‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1908 sur 2407 · XV. Le pape à Clairvaux · texte numérisé non relu

XV. Le pape à Clairvaux

Le pape Innocent éloit cep.^ndanl en F. ance, et voulut vibiîer par lui-nn"'me le njonas.èie de Clairvaux , où il l'ut reçu avec une alîeelion sinj^ulière par h's in«)i!ies velus pjopiemcnl, portant une croix de hois mal polie el chiutant inodeslemenl. Les evèqucs pi. uroienl « l Ir pape lui-même , el tous admirant la i5^ra\ ité de celt(î comumnauté , voyant qui' dans um* joie si publique ils avoient ious les yeux arrèles a terre, sans les tourner de cùlé ou d'autre par curiosité ; en sorle qu'ils ne vovoienl persoime, étant rejçardés d>' tout le monde. Les llomains ne virent rien dans celle église qui ex( ilàl leur cupidité : il ny avoit que les nuuailles toutes nues, et ces moines n avoient rien de désirable que l'imitation de leurs vertus. La joie de celle réception l'ut toute sainte; on sirvoit à manger du pair» bis, des herbes et des k^umes, el, s'il se trouva quelque poisson, ce lut pour le pape {'2). L'ann ?e préced.nle saint Bernard avoit refusé l'evécbe de Gènes, \acanl par la mort de Sig'lroy, et celle année mil cent Innle-un il rdusa Levèclié deChàlons, pour lequel il avoit été élu, ( l y lit nr tire eu sa place GeolTroy , abbe de Saint -MciJard de Soissons.

XVL Lettres de saint Lernard pour le pape.

Pendant que le pape Irmr>cenl étnji on France , saint Bernard écrivit pinceurs lelln^s très-fort» s à ceux qui ne le reconijoissoienl pas encore pour les amener à so:; ob issance. Il en pirle ainsi à llildeberl , arcir'vèque de Tours, qiie Gérard d'An^ouléme s'elTorçoil d'attirer au parli de Pierre de Léon 3) : Ti)US les princes n ont-ils pas re onnu qu'il est verilablemenl Félu de Dieu? Le roi de Fratice, cv\n'\ dAnglelerre, ceux d'Espagne, enlin le roi des lloniains, reçoivenl Innocent pour pape. Architophel est le seul qui ne sait pas encore que son conseil est découvert et dissipé, (^e^t Gérard d'Angouléme dont il parle. Il continue : Le choix des plus gens de bien, l'approbaîion

du plus grand nombre, et, ce qui est plus fort, une piobiti' reroinue, rendent Innocent rec«)mniandabli' à loul lenumde (1). Ec^i^3nl à Grotlniy de Loroux, docteur lam<'U\ , depuis arche é|uc de Borde^mx, v{ dés lors homme de grande autorité, il dit: Les rois d Allemagne, de France d'Angleterre, d'Ecosse, des Esj)a<4nes et d' Jérusalem, avec tout leur cierge el leurs peuples, adluTeiit au pape Innocent. El c'est avec jusiieeque LEglise reçoit celui dont la répulalitm est plus entière, et l'éleeli on plus légitime par le nombre et l(^ mérite de ceux qui l ont faite. Il excite ce docteur à s'opposer à l'evèque d An^ouléme, et ram ner à l uailé de 1 Eglise le Comte de Poiliers.

Enfin , saint B:^rnard écrivit sur ce sujet une grande lettre à quatre évoques d AquiLûne, ^avoir. vvvw de Limoges, de l-oitiers,de Périgueux el de Sain es (-2) , où il décrit ainsi la conduite de Gérard d'Angoulèmi'. Dans la lettre (ju'il a écrite depuis peu au chancelier, il d mande la lega ion d'uiie minière basse et indigne; el plùl a Dieu qu'il \v(\i obtenue , il nCùl guère nui qu'à I û-méme. Voyez ce que fait i amour de la gloire. La lègalio:iest unecharge pesanU», principalement à un \ieillard , el toutefois cet homme si âgé trouve plus de peine à pa>ser sans celte peine le peu de jours qui lui n'Slenl. El ensuiti' il écrivit des premiers au pape Iniioceiit, il demande la légation et ne lobiient pas. Il seTàche, il quille le pape et passe au parli de sim coinpélil( ur, il se vanh^ d'élre son légat. S'il ne 1 avoit pas d« mande au[)aravant au premier, ou s'il ne 1 avoil pas ensuite reçu de! autre, on pourriMl croire que dans sa prévarication il auroiteu ipielqu autre vue, quoique mauvaise; mais a pré.sent son ambition n'a point d'excuse, (^est qu après avoir long-temps passé pour grand entre les siens, il nuigil de se dégrader : voilà cette htuiîe criminelle dont parle 1 Ecrilure (3), qui l'ail que celui qui n est que terre et cïidre crainl non-sen!' ment de se soumettre, mais de ne pas (iominer Déjà ce légal fait à son |)ape de nouveaux evéques chez vous, alin qu il ne soit pas pape lui seul, et il n'attend pas que es evéques soient m(»rls pour leur donner d s smcesseurs, il met de leur vivant des usurpateurs dans l(*ui s sièges, sappuvant de la puissance tyranniipie des seigneurs, injustement irrités contre les évèqu es de leurs villes.

