XXXVIII. Mission de saint Othon en Poméranie
Ce fut par son autorité quesaint Othon, évéque deBamberg, alla travaillera la conversion des peuples de Poméranie. Depuis vingt ans que ce saint prélat gouvernoit son église, il avoit rempli avec édification tous les devoirs d un digne pasteur ; et il favorisoil tellement la vie religieuse, que l'on compte jusqu'à quinze monastères, et six celles ou prieurés qu'il fonda , tant dans son diocèse qu en plusieurs autres d'Allemagne. Et, connue quelques-uns se plaignoient de la multitude de ces fondations, il repondit qu'on ne peut bâtir trop d hôtelleries pour ceux qui se regardent comme voyageurs en ce monde (4). Comme il étoit connu en Pologne par le séjour qu il y avoit fait en sa jeum sse , le duc Boleslas. ayant subjugué la Poméranie, et voulant y établir la religion chrétienne , lui écrivit en ces termes : Je crois que vous savez que les barbares de Poméranie demandent d entrer dans l'Eglise parle baptême; mais, depuis trois ans que j'y travaille, je ne puis engager à cette œuvre aucun des evêques ou des prêtres de mon voisinage qui en sont capables. C'est pourquoi ,
(1) Cod Valis.ap. Baron.
(2; liai. Sa;c. lom. 1, p.
(3) Ital.SaîC.to. l,p. 53.
(4) Sup. liv. LXV, n. 25.
Vila lib. I, c. Il, 12, etc.
ap. Caiiis. lo. 2, p. 3U, lib.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.-C. 1125.
commo j'apprends que vous êtes toujours prêt à toute bonne œuvre , je vous prie de vouloir bien entreprendre celle-ri pour la gloire de Dieu. Je ferai tous les frais du voyage , je vous donnerai une escorte, des inlerprÏHes, des prùtres pour vous aider, et tout ce qui sera nécessaire.
Othon reçut cette lettre comme une voix du ciel , et rendit grâce à Dieu de vouloir bien se servir de son ministère pour une telle entreprise. 11 prit le conseil de son clergé , et envoya a Rome pour obtenir la permission et la bénédiction du pape Callisle, et, 1 ayant reçue, il communiqua 1 affaire à l'empereur et aux seigneurs , dans une diète qui se tint à Ramberg, au mois de mai mil cent vingt-quatre. La cour et toute l'assemblée y consentit avec joie ; il n'y eut que l'église de Ramberg qui pliuira son prélat, comme s'il étoitdéjà mort (1). lise prépara donc au voyage. Or, il savoit qu'en Poméranie il ny avoit point de pauvres, et qu'ils y étoient fort méprisés; en sorte que quelques serviteurs de Dieu, y étant entrés en cet état, n'avoient pas été écoutés, parce qu'on les regardoit comme des misérables (jui ne cberchoient qu'à soulager leur indigence. Cette considération lit qu Othon crut devoir paroître en ce pays, non-seulement comme n'étant pas pauvre, mais comme riche , pour montrer aux barbares qu'il ne cher choit pas à protiter de leurs biens , mais à gagner leurs âmes à Dieu. Il prit donc avec lui des ecclésiastiques capables, avec des provisions suffisantes pour le voyage ; il prit des missels et d'autres livres , des calices, des ornements, et tout ce qui étoil nécessaire pourleservice de I autel, et qu il savoit bien qu'on ne trouveroit pas chez des païens; il prit des robes, des étoffes précieuses, et d'autres présentsconvenables pour les principaux de la nation.
Après ces préparatifs, il partit le lendemain de Saint-Cieorge, vingt-quatrième d'avril mil cent vingt-cinq, et, ayant traversé la Ruhéme, il entra en Pologne, et arriva à Gnesne , qui en étoit alors la capitale (2). 11 fut reçu partout avec les processions connue un iionune apostolique, et le duc de Pologne, avec tous les grands , vinrent nu-pieds au devant de lui à deux cents pas de la ville. Le duc le retint une semaine, et lui donna pour l'accompagner Ues hommes qui savoient les deux langues, la polonaise et la teulonique, trois de ses chaptiains, et un capitaine, nommé Paulicius, ca- I abie de laider même dans la prédication. A pi es avoir traversé à grand peine pendant SIX jours une forêt immense , ils s'anétèrent sur le bord d'une rivière qui separoit la Pologne de la Pomeranie, dont le duc, averti de leur venue, étoit campé de l'autre côté avec Cinq cents hommes. 11 passa la rivière avec peu de suite, et vint saluer l'évèque , plus par ses gestes que par ses paroles , et ils demeurèrent
(Ij AbUsperg.au. 1124. (2) C. 0.
long-temps embrassés , car ce prince étoit chrétien , mais encore oché par la crainte des païens. Pendant qu'ils s'entretenoient à part avec Paulicius, qui leur servoit d'interprète , les barbares qui accompagnoient le dur, voyant les clercs étonnés, prenoient plaisir à augmenter leur crainte , tirant des couteaux fointus dont ils feignoient de les vouloir écorcher , ou du moins couper leurs couronnes , ou de les enterrer jusqu'à la tète, et les tourmenter de plusieurs autres manières ; en sorte que ces pauvres ecclésiastiques se préparoient au martyre. Mais le duc les rassira bientôt, en leur faisant entendre que lui et tous ceux qui étoient là étoient chrétiens; et celte vaine Irayeur se tourna de part et d'autre en risée. L'évtVjuetil des présents au duc, qui ordonna de le recevoir par toutes les terres de son obéissance , et lui fournit toules choses aboiidanjment , lui donnant des guides et de gens pour le servir ; ainsi , l'évèque et ceux de sa suite passèrent la rivière et entrèrent avec conliance en Pomé-
An (le J.-C. lias.]