XXXV. Saint Norbert à Anvers
Après la fondation de Prémontré, saint Norbert en fit plusieurs en peu d'années. II convertit entre autres Godefroy, comte de Capenberg en Westphalie, qui, touché de ses discours et de son exemple, se donna à Dieu avec tousses biens (:>). Il se fit chanoine régulier, selon le nouvel institut de Premontré, et en fonda une maison à Capenberg, qui devint un fameux monastère, et chef de plusieurs autres. Godefroy se convertit vers lan mil cent vingt-deux, n'étant âgé que de vingtcinq ans, et mourut cinq ans après, en mil cent vingt-sept, le treizième de janvier, jour auquel lEglise Ihonore comme bienheureux.
Son exemple toucha tellement Thibaut IV, comte de Champagne, qu'il le voulut imiter (3). Il alla trouver saint INorbert pour le consulter sur son salut, et, encore plus touché après 1 avoir ouï parler, il se mit entièrement à sa disposition , lui et tous ses biens. Le s^iint honnne, voyant avec quelle noblesse de cœur le prince faisoit cette offrande, demanda du temps pour consulter Dieu. 11 considéra que Thibaut avoit plusieurs grandes terres, savoir, les comtés de Blois et de Chartres d'un côté, et de l'autre ceux de Meaux et de Troyes. Or, il n'éloit pas facile de détruire ces seigneuries et leurs châteaux pour les donner à une congrégation religieuse, tant iM)ur l'intérêt du royaumequi en auroitété afToibli, que pour celui de quantité de seigneurs vassaux de ce prince. Norbert savoit d'ailleurs qu'il étoit très-libéral à faire l'aumône, à bâtir des églises et des monastères, qu'il étoit le protecteur des orphelins, des veuves et de tous les miséra-
(1) N. 3i. Boll. com.
prev. n. 23, ei Fremon.
(2) Vila B. Godefr. Boll.
to. 1, p 8J0. Vila S Norb.
c. 12, to. ig, Boll. p. 841.
(9; Il)id.
blés. Amsi, il crut que ce seroit aller contre l'ordre de Dieu que de tirer ce prince de l'exercice des bonnes œuvres où il l'avoit appelé. Quand le temps de rendre réponse fut venu , le comte s'attendoit qu'il lui conseilleroi t de renoncer à tout; mais le saint homme lui dit : Il n'en sera pas ainsi, vous porterez le joug du Seigneur avec celui de la société conjugale, et votre postérité possédera vos grands états avec la bénédiction de vos pères Le comte se soumit; et par les soins de Nor- 1 bcrt il épousa Mathilde , fille du duc de Carin- ^ thie, dont il eut plusieurs enfants.
Cependant Norbert fut appelé à Anvers pour y établir son institut (1). Cette ville quoique dés lors grande et bien peuplée, n'avoit quelques années auparavant qu'un seul prêtre pour la gouverner quant au spirituel mais ce prêtre étoit sans autorité, parce qu'il vivoiten concubinage avec sa nièce. Un hérétique, nommé Tanchelme, en prit occasion de laire de grands ravages dans ce troupeau abandonne. C etoit un homme trés-corrompu , mais subtil et artificieux, et quoique laïque, plus éloquent que beaucoup de clercs. Il comploit pour rien le pape, les évêques et tout le elerge, et disoit que lui et ses sectateurs etoient toute l'Eglise. Il se servoit pour insinuer ses erreurs des femmes qu'il avoit corrompiies, et par elles il gagnoit les maris, t^iuand il eut séduit une grande quantité de peuple, il ne se contenta plus d'enseigner en cachette, il prêchoit en pleine campagne avec un appareil royal, portant de l'or sur ses habits et à ses cheveux cordonnés, environné de gardes, qui portoient devant lui un étendard et une épee; le peuple insensé l'écoutoit comme un ange envoyé du ciel. Il disoit que es églises étoient des lieux de prostitution les sacrements des profanations, surtout le saint-sacrement de l'autel, qui selon lui nétoit rien, ni d'aucune utilité pour le salut; il soijtenoit que la vertu des sacrements dépendoit de la sainteté des ministres. U défendoit aussi de payer les dîmes, et le persuadoit aisément ; en général , il s'attachoit à prêcher ce qu il jugeoit qui seroit le mieux reçu, soit par sa nouveauté, soit par la disposition des auditeurs. Il les attiroit non-seulement par son éloquence, mais par la bonne chère; et se faisoil suivre d'environ trois mille hommes armés, prêts à faire main basse sur ceux qui vouloienl lui résister.
Enflé du succès , il poussa son audace jusqu'à s'attribuer la divinité, disant qu'il l'avoit a aussi bon titre une Jésus-Christ, puisqu'il avoit reçu comme lui la plénitude du Saintppnt. La séduction du peuple alloit jusqu'à boire de l'eau de son bain, et la garder comme une relique. 11 abusoit des filles en présence de leurs mères , et des femmes aux yeux de leurs maris ; ce qu'il appeloit une œuvre spiri-
(1) Vila Norb. c. iZ, n. 70. cumnot. Papçbr.