LIVRE SOIXANTE-HUITIEME
ment de Girard d'Angoulême , puis de Pierre de Léon, et enlin du pape Innocent (I j. Quant à Girard , il dit que la bassesse de sa naissance et la pauvreté de ses parents l'obligèrent à quitter la Normandie et passer en un pays étranger , c est-à-dire en Aquitaine , et qu'il fut éluèvc^iue, non par son mérite, mais par hasard, parce que deux partis divises ne
genl; tu élevas aux dignités ecclésiastiques les neveux, gens sans lettres et sans mente, et leu. confias le gouvernement de lEglise. Tu doimois les autres bcmétices à ceux qui avoient le plus d'argent, et ne faisois ni dédicaces d église, m bénédictions d'autels, ni ordinations, sans en tirer quelque profit. 11 vient ensuite à la légation de Girard, qui lui donnoit juridiction sur cinq archevêchés. Il convient qu'il avoit de l'habileté pour lesalTaires, de la science et de l'éloquence ; mais il prétend qu'il abusa de son pouvoir pour contenter son avance el son ambition , assemblant des conciles sans besoin pour avoir le plaisir d'y présider, el avilissant la dignité de ces sain.es assemblées {-2}.
Quant à Pierre de Léon, l'auteur dit que le juif, son aïeul, ayant amassé des richesses par ses usures, se fit chrétien pou deveair plus puissant, et que Pierre, dont il èloit question , portoil encore sur son visage les marques de son origine (3). Il fut , ajoule-t-il , envoyé en France pour acquérir la bienveillance de la nation, par la conlormilé des mœurs et du langage; el, s'étant étrangement décrie pendant sa jeunesse par son insolence et ses débauches, il entra a Clugny pour couvrir l'infamie de sa vie passée, par la réputation de ce monastère, le plus illustre des Gaules. Etant devenu cardinal par le crédit de sa famille, il fut envoyé en diverses légations, où il ne songeoil qu à satisfaire sa cupidité , el vivoil avec un luxe scandaleux ; dc^ux grands repas par jour, des viandes exquises et pa. fumées, une profusion qui épuisoil les revenus des évêques et des abbés ; encore pilloil-il les ornements des églises. Enfin on l'accusoit des débauches les plus abominables, d avoir eu des enfants de sa propre sœur, el de mener avec lui une fille déguisée en homme. Telle èloit la réputation de 1 antipape Anaclel.
XÏX. Fin dHiidebert , archevêque de Tours. La lettre de saint Bernard à Hildehert, ar-
tième de novembre de l'année mil cent trentetrois ou de la suivante. Il est célèbre par ses écrits, qui sont ses lettres au nombre de cent trente, cent quarante sermons , la vie de saiule Kadégonde et celle de saint Hugues de Cluf^ny quelques traités moraux et Ihéologiques" et grand nombre de poésies. Il avoit aussi commencé un recueil de canons; quelques-uns lui attribuent la préface qui se trouve à la tête de celui d'ives de Chartres (1).
Fougues Réchin, comte d'Anjou, ayant fait vœu daller en pèlerinage à Saint -Jacques Hildebert lui en écrivit ainsi [-2 : Je ne nie pas que ce ne soit un bon dessein , mais quiconque est chargé du gouvernement, est attaché à un devoir qu'il ne peut quitter que pour quelque chose de plus grand et de plus utile. Entre les talents que le père de famille distribue à ses serviteurs, aucun docteur ne compte celui de courir par le monde; et Saint-Hilarion, étant prés de Jérusalem , n'y alla qu'une fois , pour ne pas paroitre mépriser les lieux saints. Hildebert représente ensuite au comte qu'il se met en péril en passant par les places du duc d'Aquitaine, son ennemi ; et que le roi d'Angleterre désapprouve ce voyage. Puis il continue : Vous me direz peut-être : J'ai fait un vœu et je me rends coupable si j'y manque ; mais considérez que c'est vous qui vous êtes engagé à ce vœu , el que c'est Dieu qui vous a imposé une charge ; voyez si le fruit que vous retirerez de ce voyage récompensera la perte de l'interruption de vos devoirs. Si ce dernier bien est sans comparaison plus grand , comme on ne le peut nier , demeurez dans votre palais vivez pour votre étal, rendez justice, protégez les pauvres et les églises.
