‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1884 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-SEPTIÈME

avoit succédé à Daïmbort dès l'année mil cent vinjrt-doux; mais dans los coininj'ncefnpnls il s'appliquoit peu à ses devoirs, li devint plus fervent par les conseils de Geoffroy, évéque de Chartres, et de Bouchard, évèque de Aleau\, ses suffragants : ce que saint Bernard ayant appris, il écrivit à Henri , vers l'an mil cent vin;;t-six, une grande lettre, ou [)lulùt un traité touchant les devoirs des évèqucs, pour satisfaire à la prière de ce prélat, qui lui avoit demandé un nouvel écrit de sa façon (1). Il commence par marquer les périls où sont exposés les évéques , puis il ajoute : Ayant interrogé depuis peu l'évéque de Meau\ sur votre état, il ma répondu avec coifiance : Je crois qu'il se soumettra désormais aux conseils de l'évt'que de Chartres. C est la plus grande assurance qu il me put donner de vos bonnes inlentions, puisque je sais (ombieii seront fidèles les conseils de ce prélat : vous pouvez sûrement vous confier à l'un et à l'aulre.

Saint Bernard exhorte ensuite l'archevêque à honorer son ministère, non parla pompe des habits et des chevaux ou la grandeur des bâtiments, mais par les verlus des b.)nnes œuvres. Si saint Paul défend aux femmes chrétiennes les habits pré(i'ux, combien plus aux prélats? Les pauvres n ont-ils pas sujel de se plaindrequevousemployezen babils superflus, brides dorées pour vos chevaux, en riches harnois pour vos mulets, ce qui suftiroit pour les vêtir et les nourrir (2) ? Venant à l'ambition qui dominoit dans le clergé, il dil : On a honte maintenant dans l'Eglise d être simple clerc; et on se tient déshonore si on ne monte aux places les plus éminenles. On élève des enfants aux dignités ecclési<jstiques, à causedela -plendeur de b'ur naissance, et on les tire de dessous la férule pour command t aux prêtres ; mais ils apprennent bientôt à revendiquer des églises et à vider la bourse de leurs inférieurs. El ensuite : On court de toutes parts aux bénéfices à charge d'àmes, connue à un moyen de vivre en repos ; parce que 1 on voit que ceux qui en sont charges, loin de iiémir sous le poids, ne cherchent qu'à s'en charger davantage , sans craindre les périls, tant la cupidité les aveugle. Quand un homme est devenu doyen , pnîvôt ou archidiacre, non content d'une dignité, il en cherche plusieurs, et autant <}u il peut , en une ou en plusieurs églises; mais si l'occasion s en présente, il leur préférera volontiers un seul évêchè. Sera-t-il alors content? Il désirera d'être archevêque , et peut-être encore ira-l-il ensuite à Rome solliciter à ij^rands frais des amitiés utiles à ses intérêts. D'autres, ayant leur siège en des villes très- peuplées et des provinces entières dans leur diocèse, prennent prétexte de quelque vieux titre pour soumet-

(1) Mabill. adraon. ab (2) G. 10 1, Tim. ii, 9. OpusJ. 2. S. BciU. Opusc. c. 9.

Ire à leur juridiction les villes voisines. Ils ne feigm'nt point d'aller à Rome pour ce sujet ; et, ce qui est de plus tri^te , ils y trouvent de la protection. iNonque les Romains se soucient de révénemenl des affaires, mais parce qu'ils aiment les présents. J'en parle ouvertement , parce qu ils ne s'en cachent pas euxmêmes.

A l'occasionde l'humilité qu'il recommande aux évêques, il se plaint que les abbes, plus obligés à cette vertu par leur profession, sont aussi soigneux de se soustraire à l obéissance d. s évêques. O moines ! dit-il , quelle est cette présomption? Car, pour être supépérieurs do moines, vous ne l êtes pas moins vous-mêmes (1). Et ensuite: Je ne le fais pas pour moi, dit-on, je cherche la liberté de mon église. O liberté plus servile qu'aucune s<'rvilude ! je me passerai de bon cœur de cette liberté, qui m'engage à la [)erni« ieu«e servitude de l'orgueil, (^ar je suis assuré que, si jamais je prétendois secouer le joug de mon évêque, je me soumettrois aussitôt à la tyrannie de Satan. Qui me donnera cent pasteurs pour me garder? IMus j en ai, p!us je vais sûrement aux pâturages. Etonnante folie ! je ne crains pas d'assembler un grand nombre d'àm<*s pour les garder , et je m'olîense d'avoir un gardien qui rendra conqjte de la mienne. En quoi donc vous incommoile l'autorité des évêques? Craignez-vous la persécution? mais vous serez heureux si vous souffrez quelque chose pour la justice. Meprisez-vous b'ur vie séculière? mais personne n'étoit plus séculier que Pilate, par qui Notre Seigneur a bien voulu être jugé, et d)nt il a déclaré que la puissance ven<jit d'en haut. Résistez maintenant au vicaire de Jésus-Christ. 11 est clair que , par ce vicaire , saint Bernard entend l'evêque.

