XXXIV. Fin de saint Etienne de Grandmont
Le pape Calliste envoya deux cardinaux légats en France , Grégoire du titre de Saint- Ange, et Pierre de Léon, qui tirent tenir plusieurs conciles à Chartres, à Clermont, à Heauvais , à Vienne (2). Ils allèrent voir saint Etienne de Tiers dans sa solitude de Muret en
Cl) Vila Ludov. p. 310, Splcil. p. 809. l 311. Chr. S. Dion. lo. 1, (2; Qir.Alall. an. UU,
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HISTOIRE DU CHRlSTIAiVISME.
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Limousin, où il vivoit depuis près de cinquante ans, et avoit assemblé plusieurs disciples. Sa uourriture étoit du pain et de l'eau ; quelquefois un bouillon de farine très-insipide ; trente ans après sa conversion , il commença à user d'un peu de vin pour se fortifier l'estomac ; mais il n'imposoit pas aux autres la même austérité, elles conduisoit selon leurs forces(l). Il porta très-long- temps jour et nuit sur la chair une cotte de mailles pour cilice ; et l'habit qu'il portoit par-dessus étoit le même en hiver qu'en été. Il couchoit à terre, siir des planches, dans une espèce de sépulcre , et dormoit peu. Outre le grand office, celui de la vierge et celui des morts, il disoit encore celui de la trinité à neuf le cons ; et si pour entretenir ceux qui le venoient voir il avoit manqué quelqu'un de ces oilices, il le disoit ensuite avant que de manger, jusqu'à remettre quelquefois son repasau lendemain. Car il n'y avoit rien qui le pût détourner d'entretenir ceux
2ui venoient à lui pour entendre la parole de lieu.
Les deux cardinaux , l'étant venus visiter, s'informèrent exactement de sa manière de vivre, et lui demandèrent s'il étoit chanoine, moine ou ermite (2). Il répondit que non, et, comme ils le pressèrent de dire ce qu'il étoit donc, puisque tous les religieux se rap(X)rtoienl à ces trois espèces , il répondit : Vous voyez que nous ne portons l'habit ni de moines ni de chanoines, et nous ne nous attribuons pas de si saints noms. Les chanoines, par leur institution, ont le pouvoir de lier et de délier, à l'exemple des apôtres ; les vrais moines n'ont soin que d'eux-mêmes et ne s'occupent que de Dieu , les ermites doivent demeurer dans leurs cellules , et ne vaquer qu'à l'oraison et au silence.
Huit jours après la visite des cardinaux, quoiqu'il ne sentît encore aucune douleur, il connut que sa fin étoit proche, et s'appliqua tout entier à l'instruction de ses disciples et à la prière. Comme ils lui demandoient comment ils vivroient après sa mort siuis avoir de biens temporels, il leur répondit -. Je ne vous laisse que Dieu, à qui tout appartient, et pour lequel vous avez renoncé à tout et à vous-mêmes. Si vous aimez la pauvreté, et vous attachez à lui constamment, il vous donnera par sa providence tout ce qui vous sera expédient. C'est qu'ils vi voient d'aumônes; et il estimoit principalement celles qui leur venoient des pauvres. Cinq jours après , il se trouva mal, on le porta à l'oratoire; après la messe , il reçut Textrème-onction et le viatique, et mourut le vendredi, huitième de février mil cent vinu't-quatre, étant âgé de près de quatre-vingts ans ; il avoit l'ordre de diacre. D'abord il fut enterré secrètement dans l'église de Muret, de peur que le peuple qui
(1) Sup. liv. LUI, n. 7. p. 205, n. U, 15, 16. ViU D. e, tp. Boll. to. 4, (2) {«. 18.
viendroit à son tombeau ne troublât le repos de la maison (1). Il ne laissa pas de s'y faire plusieurs miracles, et les moines du prieuré d'Ambasac, dépendant de Saint-Augustin de Limoges, prétendirent que Muret leur appartenoit. Quoique les disciples de saint Etienne fussent établis en ce lieu depuis long-temps, ils aimèrent mieux , suivant les maximes de leur maître, le quitter que plaider ; et ils [)assérent à un lieu nommé Grandmont, distant de Muret d'une lieue, où, par ordre de celui qui en étoit seigneur, ils bâtirent promptcment une église et des logements très-pauvres ; puis ils y transférèrent le corps de leur saint fondateur, cinq mois après sa mort, cest-à-dirc à la Saint-Jean de la même aimée mil cent vingl-(iuatrt'. Ils demeurèrent depuis fixes en ce lieu , dont l'ordre a pris le nom de Grandmont ; mais le peuple les appeloit les IJons- Hommes, et leur nombre augmenta considérablement en peu de temps.