‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1868 sur 2407 · XXXIX. Conversion de Pirils · texte numérisé non relu

XXXIX. Conversion de Pirils

Ils marchèrent d'abord à Pirits , et sur le chemin ils trouvèrent (juelques bourgades ruinées par la guerre, dont le peu d'habitants qui y restoient, interrogés s'ils vouloient élrc chrétiens, se jetèrent aux pieds de lèviViue , le priant de les instruire et de les baptiser. 11 en baptisa trente, qu il compta pour les prémices de sa moisson. Ap|)rochanl de Pirils, ils virent de loin environ quatre mille hommes qui s y étoient assemblés de toute la province pour une fête des païens, qu'ils cèlébroienl en se réjouissant à grand bruit; et, comme il étoit tard , ils ne jugèrent pas à |)ro|)os de s'ex[K)ser pendant la nuit à cette nuiltitude échauffée parla joie et la débaurhe. Le lendemain matin Paulicms et les députés allèrent trouver les principaux de la ville pour leur annoncer la venue de l'évèque, et leur ordonner, de la part (lu duc de Pologne et de celui de Pomeranie , de le bien re. evoir et 1 écouter avtn- resp(Tt , ajoutant que c'éloil un homme considérable , I i( he chez lui , qui ne leur demandoit rien , et (|ui n étoit v^nu que pour leur salut. Qu ils se souvinssent de ce qu'ils avoienl promis et de ce qu'ils venoientde souffrir, et nés attirassent pas de nouveau la colère de Dieu ; que tout le monde étoit chrétien , et qu'ils ne pou voient résister seuls à tous les autres.

Les païens , embarrassés , demandèrent du temps pour délibérer, attendu rimjK>rtance de l affaire; mais Paulicius et les dèpul(»s, voyant que c'étoit un arlitice, h'ur dirent qu'il falloit se déterminer promptenirnt ; que l'évèque étoit arrivé, et que, s'ils le faisoient attendre, les ducs se tiendroient offenses de ce mépris. Les païens, surpris que lèvt^uefùt si proche, se déterminèrent aussitôt à le recevoir, disant qu'ils ne pouvoient résister à ce grand Dieu, qui rompoit toutes leurs mesures, et

qu'ils voy oient bien 1" impuissance de leurs dieux, ils communiquèrent leur résolution au peuple qui étoit encore assemblé , et tous crièrent à haule voix que l'on fit venir l'évèque , atin qu'ils |)ussent le voir et l'entendre avant que de se séparer. Othon vint donc avec toute sa suite , et campa dans une grande place qui étoit à lenlrée de la ville ; les barbares vinrent au devant en foule, regardant ces nouveaux hôtes avec grande curiosité, et ils leur aidèrent avec beaucoup d'humanité à se loger.

Cependant rév(k|ue monta sur un lieu élevé, revèlu de ses habits ponlilicaux, et parla par interprète à ce p<'uple, très-avide de lentendre (1). Rénis soyez -vous, dit-il, delà part de Dieu pour la bonne réception que vous nous avez faite. Vous savez peut-être déjà la cause qui nous a fait v<Mnr de si loin : c'est votre salut et votre félicité; car vous serez éternellcnient heureux si vous voulez reconncdtre votre créateur et le servir. Gomme il exhortoit ainsi ce peuple avec simplicité, ils déclarèrent tout d'une voix qu ils vouliuenl recevoir ses instructions. H employa sept jours à les catéchiser soigneusement avec ses prêtres et ses clercs, puis il leur ordonna déjeuner trois jours, de se baigner, et se revêtir d'habits blancs pour se préparer au baptême. Il fit faire trois baptistères: l'un, où il devoit baptiser lui même les jeunes garçons; dans les deux autres, des prêtres dévoient baptiser séparément les hommes et les femmes. (^es baptistères étoient de grandes tonnes enfoncées en terre; de sorte que leur bord vînt environ au genou de ceux qui étoient dehors, fl qu il fut aisé d y descendre quand elles étoient pleines d'eau. Elles étoient entourées (le rid aux soutenus de petites colonn(»s; et, à I endroit où devoit être le prêtre avec s(»s ministres, il y avoit encore un linge soutenu d'un « ordon, atin de pourvoir en tout à la modestie; et qu'en celte action si sainte il ne se passât rien qui pût choijuer la biensean( e, ni en détourner les personnes les plus honnêtes.