Il continue parlant des abbés : Quelquesuns, avec bien de la peine et de la dépense, obtiennent des privilèges du pape pour s'attribuer des ornements épiscopaux et porter la mitre, l'anneau et les sandales (-2). Ils désirent sans doute d être ce qu'ils veulent paroîlre ; et ils ont raison de ne vouloir pas se soumettre à ceux qu'ils veulent égaler. Combien pensezvous qu ils domieroient aussi pour avoir le nom de p(>ntires? Qui des véritables moines a jamaisenseigné ^ne telle doctrine, ou donné de tels ex(Mnpl s? En quel degré d'humilité saint Benoit a-t-il place l amour du faste et des dignités? H faut se souvenir que quand saint Bernard parloit ainsi , les exemptions des monastères et les privilèges des abbes étoient encore rares : les nouveaux onlns, Cîteiuiv, Fontevraud, Prémontrè , étoient tous fondés avec soumission expresse» à la juridi^iion des évêques, comme on voit par leui-^^ chartes que j'ai marquées.

LViil. Conslilulions de Gui^ues.

Quant aux chartreux, ils n'a voient garde de se prétendre exenijis, puisqu ils r.i^^ardoient I evêque de Grenoble c«Mnmeleur abb/', (l puce te raison ils n'avoienl chi z eux (junn pri(ur(l). Aussi n' paroil-il aucune marqutî dexenq)tion dans leurs usages, qui furent érits vers le même temps. Ciiviron «juarantecin«| ans après la fon(iati(m de la Chartreuse, par le prieur (iuigues, qui la gouvernoit depuis dix -huit ans. H a.iress» ce recueil aux prieurs des trois autres maisims, B rnard des Portes, llumbert de Saint-S^lpiee et Vlilon de Majorève; et, parlant pour lui et jiour ses confrères, il dil (:>) : Nous avons écrit les coutumes de notre m us m pimr salislaire à >(>lre prière et aux ordr. s de Hugues, évêque deGren ible, à la V'd )nl«» (lu juel il ne nous est pas p Tinis de résister. JNou.saNonslong-tempsditÏÏre p«)ur des causes qui nous paroïssent raisonnables ; mais nous avons cède à d(^ telles prières et à une telle autorite. H commence conmie snnt Benoit, dins sa règle, par la (lispo>ition de lollicedivin. Dans la suite, voici ce qui me paroit de plus remanjuable.

Ils se (onfosoient le sam* di au soir au prieur, ou a c lui à qui il en d.mnoit la commission. Leditnanche,ondisoitquel(iuefoisune messeavani lacoM>eiUu/lle. On ne faisoit i».)i t entnr les hôi. s dans leur rhœur, si ce u'et.iit les religieux; et il n'y avoit ijuCux (fui p issent c )«icher à la maison den haut. Le p ieûr devoit êtr<' prêtre, après soi eleclio.i i] denieuroil un mois en ha.it avec les moines, puis il dv'scenloit a la mais )n d en bas, et passoit une semaine avec les frens convers; mais il ne s »rt()it point des bornesd.» la Chartreuse. Il <'tabliss..ii un procureur dans la maison d'en bas p(>ur le sont desalTaires temp.)iell s et la conduite (le.-> frères, qui avoieut d autant plus beH)in d'uistrui tion q.j'ils n avoient point de lettres ;j). En rrc 'vant les l)ôl(*s, on loi^eoit et on n )urrisso t l urs personnes seulement, et non Imus <hi'vaux, parce que la maison n'eùl pu |)orii'r relte dépense. Do plus, ajoute 1 auteur, noas av<ms cmi liorreur la Cx)Uiume daller (te côté et d autre et de queier connue trè-i- dangereuse ; et nous voxms avec douleur qu elle s est établie chez plusieurs personnes, (lont nous louiwis d ailleurs la sai!t<> manières de vie; et cea sous prétexte de charité, pour avoir de quoi do'.mer aux survenanis. Par la UH^nie r i ou , ils se conlenloient de dcjnner l'amnône sans I »ger les pauvres, de peur d»^ ijuire à leur solitud.» et à leur avantage spirituel, en voulant donner un soulagement corpon l a IX autres (i).