Dans une autre lettre, il parle ainsi au pape llonorius II : Je vous supplie de ne pas prendre en mauvaise part ce que je vous écrits par pure nécessité et pour la justice (3). Nous n'avons |X)inl appris au deçà des Alpes , et nous ne trouvons point dans les maximes ecclésiastiques que l'église romaine doive recevoir toutes sortes d'appellations indilTéremment ; et, si on établit celte nouveauté, l'autorité des évêques périra, el la discipline de l'Eglise n'aura plus aucune vigueur. Qui sera le ravisseur qui, étant menacé d'anathéme, n'appellera pas aussitôt ? Qui sera le prêtre qui ne continuera pas sa vie scandaleuse à l'abri d'un appel frustraloire? Les sacrilèges , les pillages les adultères , inonderont de toutes parts, tandis que les évêques auront la bouche fermée par des appellations superflues. El ensuite : Je sais, el toute l'Eglise l'enseigne , quele secours de Lappcllation est dû à ceuxqiîi sont blesses
ri) Ep. m.
(t ) ÏO. 2, Spic. p. 330, (2) C. 2.
(1) Yita, lib. m, Ep 53, (2; Lib. i, Ep. 15, aj.ôu. a'- «'^ 3) u, Ep. 41, al 82.
HISTOIRE nu CHRISTIANISME.
[An;deJ -C.lt
p;^r un ju;ioniont, qui (ionnont lours juges pour s «s|)0(ls, ou q li craigiiont la violcnic d'une muKiInde emportée; sur quoi il cite une fausse déerélale du pape saint Cornelle; mais il soutient qu il faut rejeter les appellations frivoles, qui ne tendent qu'à retarder le jugement.
Dans une autre lettre, Hildebcrt blâme un prêtre qui avoit fait donner la question à un homme qu'il soupeonnoit lui avoir pris de l'argent; apparemment un homme de condition servile. Il dit que cette procédure ccmvient aux cours séculières et non à la discipline de lEglise; qu'il ne sied pas à un prélre d être bourreau, qu'il doil plulot laisser un coupable impuni que de faire souffrir un supplice certain pour un crime incertain. Sur quoi il cite la lettre de saint Augustin à ]Macédonius(l).
L evéque de Chartres avoit interdit un prêtre pour avoir tué d'un coup de pierre un voleur qui le vouloit tuer. Après que ce prélre eut été sept ans séparé du saint autel, l'évéque de Chartres consulta Hildebert s il devoil le rétablir, llildebert répondit, qu il n en étoit pas d'avis, quoiqu'il n'eut tué que pour défendre sa vie , alléguant sur ce sujet l'autorité de saint Ambroise (2).
Les sermons d'Ilildcbcrt contiennent plusieurs points remarquables de doctrine et de discipline. Quoiqu'il eut été disciple de Rérenger, il parle trés-correclement de l'eucharistie , et dit : jNous ne devons pas douter que par les paroles sacrées de la bénédiction du prêtre le pain ne soit changé au vrai corps de Notre Seigneur ; en sorte que la substance du pain ne demeure point. Il se sert même du mot de transsubstantiation; et on ne trouve personne qui l'ait employé avant lui (3).
Touchant la grâce, il dit : Etant réparc et réconcilié par la grâce du nouvel homme, tu lombes tous les jours, et toutefois la grâce secourable ne t aband<mne point (4). Et ailleurs-. La glace de Dieu est très-onii ieuse envers les hommes , et comme engagée par serment à les secourir. Et ensuite : Si la créature n'est pas juste, c'est sa laute et non celle de Dieu. Il veut que tous les hommes soient sauves , et pour ùter toute excuse il leur prépare sa grâce qui les soulienl ; il distribue des moyens pour les aider, il offre des récompenses pour les exciter, il menace pour les intimider.
Sur la pénitence il dit : Que l on doit se confesser avant que de commencer le j(»ùne du carême, parce que c'est renverser l'ordre de punir les péchés avant que de les confesser , que les pénitents demeuroient hors de leurs maisons ; que quelquefois on les réconcilioit avant la fin de leur pénitence, pour communier à
(V Auî?. Kp. t5:i, al. 5i.
Sup. liv. wii. II. 52.
(2) Epist. CO, 112, Oiï.
f3 Ser. 38. p. U2. Ser.
'4 Ser. m, p. 062; lib.
i, Ep. 10, p. 5.
PAques av(M^ le reste des fidèles (1). H marqua qu (»n jeùnoil le jour des trépassés.
Entre les traites d'Hildebert, le plus considérable est celui qui contient en abrégé un corps entier de théologie , et qui semble avoir servi de règle et de modèle à ceux qui ont ensuite traité cette science par méthode. Il est divisé en quarante-un chapitres; et l'auteur y traite premièrement de la foi, puis de l'existence et de l'unité de Dieu, de la trinitc et des principaux attributs (2). De là il passe à lincarnation ; puis aux anges , et l'ouvrage des six jours ; ensuite à la cmition de Ihomme, à son premier état, et sa chute, puis au péché en général. Enfin, il vient auxsa( rements; mais la fin y manque, et nous n'avons pas ce qu'il (lit dts sacrements en particulier. Ce traite est compoïé avec beaucoup de netteté et de précision , et les preuves sont bien choisies.