E>t-ce gratuilcment que ce légat agit ainsi pour son j)ap.'? Il se vante que<e pape a ajoute a son ancienne légation la France et la Bo irgogîie. Il |)eut y joindre, s'il veut, les IVIèdes vÀ les Perses, el tous les lieux où il mettra le pied, pour se glorifier au moins de vains litres. 11 ne voil pas qu'il est la risé(» de tous ses voisin s semblable à un n(»gociant qui mar- ' chaude avec plusieurs vendeurs jusqu'à ce

(1) VilaïKc. 1,

(2) Mabill. Chr. Berfl,

^3, Ep. 12i.

(1) 2, Keg. Wil, 7. lip ii,5.

ri) Kp 120.

(3; Kccli. IV, Î5.

qiril ait tromù relui qui lui donne ce qu'il désire au plus bas prix, il choisit pour pape celui qui veut bien le faire légat. Ainsi Rome ne pourra avoir de pape, à moins que (u ne sois légal : d'où te vient ce privilège dans léglisc (le Dieu ? Tant que tu as eu quelqu'espérance d'obtenir d'Innocent la grâce que lu lui demandois impudemment , il étoil saint et pape dans tes letlres, comment donc l'accuses-tu maintenant d'être schismatique ? sa sainteté et sa dignité se sont-elles évanouies avec ta vaine espérance:» Hier il étoit catholique el souverain pontife, aujourd hui c'est un méchant, un schismatique, un séditieux. Hier c'étoit le saint-père Innocent, aujourd'hui c'est Grégoire, diacre de Saint-Ange. C'est ressembler à ce juge inique, qui n'avoit ni crainte de Dieu ni égard pour les hommes (1).

Saint Bernard dépeint ensuite l'ambition, qui se décrie à mesure qu'elle se découvre, cl ne réussit que par le cours de l'hypocrisie; puis, venant au Umd de la question du schisme, il parle ainsi du prétendu pape Anaclet : Celui-là n'est-il pas l'homme dépêché, qui, après l'élection canoniquement faite par les catholiques, a usurpé le lieu saint, non comme saint, mais comme le pluséminent? Qui Fa usurpé, dis-je, par le fer et le feu, à force d argent , sans mérite et sans vertu , et qui s'y maintient de même. Car l'élection dont il se vante n'en est qu'une ombre et un prétexte pour couvrir la malice de ses partisans. On peut l'appeler élection , mais impudemment et faussement. Caria maxime ecclésiastique est constante qu'après une première élection il ne pi*ul y on avoir une seconde. Supposé donc qu'il eût manqué quelque formalité, comme prétendent les ennemis de l'unité , falloit-il procéder à une autre élection sans avoir auparavant examiné la première et l'avoir cassée juridiquement:» C'est p)urquoi ceux-là sont les plus coupables , qui se sont pressés , contre la défense de l'apôtre , d'imposer les mains a ce téméraire usurpateur : ils sont les auteurs du schisme.

Au reste, ils demandent à présent le jugement qu'ils dévoient attendre auparavant ; et ils nous offrent à contre-temps la justice qu'ils ont refusée quand on la leur offroit, afin que, si <m la leur refuse , vous paroissiez injuste; et que, si on l'accepte, la contestation apporte un délai p(^ndant lequel il puisse arriver quelque chose. Vous déliez-vous de votre droit, el ne < raignez-vous pointquelemal augmente, quelqu issue que la cause puisse avoir? Quoi qu'il en soit du passé, disent-ils, nous demandons Hiamtenant audience , nous sommes prêts à subir le jugement : c'est une fuite. Ils n'ont P us autre chose à dire pour séduire les simples [et armer les mal-inlentionnés. Dieu a d<;ja jugé, non par une sentence, mais par l évidence du fait. Ce jugement de Dieu a été

(1) Luc. xviii, 2.