Lis n.)vices n étoient reçus à profession qu'à

^r r.iiib î, d(» Viia S.

♦"• U. .^u,». liv L\M, n.

25, li

Guig.

Slulul

T»MF ly.

éd.

1510, et 1703.

■i ( . 7. Il 1 : r.

u. 30; r, 1.), Ij, ij, C4; C. 20.

vingt ans. On !; ur donn )it aussitôt dans leur cellule ce qui leur étoit nécessaire pour dormir et pour se vêtir : entre autres des peaux de moût >n pour les couvertures et les pelisses, à cause du grand froid des montagnes. Le tout etoilfort pauvre : car, dit l'auteur, c'est à nous particulièrement, entr.' tous les moines, qu'il convient de porter des habits uses; et que iout ce qui est à notre usage coûte peu , et sente 1 humilité et la piuvret ' On leur donnoil du parchennn et tout ce qui étoit nécessaire pour transcrire dos livres : car c'eloit leur occupa- I lion ordinaire, a!in de prêcher des mains, ne I le pouvant laire de bouche. Ils faisoient euxmêmes l(»ur cuisine : c'est p )urquoi on don- I noilà chacun les usie:jsiles nécessaires, afin I qu'ils n'eussent aucune occasion de sortir de . leurs cellules; il-, n'ensortoient que pour aller à l'église, où les jours ouvriers ils ne disoient que matines et vêpres [i). Sil étoit nécessaire de pari r, ils le lai -oient en peu de mots, sans , user de signes comm* les moines de Clugny. Car nous croyons, dit l'auîeur, que la langue suflltsans com netire par d autres menjbres des péchés de parole (2).

Quant à la nou rilure, ils se contentoient de p lin et d'eau le lundi , le mercredi et le vendredi ; ce qui , toatel'ois, étoit laissé à leur discrétion. Le mardi , le j udi et le samedi , ils fai.soient cuire des légumes ou quelque chose de semblable : ces jours on leur donnoitdu vin, et le jeudi du fromage. Depuis la mi-sept mbre jusquà Pûques, ils ne mangeoienl qu'une fois le jour ; le re^te de laimée ils mangeoicMit deux fois, le mardi , lejeudi et le samedi. Pend.inl r.ivent, ils ne man:^^eoient ni œufs ni froniiJge. Ils ne buvoient point de vin pur, et ne liiisoienl point de pain blanc. 11 n oioit pas pennis de faire des abstinences, se donner la diseipline,ou de veiller, hors ce qui etoit prescrit, sans l'appii.bation du prieur. On n'achetoitdu poisson que po il les malades. Ils usoient rarement de médeeine; mais ils se i'aisoient saigner cntq fuis par an , et ne se rasoient que six lois. Ils n'avuient ni or ni argent dans leur église, sinon un calice et un chalumeau pour prendre le piécieux sang : ils ne recevoient point de présents des usuriers et des excominuni's(3j. Pour retra.icher toutes les occasions de cupidité, ils avoient défendu aux habitants de la Chartreuse de rien posséder hors les b »rnes de leur désert, d y enlern r aucun mor{ que leurs confrères , ou quelque religieux qui y fût mort, ni se ch uger d aucun anniversaire. *:ar, dit fauteur, nou ^ avons ouï-dire, ce«|ue nous n ap^»ro ivons point, que la plupart sont prêts à dire des messes et faire des fe-tins magnifi(jurs toutes les fois que quelqu'un veut (ionuer de quoi prier pour les morts; ce qui ruine 1 abstinence et rend les prières vénales, les faisant dépendre du choix

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HISTOIRE DU CHIUSTIAMSME.

[AndeJ.-C.lli8.

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