‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1877 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-SEPTIEME

depuis le commencement du carême jusqu'à la Saint-Rémy. Le prieur Bernard et les religieux les plus considérables se défendoient comme ils pouvoient dans les lieux les plus sûrs.

Le pape Honorius, ayant appris ce désordre, envoya le cardinal Pierre de Fonlaines. son légat , qui , avec Hubaud , archcvéïjue de Lyon , prononça un terrible analhéme conire Pons et les ponliens, car on nonnnoil ainsi ses partisans (1). Toutefois, ensuite le pape appela devant lui les parties à un certain jour pour juger leur différent. Le parti de Tabbé Pierre obéit aussitôt, il alla lui-même à Kome; et entre tous les prieurs de Tordre il choisit Matthieu, prieur de Saint-Martin-des-Champs, pour le mener avec lui. Pons vint aussi à Rome avec les siens, quoique n)algrélui, et fut appelé pour se présenter au jour nommé. Mais, comme il éloit excommunié et par conséquent incajiable, selon les canons, de comparoître en jugement, le pape lui envoya dire qu'il se mît en état d'être absous, en satisfaisant pour les maux qu'il avoit faits. Pons répondit, qu'homme vivant sur la terre ne pouvoit l'excommunier, et qu'il n'y avoit que saint Pierre qui eût ce pouvoir dans le ciel. Le pape fut encore plus irrité de cette réponse, tout Home en fut scandalisé, et on traita Pons de schismatique. Le pape envoya demander à ceux qui étoient venus avec lui s'ils vouloient au moins se mettre en devoir de satisfaire ; ils en convinrent, entré' ent au palais nu-pieds, se confessérentcoupables, et furent aussitôt absous de l'excommunicalion. Ensuite ils plaidèrent leur cause sans rien omettre de re qui p' uvoit leur être favorable. Le prieur Matthieu parla pour tous les autres et fortement. Le pape, avant ouï les parties, se leva aussitôt avec toute la (our romaine, et se relira à part pour examiner l'affaire. Il d^'meura long-temps; et quelques heures après il revint avec toute sa suite, reprit son siège, et ordonna à l'évéque de Porto de prononcer la sentence, ce qu'il fit en ces termes : La sainte église romaine dépose à perpétuité de toute dignité et fonction ecclésiastique Pons, usurpateur, sacrilège, schismatique et excomm nié, et rend Clugny, les moines et tout ce qui appartient au monastère, à l'abbé présent, à qui ils avoient été injustement ôtés.

la sentence étant prononcée, ceux qui s'ètoient séparés se réunirent à l'abbé Pierre, et le schisme fut éteint en un moment. Pons, lou ours rebelle, fut enfermé dans une tour par ordre du pape. Peu de jours après, ils furent tous aliaquès, tant les moines que les domestiques , d'une maladie dangereuse qui couroit à R()me; labbé Pierre en guérit, mais Pons, d'ailleurs consumé de chagrin, mourut le vingt-huitième de décembre (2) ; et, quoiqu'après avoir été plusieurs fois averti, il n'eût

(2) 0 rderic. lib. ii, p.STJ

pas voulu faire pénitence, le pape ne laissa pas de le faire enterrer honnélement, en considération du monastère de Clugny.

XLVn.Mallhieu, cardinal.

Le prieur Matthieu ne pensoit qu'à sVn revenir après le jugenjent de la cause qu il avoit si bien sont nue ; mais le pape llonorius le retint à Kome pour l'aidt r dans le gouvernement de 1 Eglise, et le sacra évèque d'Albane (1). Matthieu eloit né de pirents nobles, dans la provinee de Reinis, et fut d abord (1ère de l'église d<' Laon , où il s'attacha à Raoul le verd , qui y faisoil appannmient ses éludes , et qui étoit alors trésorier de l'église de Keims. Raoul élanl devenu ar(hev(»que, Mallhieu le suivit, et fut quelque temps( hanoine deleglise de Reims, et eheri du i)relat par la conformité de leurs V(rlus. Mais le jeune chanoine, voyant dans le clerg<' peu de religion, peu de sincérité, beaucoup d ambition, de cupidité et de jalousie, résolut d'embrasser la vi( mor>astique. 11 conmiuniqua son dessein à larchevôque , sans toutefois lui découvrir le fond de sa penst'e, de peur qu il ne len détournât ; et lui dit seulement qu il craignoil, surcequ il avoit oui-dire, que son père ne lui eût acheté à son insu les bénéfices qu il possedoil el qu il etoit résolu de quiller (2j Quoique lui pût dire I ar chevèque, il demeura ferme et prit congé de lui; et comme il avoit toujours ouï ce prélat louer l'observance de (Hugny, il résolut de l'embrasser. Toutefois, il nalla pas à (Clugny même, qui étoit troj) l(»in, mais à Saint-IMai tindes-Champs , près Paris, où l'observance étoit parfaitement semblable.

