‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1887 sur 2407 · LX. Traité de saint Bernard du libre arbitre, etc · texte numérisé non relu

LX. Traité de saint Bernard du libre arbitre, etc

Vers le même temps, illui écrivit une autre lettre, où il k» prie de le faire décharger des affaires que le paf.t- lui renvoyoit. 11 ne me sert de rien, dit-il, de n'être point occupé de mes affaires, puisque je le suis de celles d'autrui. Je ne vois rien de plus sûr pour moi que d'obéir au pape, pourvu quil veuille bien faire attention à ce que je puis (2). 11 offre ensuite au chancelier de lui envoyer le traité du libre arbitre qu'il venoit de publier, et qu'il avoit adressé à Guillaume, abbé de Saint- Thierry.

L'occasion de cet ouvrage fut que saint Bernard, parlant un jour en public, et reconnoissant qu'il étoit redevable à la grâce de Dieu de l'avoir prévenu dans le bien du progrès qu il faisoit, et de la perfection qu'il

(1) Ep. 45. X, 10.

(2) Ps. LXXVI, 12, Luc. (a) Ep. 40, 47, 48, n

(l)Ep.49.

(«) Ep. 52.

espéroit, un des assistants lui dit (1) : Que fîiites-vous donc, ou quelle récompense espérez-vous, si c'est Dieu qui fait tout.^ Pour repondre à cette objection, saint Bernard observe d abord, qu'afin que l'on puisse a^nr deux choses sont nécessaires, l'instruction et le secours. La volonté ne s'émeut j imais sans la raison Or, la raison est donnée à la volonté pour linstruire et non pour la détruire- et elle la détruisoit si elle lui imposoit quelque nécessité. Car la liberté est essentielle à la volonté; et, où il y a nécessité, il n'y a point de liberté, ni par conséquent de mérite. Or, le libre arbitre est nommé libre à cause de' la volonté, et arbitre à cause de la raison (2).

11 y a trois sortes de liberté : la liberté naturelle, que nous avons reçue par la création et qui nous exempte de nécessité ; la liberté de grâce, que nous rec(ivons p<ir régénération, et qui nous délivre du péché; la liberté de gloire, qui nous est réservée dans le ciel , et qui nous affranchira de la misère. La première liberté convient également à Dieu et à toute créature raisonnable, bonne ou mauvaise; mais cette liberté demeure en nous comme captive, si elle n'est accompagnée des deux autres.

Car le libre arbitre nous fait vouloir, mais cest la grâce qui nous fait vouloir le bien; c'est elle qui nous fait goûter le vrai et pouvoir le bien (3).

L'h( nnne en l'état d'innocence pouvoit pécher, non afin quil péchât, mais afin qu'il eut le mérite de s'en abstenir ; depuis sa chute il ne peut ne pas pécher, sans qu'il ait perdu le libre arbitre dont l'effet est proprement de vouloir, et non de se délivrer du péché ou de la misère. Le libre arbitre a pu tomber de luimême et non se relever; ce n'est que par Jésus-Christ que nous pouvons recouvrer les deux autres libertés (4). Car le libre arbitre ne consiste pas à pouvoir également et avec la même facilité se porter au bien et au mal ; et l'immobilité dans l'un ou dans l'autre n'ôte pas le libre arbitre. IJieu n'en est pas moins libre pour ne pouvoir être mauvais, ce qui ne vient pas d'une foible nécessité, mais d'une volonté ferme dans le bien ; et le diable ne laisse pas d'être libre, quoiqu'il ne puisse tendre au bien, puisque ce qui l'en empêche n'est pas la violence d'un autre, mais sa volonté obstinée au mal.

La grâce ne nuit point à la liberté , car, quoique Dieu nous attire, il ne nous sauve pas ma^Té nous, c'est en nous faisant vouloir le bien; il en est de même de la concupiscence, elle ne nous contraint pas au mal; et il nous est toujours libre de n'y pas consentir. L'homme demeure libre dans les tentations les plus violentes, telle que fut celle à laquelle saint Pierre succomba. 11 aimoit Jésus-Christ, mais il aimoit encore plus sa vie;

(1) Opusc. 9, c. 1.

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et son p<'H'hô fui de préférer la \;e du corps à celle de lame, m.iis il la préféra librement. Ainsi, quelque violence ((uon nous fasse, nous ne péchons (jue parce (|ue nous voulons. Enlln, toute l'aclion du libre arbitre et tout son mérite esl de consentir à la «;ràce; encore ce consentement \ient-il de iJicu, qui opère en nous de penser le bien, et de le vouloir et de l'accomplir 5 il fait le premier sans nous, le second avec nous, et le troisième par nous. Saint Bernard déclare qu en ce traité il s'attache unii^uement à la doctrine de saint Paul (1).

Quelque temps après, comme saint Bernard pasM)it près de Paris, levéque i tienne, et les auties qui se trouve» eut présenis le prioient inslamment de vetjr dans la ville sans le pouvoir obtenir (i). Car il evitoit avec grand soin les assemb ées, s il n a voit quelque raison pressante de s y trouver. iMais eue re que le soir il eut autrement disposé son chemin, le lendemain matin il ut dire à levéque : iNous iron> a Paris, «onuhe nous e.o s en avez prie. 11 enua dius les<(oh'S, où le clergtî s assembla e.i très-grand nombre, et il Itur lit un serujon sur la c.»n version des mœurs, dont il mo.ilre la nécessité, sar.s en dissimuler les dilhcul es; el il en ouvre les moyens. Il suppose dans tout ce discours, que la plupart des ecclésiastiques eloie..t engaj^és dans le péché; el il aitaque deux vies en particulier, lambiiionel 1 inci.ntinence. L ambition, qui faisoit redierclier les fonctions el les dignités ecclesias iqi^es sans Vi.cation et s.ns mérite

HISTOIRE Dl> CHRISTIANISME. : An doJ.-C. iiw.

la vie toute séculière de cet r.bbé, ses habits s>mplueu\, sa nombreuse suite. iMais il le loue (»ncore plus d avoir rélbrme son monastère tond)é dans un grand relàcliemrnt, comme Abailard sen plaign il sous Adam, pn decesseur de Suger (1). Otte maison , dit saint Bernard , servoit aux alTains de la «our et des armées des rois; lecloîlie étoil souvent environne de gens de guern», et retenlissoil de plaidoiiies et de (luerelles ; les femmes y avoi<nt quelquefois e.tree. A présent on y fait de >ainles lectures, et on y garde un p< rp .Im 1 silence. On n admet plus les se. uliers dans <'etle maison, on ne s') entretient plus avec les gens oi>i!s, im ny ent-nd plus le bruit que faisoienl les enlanls ; on n'y entre que po r (hanter les louanges de Dieu el a ccunpiir des vœux. A la lin il s'étend s..r h' s andale que donnoit eue» re Etienne de (iarlaiide , ami di' Suifrr, qui, aNant r<nd e de diacre, et étatit archidiacre, doven et prévôt en diverses e<'lises, etoit < n même temps sénr<hnl du roi , dont en ( etîe qualité il coinmandoit les arnu es, et prenoit ce litre prel'eiablemenl à tou^ ses lities ecclesiasiiquis. Car le seneehal etoit alors h' premier «Hieier di* la couronne et audessus du «onnetable. L'abbe Sug r persé>éra I d ns la régulante, et s'aj.|)liqua avec grand I s >in au retablisseuunl de son monastère, comme on voit encore et dans ses écrits et dans le bâlunenl de son église.

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