‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1878 sur 2407 · XLIX. Apologie de saint Bernard · texte numérisé non relu

XLIX. Apologie de saint Bernard

fl) Mabill.

A pot.

nota: fus. in

(2) Bcrn. Episl. i, cum noc.

Les moines de Clugny accusoient donc saint Bernard d'être l'auteur de leurs différents avec ceux de Cileaux, ou du moins de les y fomenter. C'est pimrquoi Guillaume, abbé de Saint- Thierry prés de Reims, qui avoit pcmr lui un resïK'd el une affection sir)gulières, l'excita à se justifier et à nianpjer ce qu'il jugeoit digne de correction datis les pratiques de Clugny. Cesl le sujet de l'apologie de saint Bernard, adrc^ssée au même Guillaume de Sainl-Thierry, el divisée suivant son de^ir en deux parties. Dans la pn rnière, il [)roleste que lui et les siens sont très-eloignés de blâmer aucun ordre religieux , el qu'ils seroient les plus malheureux des hommes si, sous un habit méprisable, ils cachoienl l'orgueil et le mépris des autres, el si l'austérité de leur vie ne servoit qu'à les conduire plus tristement en enfer par la mc^disance et l'hypocrisie. 11 loue l'ordre de Clugny, et marque quelques religieux qu'il a empcVhes de le quitter pcmr passer à celui de Cileaux. Il soutient que la variété dc^s ordres religieux ne doil point altérer la charité (2) : Car, dit-il , où trouvera-t-on jamais un repos assuré, si chacun de ceux qui choisissent un certain ordre méprise ceux qui vivent autrement, ou croit en être méprisé, puisqu'il est impossible qu'un seul homme embrasse tous les ordres, ou un seul ordre tous les hommes? Et ensuite -. Ceux qui reçoivent diverses grâces, soit cou\ de Cileaux cm de Clugny, soi» les cIcTcs réguliers, soit les laïques fidcdes, tcmt ordre, tout sexe, tout âge, toute condilion, conrposent la même église, unique, belle el parfaite (3). Et encore : J cambrasse un S( ul ordre par la pralicjuc , et les autres par la charité, qui peut me procurer le fruit de l'observance que je ne praîique pas, et peutêtre plus abondanmienl qu'à ceux qui la pratiquent.

Puis, s'adressant aux moines de son ordre qui bbimoient ceux des ai 1res ordres, ii leur dit : Qui v(ms a et blis leuî> jugeas, vous qui vous glorifiez de la règle ? pourquoi medisez-

(1) Yila 1, îîern. cil. p. 525, c. 1, 2, 3.

(2) Beru. Opusc. 5, to. i, (3; C. 4.

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vous contre la défense de la règle ? pourquoi jugez- vousavant le temps,et les serviteurs d'autrui contre la défense do rapùlre(l) ? II avoue ensuite que la pratique de Clugny nest pas entièrement conforme à la règle dans les babils, la nourriture, le travail ; mais il soutient que l'essentiel de la règle ne consiste pas dans cet extérieur. Vous avez grand soin , dit-il , que votre corps soit vêtu selon la règle , et vous laissez votre àme dépouillée de piété, d'humilité, des autres vertus. Vous vous accablez de travail, et vous méprisez celui qui travaille moins, mais qui a plus de piété, préférée par saint Paul à tous les exercices corporels. 11 passe ensuite à la seconde partie de son apologie , qui consiste à montrer ce qu il trouve effectivement de réprébensible dans les pratiques de Clugny. En quoi, dit-il, je ne crains pas de choquer ceux qui aiment l'ordre, puisque je n'en blâme que la destruction. Et ensuite :

