‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1913 sur 2407 · XXI. Le pape en Italie · texte numérisé non relu

XXI. Le pape en Italie

Le pape Innocent, ayant passé à Saint-Gilles en Provence , entra en L(mibardie par les m(mlagnes de Gênes , et célébra à Ast la fête de Pâques, qui, cette aimée mil cent trentedeux , éloil le dixième d avril. De là il vint à Plaisance, où il appela les évêques et les autr s prélats de Lombardie , de la province de Ra>enne et de la basse Marche, et tint avec eux un concile. Cependant le roi Lothaire vint en L(mibardie avec une armée , comnje il avoit promis , et célébra la fêle de Noël à Méduine, dans la Marche Trévisane [-2). 11 menoil avec lui saint Norbert, qui, en ce voyage, fil la fonction de chancelier d'Italie, parce que le siège de Cologne étoit vacant. Lothaire tint à Rocaille une assemblée générale avec le pape et les Lombards, touchant l'état de l'Eglise et de l'emjnre. Le pape passa outre, et entrant en Toscane il vint à Pise, où, ayant appelé les Génois, il les accommoda avec les Pisans ; leur fîusant faire serment de part et d'autre qu ils s'en tiendroient à son jugement t(mchant la guerre qui s'excitoit entre eux ; et il leur ordonna de vivre désormais en paix (3). Saint Rernard , qui avoit suivi le pape en ce voyage, fui le médiateur de cette paix pour laquelle il fut envoyé à Gênes , et y parla si efficace ment, qu'il conclut l'affaire presque en un jour. Il refusa alors encore une fois l'évêchè de Gênes.

Pour éteindre entièrement cette guerre, et rèccmipenser la fidélité de la ville de Gênes, le pape Innocent l'érigea en archevêché, accordant le pallium à Syrus, son évêque,liii donnant pour sulTragants trois évêques de I île de Corse, et l'alTranchissant lui-même de toute sujéticm , c'est-à-dire de la juridiction de l'archevêque deJMilan, dont jusqu'alors il avoit été suffragant ; en sorte que le nouvel archevêque de Gênes ne dépend roi t que du pape , et ne st^roit sacré que par le pape comme celui de Pise. C'est ce qui paroît par la bulle du dixneuvième de mars mil cent trente-trois. Ainsi Innocent II corrigea cequ'avoit fait Urbain II en mil quatre-vingt-douze, donnant lîle de Corse entière à la ville de Pise, et soumettant à son archevêque tous les évêchés de cette île ; ce qui avoit excité une grande jalousie entre ces deux puissantes villes (4).

(1. V. Bern. Kp. 2S3.V.

Mabill. Piaîf. in S. Lern.

li. 48.

(2j Aela ap. Baron. 1132 Chr. Magdub. M. S.

(3 Bcrn Ep S9.

(i) A p. Ugheli lo. i, p.

1187. Ibid. lo. 3, p. 423.

Sup. liv. LXIV, n. 8.

Le pape Tnnocont attondoit à Pise le roi Lothaire , qui, étant arrivé en Toscane, eut encore une conférence avec lui ; et ils convinrent de marcher incessamment à Rome (1). Le roi alla par le grand chemin ; le pape , le loni? de la côte jusqu'à Yiterbe. Le roi célébra la pàque à Saint-FIavien, à douze milles de Rome. Cetoit le vingt-sixième de mars , puis, s'étant joint avec le pape , ils passèrent par la Sabine et campèrent près l'église de Sainte-Agnès, où Thibaud , préfet de Rome, et d autres nobles , vinrent les recevoir. Ils entrèrent ainsi dans Rome le premier jour de mai. Le pape logea au palais de Lalran, et le roi, dont l'armée n'étoit que de deux mille chevaliers, campa sur le mont Aventin. Cependant les Pisans et les Génois vinrent au secours du pape Innocent avec une armée navale, et lui soumirent Civila-Vecchia et toute la côte. Saint Bernard, qui éloit avec le pape, écrivit alors au roi d'Angleterre, à qui il marque Tétat des choses , pour l'exciter à secourir le pape qu'il a voit reconnu de si bonne grâce (2).

Le roi lj)thaire écrivit aussi une lettre à tous les rois, lesévéques, les princes, et généralement à tous les fidèles, où il dit en substance (3) : Dieu nous ayant établi défenseur de la sainte église romaine , nous sommes allés pour la^délivrer, accompagnés d'évéques, d'abbés, de princes et de seigneurs , et , allant à Rome , nous avons souvent reçu des députés du schismalique Pierre de Léon , qui prétendoient qu'on ne devoit pas l'attaquer à main armée, ni lui refuser audience, puisqu'il étoit prêt à comparoitre en jugement. Nous l'avons fait savoir aux évèques et aux cardinaux qui éloicnt avec le pape IniKHcnt ; et ils nous ont répondu , comme bien instruits des canons, que l'Eglise universelle, ayant de à prononcé sur ce sujet et condamné Pierre de Léon, aucun particulier ne pouvoit s'en attribuer le jugement.

iVous avons donc mené glorieusement h Rome le pape Innocent, et l'avons rétabli dans la chaire de Latran. Cependant nous campions sur le mont Aventin, où Pierre de Léon n'a cessé de nous solliciter, jusqu'à nous offrir pour sûreté des forteresses et des otages. Vou- Jaïit donc rétablir la paix dans l'Eglise sans effusion de sang, nous avons communiqué ces propositions à ceux qui étoient avec le pape Innocent , qui , de leur côté , nous ont offert des otages et des places. Alors l'autre partie , voulant gagner du temps , nous a amusés quelques jours par de vaines promesses ; mais C'jmrae ils ne les accomplissoient point , après l's avoir plusieurs fois avertis , ils ont été enfin condamnés comme criminels de lèse-majesté divine et humaine , par les seigneurs de notre cour, savoir, Norbert de Magdebourg , notre Câiancelier , Adalbéron de Brème, et les autres qui y sont nommés.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME. LAndeJ.-C.li33

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