa vanilé parut au concile de Latran de l'an mil cent seize , où il s'attribua le titre d'abbé des abbés ; sur quoi Jean de Gaète , chancelier de l'église romaine, lui demanda si le mont Cassin avoit pris sa règle de Clugny, ou Clugny du mont Cassin (1). Pons répondit que non-seulement Clugny, mais tous les monastères de l'église latine avoient reçu du mont Cassin la règle de saint Benoit , et le chancelier ajouta : Si donc le mont Cassin est la source de la règle monastique, c'est avec justice que les papes ont accordé cette prérogative à l'abbé de mont Cassin de porter seul le titre d'abbé des abbés.

Pons s'attira peu à peu l'aversion de la plupart de ses moines, qui l'accusoient de suivre la légèreté de son esprit , sans écouter les conseils des gens sages , et de dissiper les biens du monastère (2) ; ces plaintes devinrent presque générales dans l'ordre, sans toutefois éclater au dehors qu'au bout d'environ dix ans; mais elles arrivèrent enfin aux oreilles du pape Calliste. Pons, irrilé , tourna sa colère contreluimême, vint à Rome avec précipitation, et demanda instanuiient au pape de le décharger de l'abbaye. Le pape fil tout son possible pour l'en détourner ; et, ne pouvant luifairechanger de résolution, il lui accorda ce qu'il demandoit. Pons, étant ainsi libre, passa en Pouille par la permission du pape, et delà par mer à Jérusalem , où il se proiK)soit de demeurer le reste de ses jours. 11 avoit gouverné treize ans 1 abbaye de Clugny, et décéda vers le mois d'avril mil cent vingt-deux (3).

Le pape manda ce qui s'étoit passé aux moines de Clugny , et leur ordonna d'élire un autre abbé; ils élurent Hugues, prieur de Marcigny, qui accepta avec une extrême répugnance, et, étant fort âgé, mourut au bout de trois mois, le neuvième de juillet. 11 fallut donc assembler de nouveau le chapitre général , où se trouvèrent quelques abbés ; et le jour de l'octave de l'Assomption, vingt-deuxième d'août mil cent vingt-deux, on élut abbé de Clugny Pierre Maurice , dont l'élection fut confirmée par le pape , et il recul la bénédiction abbatiale de la main de l'archevêque de Besançon. Pierre éloil de la première noblesse d'Auvergne -, ses parents l'avoienl offert à Dieu dès l'enfance, et l'abbé saint Hugues le reçut à profession à rextrémilé de sa vie. Il

(1) Edmer.6;Nov.î>up.n.4. (2) Callist. Ep. 123.

(1) Pelr. Vener. ii, Mirac. c. 12. Chr. Cass. iv , c. W.

(2) Sup liv. LXVl,n. 32.

(3j Chr. Cluu. p. 1640.

Ande J.-C. 1122. ]

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