Tom IV.

reconnu et approuvé par les archevêques Gautier de Ravenne, Hildegaire de Tarragone, JNorbert de Magdebourg, Conrad de Saltzbourg. Il a été reconnu et suivi par les evéques Egberl de Munster, Hildebrand de Pistoye, Bernard de Pavie, Landulfe d'Asie, Hugues de Grenoble, Bernard de Parme. La sainteté et l'autorité de ces prélats, respectable à leurs ennemis mêmes , nous a facilement persuadé de les suivre , nous qui leur sommes si inférieurs en mérite et en rang ; dussionsnous nous égarer avec eux. Je ne parle point de tous les autres archevêques et évêques de Toscane, de Campanie, de Lombardie, de Germanie, d'Aquitaine , des Gaules et des Espagnes , et de toute l'église orientale.

Tous de concert ont rejeté franchement Pierre de Léon, et ont reçu Grégoire pour pape sous le nom d'I nnocenl, sans être ni gagnés par argent , ni séduits par artifice , ni attirés par affection de la parenté , ni forcés par la crainte de la puissance séculière , mais obéissant à la volonté de Dieu, qu'ils n'ont ni ignorée ni dissimulée. Je ne nomme en celte lettre aucun de nos prélats , parce que je ne pourrois les y comprendre tous , ni en nommer quelques-uns sans soupçon de flatterie. Mais je ne dois pas omettre les saints qui sont morts au monde , el ne cherchent qu'à plaire à Dieu. Les camaldules et ceux de Vallombreuse , les chartreux , ceux de Clugny et de Marmoutier, mes confrères de Cîteaux, ceux de Saint-Etienne de Caen , de Tiron et de Savigny ; enfin, toutes les communautés régulières de clercs et de moines sont attachées à Innocent à la suite de leurs évêques.

Que dirai-je des rois et des princes de la terre? ne reçoivent-ils pas tous Innocent unanimement avec leurs sujets? Y a-l-il enfin quelqu'homme , distingué par sa vertu et sa réputation, en quelque rang que ce soit, qui ne soit du même avis ? Et ceux-ci toutefois s'opiniàtrèrenl encore à réclamer. Ils appellent en cause toute la terre, el veulent qu'elle entre en jugement avec leur petit nombre. Qui pourroit, je vous prie, assembler une si grande multitude de prélats et de seigneurs, pour ne pas dire de peuple? Qui pourroit persuader à tant de milliers de saints personnages de détruire ce qu'ils ont édifié, el se rendre prévaricateurs? Quel lieu seroit assez grand et assez sûr pour une telle assemblée; car c'est l'affaire de toute l'Eglise el non d'un particulier. Vous voyez que vous chicanez votre mère en lui demandant l'impossible, et vous forgez des chaînes pour ne pas rentrer dans son sein. Mais , soit que Dieu change d'avis , je parle humainement, qu'il révoque sa sentence, qu'il assemble un concile de toute la terre: quels juges se donneront-ils ? car tous ont pris parti et ne conviendront pas aisément de juges ; ainsi , on ne se sera assemblé à si grands frais que pour disputer. Je voudrois savoir encore à qui l'antipap© voudra cependant

con

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

An de J.-C. lt»l.

onflor Rome, qui lui a tant coùîé à acquérir, 1 tioii formelle de Vérôqua d'Aîron. ( ail possède avec tant de faste, quil craint d..nnicz labsolution a ceux qui Ont

qu 11 pas

tant de perdre. Cependant le monde entier se seroit assemblé inutilement si l'antipape perdoit sa cause sans perdre Rome; et d'ail leurs le pape ne peut entrer en cause tant qu il demeare dipouilié, ni les lois ni les canons ne l'y obligent. Il s'agit lequel des deux doit plutôt être reconnu pour pipe; si on compare l?s personnes, je dirai sans médisance et sans liUlene ce que Von dit partout, que la réputation d'Innocent ne craint pas même ses ennemis ; et que celle de l'autre n'est pas en sûreté, même chez ses amis. Si vous examinez les élections, elle du nôtre est la plus pure, la plus rais )nnable et la première. Le temps eslcert'\in, les deux autres points se prouvent par le mérite et la dignité des électeurs. Vous trouverez, si je ne me trompe, que c'est la plus saine partie des évê jues , des cardinaux , diacres et prêtres, qui ont le principal inléîêl à l'élection du pape, el en nombre sufllsanl pour élire selon les canons. Pour la consécration , n'avons-nous pas l'évêque dOstie, à qui il appartient spécialement? Saint Bernard conclut sa lettre en exhortant les évêques d Aquitaine à résister courageusement aux schismaliques, surtout à l'évêque d'Augoulême.

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