Après se|»l ans de profession, il fut fait prieur de ce monastère, composé a lors de près de trois cents moines, tant au dedans qu'au deluirs, c'est-à-dire dans les prieurés qui en dépendent (3). Quoique cette maison lût pauvre, il nelaissoit pasd'c xercer magnitiquement l'hospilalité entre les évêques, les abbés, les seigneurs et toutes sortes de personnes ; aussi etoit-il fort aimé, particulièrement du roi de France, Louis , et du roi d Angleterre. Henri ; el il recul de 1 » n et de l'autre plusieurs bienfaits. Entre les créanciers du moi astère, qui étoit endetté, il trouva qu il y avoit des juifs ; de quoi il fit de grands reproches aux moines, et les obligea à payer pn rnptemenl ces infidèles, avec lesquels il h ur défendit d'avoir aucun commerce. Pierre Maurice, qui connoissoit son mérite, raf)pela à (>lugr)y dès la pnniière année qu'il en fut abbé, sans loulelois le déc harger du prieuré de Saint-Miiriin. Ils se lièrent d'une amitié Irès-èli'oite, el travaillèrent ensemble à retranchcT de Clugny plusic»urs abus qui s'y cloient introduits, tant dans la nourrilure que dans le reste (4). Mat-

(1) C. li, 1,5.

(4; Cil, IL

thieu, étant devenu cardinal-évêque d'Albane, ne changea rien de ses observances monastiques; il ne retrancha rien de la longue psalmodie de Clugny, il ccmtinua de dire la messe tous les jours ; il gardoit la solitude dans le palais du pape aulanl qu'il lui éloit possible. Le pape s'en plaignoit souvent, et voyant que 1 évc'que d'Albane venoit à peine sur les neuf heures à sa cour, au lieu que les aulnes y venoient dès le malrn, il disoil qu'il éloit trop moine. Cesl l'abbé Pierre qui nous a conservé cc^s circonstances de la vie du cardinal Matthieu.

XLVIIL Première lellre de saint Bernard.

Le relâchement de l'observance à Clugny, dont il parle, fut l'occasion de l'apologie desainl Bernard, écrite, comme il est le plus vraisemblable, dès le temps de labbé Pons, dont la mauvaise conduite fut sans doute la principale cause de ce relâchement (1 . Il donna sujel à une grande dispute entre les moines de Clugny et ceux de Cileaux , louchant 1 observation de la règle de saint Benoît, dont ils fai>oient profession les uns et les autres, quoi<|ue sous des habits différents et avec différentes pratiques.

Ceux de Clugny, pour décrier l'observance de (liteaux comme impraticab'e (2), attirèrent entre autres un jeune homme, rjomme Robert, cousin germain de sain Bernard, qui, après avoir fait profession à Cileaux , vivoit à Clairvaux sous sa conduite. H avoit été offert à Clugny par son père dans son enfance, mais sans cîngagemenl, el s'ètoil donné lui-même à Cileaux a vecconnoissimce de cause. Toutefois, l'abbé de Clugny, qui éloit alors Pons, envoya un prieur à Clairvaux, qui, traitant de folie el d indiscrétion l'austerite qui s'y pratiquoit, persuada au jeune Robert d'en sortir, et l'amena à (>lugny, où cm le revêtit aussitôt de l'habit de l'ordre, et on fit un grand triomphe de cette conquête. Ils envoyèrent même à Rome , où, ayant exposé ce qu'ils voulurent sans contradicteur, ils ob inrent un jugement qui ordonnoit que Robert demeureroit chez eux; et, en conséquence, ils lui firent faire une nouvelle profession.

Saint Bernard attendit long-tcwps pour voir si Robert, louché de Dieu et du reproche de sa conscience, reviendroit de lui-mcMue; enfin il lui écrivit une lettre egalem< ni pb ini' de tendresse el de force, où il lui représente l'irrégularité de sa translation, la nuilitè du rescrit du pape el le péril de son salut, s il demeure en cet état . et il n'oublie pas de relever les relî'îchemcMits de Clugny. Cette lettre fut accompagnée d'un miracle; car saint BcMuard, p<»ur la dicter plus secrètement, etoit sorti du monastère, s'ètoil assis à découvert avec le re-

ligieux qui écrivoit sous lui (1) : il survint tout à coup une pluie , le secrétaire voulut serrer le parchemin sur lequel il écrivoit ; mais saint Be nard lui dit : C'est l'œuvre de Dieu, écrivez hardiment. Il ccmtinua donc, et, quoiqu'il plût parbmt à l'entour, la lettre ne fut point mouillée. Guillaume, abbé de Sainl-TÎnerry, qui rapporte ce fait, dit Lavoir appris du religieux même qui servoit de sc^crélaire. Cette lettre n'eut point d'effet du temps de Pons ; mais Pierre, étant devenu abbé de Clugny , renvoya Robert à saint Bernard , qui depuis le fit abbé da s le diocèse de Be-

sancon.

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