XXXI. Concile général de Latran
En efiet, le pape Calliste tint ce concile à Rome pendant le carême de l'année suivante mil cent vingt-trois, et on le compte pour le neuvième concile œcuménique , et le premier de Latran. Il s'y trouva plus de trois cents évéques et plus de six cents abbés, en tout près de mille prélats ; mais il ne nous reste de ce concile que les canons, au nombre de vingtdeux, encore la plupart sont-ils répétés de plusieurs conciles précédents (3). Yoici ceux qui contiennent quelque disposition singulière. Les ordinations faites par l'antipape Bourdin, depuis qu'il a été condamné par l'église romaine, ou par les évéques qu'il a ordonnés depuis ce temps, sont déclarées nulles. On défend l'usurpation des biens de l'église romaine , ou particulièrement de la ville de Bénévent, sous peine d'anathème. Nous accordons, dit le concile, à ceux qui vont à Jérusalem pour la défense des chrétiens, la rémission de leurs péchés , nous prenons leurs maisons , leurs familles et tous leurs biens sous la protection de saint Pierre et de l'église romaine; et quiconque osera prendre leurs biens pendant qu'ils seront en ce voyage, sera excommunié (4). Quant à ceux qui ont pris des croix sur leurs habits pour le voyage de Jérusalem ou d Espagne , et les ont quittées , nous leur ordon-
(1) Sup.
(S) To. X, Conc. p. 80i.
(3) Suser. Vila Lud. p.
ail.Pandulf.
(4) C. 6, 8, tl.
nons, par l'autorité apostolique, de les reprendre depuis Pâques prochain jusqu'au suivant, autrement nous les excommunions et interdisons tout service divin dans leurs terres, hors le baptême des enfants et la pénitence des mourants. Nous défendons aux laïques, sous peine d anathème, d'enlever les offrandes des autejs de Saint-Pierre, du Sauveur, de Sainte- Marie-de-la-Rotonde et des autres églises , ou des croix. Nous défendons aussi de fortifier les églises comme des châteaux , pour les réduire en servitude; si quelqu'un ose prendre , dépouiller ou vexer de nouveaux péages ou autres exactions, les pèlerins qui vont à Rome ou à d'autres lieux de dévotion, qu'il soit excommunié jusqu'à ce qu'il satisfasse (1). Nous condamnons les aliénations faites par Othon , Guy , Jérémie ou Philippe , des biens de l'exarcat de Ra venue et généralement toutes les aliénations de tous les évéques , ou les abbés intrus ou légitimes , faites sans le consentement du clergé, ou par simonie. Nous défendons aussi à aucun clerc d'aliénersa prébende ou autre bénéfice ecclésiastique. Les quatre qui sont nommés en ce canon sont les évéques schismatiques de Ravenne , qui succédèrent à l'antipape Guibert, jusqu'à Gautier, élu canoniquement, et confirmé par le pape Gélase ( n mil cent dix-neuf, qui tint ce siège jusqu'en mil cent quarante-quatre. Le concile dit encore : Nous défendons aux abbi's et aux moines de donner des pénitences publiques, de visiter les malades, faire les fonctions, elchant(T des messes publiques. Ils recevront des évoques diocésains les saintes huiles , la consécration des autels et l'ordination des clercs (21. Pendant la tenue de ce concile, le pape Calliste donna la bénédiction abbatialeàOdériselI, qui venoit d'être élu abbé du mont Cassin, à la place de Girard, mort le dix-septième de janvier delà même année mil cent vingt-trois (3). A cette occasion il est remarqué qu en ce concile les évéques se plaignirent fortement des moines , en disant : Il ne nous reste plus que de nousôter la crosse et l'anneau, et nous soumettre à leur ordination. Ils possèdent les églises, les terres, les châteaux, les dîmes, les oblations des vivants et des morts. El , s'adressant au pape ils disoient : La gloire des chanoines et des clercs est obscurcie depuis qu(; les moines, oubliant les désirs célestes, recherchent le droit des évtH|ues avec une ambition insatiable , au lieu de se contenter de vivre en repos suivant l'intention de saint Benoît. Ces plaintes semblent avoir donné lieu au canon que je viens de rapporter.
XXXII. Oldegaire, archevêque de Tarragone. Ce qui est dit en ce concile de la croisade
(i) liai. Sec. lo. 2. p.
Wi, c. 17.
r3^ Chr Cass. iv, c. 7T, 78. Cum. n. 2, Aug. lo. X, Conc. p. 888.
Ad de J.-C. 1123.J
pour l'Espagne , s'entend mieux par la bulle que le pape Calliste accorda en même temps à Oldegaire, archevêque de Tarragone (1). Elle est adressée à tous les chrétiens , que le pape exhorte à s'armer pour la défense de l'église d'Espagne, opprimée par les infidèles, promettant à ceux qui serviront en cette guerre la même indulgence qu'aux défenseurs de l'église d'Orient. Ensuite le pape ajoute : Et parce que nous ne pouvons visiter en personne voire armée comme nous le souhaiterions , nous avons commis pour cet effet notre cher frère Oldegaire , archevêque de Tarragone en qualité de légal à laiere. La date est du second jour d'avril, incontinent après le concile.
Oldegaire étoit de Barcelone , et a voit été offert dès l'enfance à l'église deSainte-Eulalie, dont il fut chanoine, puis prévôt (2). Ensuite il fut abbé des chanoines réguliers de Saint- Ruf, près d'Avignon; et Raymond, évêque de Barcelone, ayant été tué à la guerre contre les Maures dans l'île de Majorque en mil cent quatorze , Oldegaire fut élu pour lui succéder. Mais il s'enfuit à son abbaye de Saint-Ruf, et n'accepta l'évêché que deux ans après, par un ordre exprès du pape Pascal II, à la sollicitation du comte de Barcelone. La première année de son pi)ntifical, le siège de Tarragone vaqua par le décès de Bérenger, qui, étant évêque d'Ausone, avoit obtenu du pape Urbain II le rétablissement de cette métropole (3). Alors le comte de Barcelone, Raymond Bérenger , donna à l'évéque Oldegaire et à ses successeurs la ville et le territoire de Tarragone , avec liberté de la peupler et de la gouverner sein les lois qu'ily établiroit, s'en reservant seulement le souverain domaine et le palais; la donation est du vingt troisième janvier mil cent dix-sept (4). Mais par-là Raymond ne faisoit pasà l'évéque un grand présent, comme Bérenger, son père, n'en avoit pas fait un grand au pape Urbain ; car Tarragone étoit encore déserte, pleine de chênes et de hêln»s, et d'autres grands arbres; et c'étoit moins une ville qu'une place àbàlir. Oldegaire fit confirmer cette donation parlepapeGélaseII,qui lui donna non-seulement l'archevêché de Tarragone avec l'évêché de Barcelonequ'il avoit déjà, mais encore l'évêché de Tortose , si les chrétiens la reprenoient , jusqu'à ce qu'elle pût avoir un évêque particulier. Il lui accorde tous les droits du métropolitain , l'ordination de ses suffragants , le pouvoir d'assembler des conciles , et le pallium. La bulle est datée de Gaète , le vingt-unième de mars mil cent dixhuit.
Deux ans après, le comte Raymond prit Tortose et Lérida sur les Maures; et après le concile