J'admire d'où a pu venir entre des moines (2) une telle intempérance dans le repas, tant de superfluité dans les habits, les lits, les montures, les bàliments; en sorte que plus on s'y laisse aller, plus on dit qu'il y a de religion, et que l'ordre est mieux gardé. On Iraile la frugalité d'avarice, la sobriélé d'austérité, le silence de tristesse. Au contraire, le relâchement s'appelle discrétion , la profusion libéralité, le babil affabilité, les éclats de rire gaielé, et ainsi du reste. On Iraile de charité l'indulgence qu'on a les uns pour les autres , quoique ce soit une vraie cruauté , qui tue l'àme pour épargner le corps. Venant au particulier , il blâme les grands repas des moines, où, au lieu d'entretiens de piété , ce ne sont que discours frivoles, où l'on sert mets sur mets et quantité de grands poissons pour se dédommager de l'abstinence de la viande : encore sontils assaisonnes avec tant d'art, que l'on trouve de l'appétit après s'être rassasié; où l'on sert tant de vins difrérents, qu'à peine peut-on goûter de chacun, et des vins parfumés , emmiellés ou d('ji:uisés d'autres manières. Il blâme l'abus ridicule de ceux qui, se portant bien, alloient à rintirmerie seulement pour njanger de la viande, et l'usage de porter un bâton à la main pour marque de maladie, comme si la maigreur ou la pâleur ne le raontroient pas plus sûrement (3).

Il vient ensuite au luxe des habits , et se plaint qu'on cherche, non ce qui est à meilleur marché , comme la règle l'ordonne , mais ce qui peut mieux contenter la vanité, quoi qu'il puisse coûter ; en sorte qu(» de la même pièce d'étoffe on taille un manteau pour un chevalier et un froc pour un moine , et qu'il n y a point de prince qui dédaigne leurs habits , à la figure près (4). Vous dites, continu -t-il, que la religion n'est païj'dans rhabil,mais dans le cœur :

1^ C. .■>. I, Cor. IV, 5 Rom. MV, c. 6.

il est vrai, mais cette curiosité dans les habits et la parure marque les sentiments du cœur, la mollesse et la vanité Ce n'est pas sans y penser que l'on cherche et que l'on choisit les étoffes les plus précieuses.

J'admire, continuoil-il(l), comment nos abbés souffrent ces désordres , si ce n'est parce qu'on ne reprend pas hardiment ce en quoi on ne se sent pas irrépréhensible. Car, pour ne point parler du reste, quelle marque est-ce d humilité de marcher avec tant de pompe, tant de chevaux, tant d hommes à grands cheveux? en sorte que la suite d'un abbé sufiiroit à deux évêques. J'en ai vu un qui avoil plus de soixante chevaux. Vous les prendriez pour des seigneurs et des gouverneurs de provinces plutôt que pour des pasteurs et des pères spirituels. A peine fait-on quatre lieues hors de chez soi sans porter tout son équipage , comme pour aller à 1 armée ou passer dans un désert : pourquoi ne portons-nous pas aussi la subsistance nécessaire, pour n'être pointa charge à nos botes ?

Enfin il vient à la magnificence des églises : 11 y a , dit-il {-2) , grande différence entre les évêques et les moines. Les évêques sont débiteurs aux savants et aux ignorants , et excitent par des ornements extérieurs la dévotion du peuple grossier, ne le pouvant autrement. Mais nous qui nous sommes séparés du peuple, qui avons méprisé tout ce qui flatte les sens, quel fruit attendons-nous de ces ornements? l'admiration des sots ou les offrandes des simples ; car, pour parler ouvertement, cette ostentation de richesses est un appât pour exciter les hommes à donner plutôt qu à prier ; et je ne sais comment il arrive que l'on donne plus volontiers aux églises les plus riches. Mais cependant que l'église brille dans ses bâtiments, ses pauvres manquent du nécessaire, et c'est à leurs dépens qu'on repaît les yeux des riches. A quoi bon ces ornements pour des moines, des pauvres, des hommes spirituels? Encore passe pour les églisis; mais dans les cloîtres, où les moines fout leurs le( tures , pourquoi leur mettre devant les yeux des peintures grotesques, des combats, des chasses, des singes, des lions, des centaures, des monstres de diverses sortes, pour causer des distractions. Si ces impertinences ne nous l'ont |)as de honte, craignons-en au moins la dépense. Saint Bernard conclut ainsi son apologie : Je loue et publie ce qu'il y a de louable dans votre ordre; s il y a quelque chose de repréhensible, je vous conseille à vou>, et âmes autres amis, de le corriger. Quoicju il parle à l'abbé de Saint- Thierry coînme étant de l'ordre de (Clugny, ce n'est pas que son abbaye ait jamais été unie à celte congrégation (3]; mais on y gardoit la même observance, qui est ce que les anciens appeloient proprement ordre.

'3 C. 9 '^onsuct lib il(, c. 2(i.

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1 C.lt.

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An de J.-c. lise. ] LIVRE SOIXANTE-SEPTIÈME.

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