Quand donc ce peuple vint pour recevoir le baptême, l'évèque leur fit une exhortation convenable; puis, ayant niis les hommes à droite, les femmes à gauche, il leur fit l'onction des catéchumènes, et les envoya aux baptistères. Chacun y vencnt avec son parrain seulement, à qui en entrant sous le rideau il donnoit son cierge et l'habit dont il etoit rev(Mu, que le parrain tenoit devant son visage, jusqu'à ce que le baptisé sortit de l'eau. Le prêtre de son côté, sitôt qu'il s'apercevoit que quelqu'un étoit dans r(\»u, dètournoit un p(»u le rid(»au, et baplisoit le catèchumèn(», en lui plongeant trois lois la tête ; puis il lui faisoit l'oneiion du saint-chrême, lui présentoit l'hal^it blanc, et lui disoit de sortir de l'eau, après

quoi le parrain le couvroit de l'habit qu'il fenoit, et l'emmenoit. En hiv(T, le baptême se donnoit avec de l'eau chaude, dans des étuves parfumées d'encens et d'autres odeurs; et c'est ainsi que l'on baptisoit par imuKTsion, gardant en tout rhonnêleté et la modestie chrétienne. Othon et ses disciples demeurèrent à Pirits environ trois semaines, instruisant les néophytes de tous les devoirs de la religion, de l'observation des fêtes, du dimanche et du vendredi des jeûnes du carême, des quatre-temps et des vigiles, llestdit, dans une piécedutemps, qu'il l(»ur défendit de manger du sang ou des animaux suffoqués. ]Ne pouvant si promptement hàlir une église, il se cont( nta de dresser un sanctuaire, et y consacrer un autel, où il ordonna de célébrer la messe en attendant , leur donnant un prêtre avec des livres, un calice et les autres meubl(»s nécessaires (1). Ce que les nouveaux fidèles, qui étoient environ sept mille, reçurent avec une joie et une dévotion merveilleuse, rejetant toutes leurs anciennes superstitions. Avantque de les quitter, le saint évêque leur fit un sermon, où il les exhorta à demeurer fermes dans la foi, sans jamais retourner à l'idolâtrie, et leur expliqua sommairement la doctrine des sept sacrements, qu'il met en cet ordre : le baptême, la confirmation l onction des malades, l'eucharistie, la pénitence, le mariage, l'ordre. H recommande de faire baptiser les enfants par les mains des prêtres au temps convenable, c'est-à-dire à Pâques et à la Pentecôte, parce que quiconque meurt sans baptême est privé du royaume de Dieu et souffre éternellement la peine du péché originel. Il recommande d'entendre souvent la messe, et de communier au moins trois ou quatre fois l'année. A l'occasion du mariage il défend la pluralité des femmes, qui étoit en usage parmi ces peuples, et de tuer les enfants ; car, (juand il leur venoit trop de filles ils les faisoient mourir dès le berceau; abus qui régnoit aussi chez les anciens païens. Il les exhorte à doimer de leurs enfants pour les faire étudier, atin d'avoir des prêtres et des clercs de leur langue comme les autres nations (2).

De Pirits,Othon passa à Camin,où il trouva la dmhesse de Pomeranie, qui, étant déjà chrétienne dans le cœur, le reçut avec une extrême joie. 11 y demeura environ six semaines, et y baptisa tant de peuple, qu encore qu'il fût aidé par ses prêtres , souvent , dans cette fonction, son aube étoit trempée de sueur jusqu'à la ceinture; mais ce travail lecombloit de consolation (3). Le ducVratislas y vint lui-même et renonça publiquement à vingt-quatre concubines qu il entretenoit outre la duchesse suivant l'usage de la nation; et plusieurs au' très suivirent son exemple.

(1) G. 8. Ab Usperg. an.

Iii5.

(2) Sup. liv. Il, n. iO. S.

Just. I, Apol. p. 70, C.

' ti

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

Page 1