XXIV. Concile de Pise
Le pape avoit convoqué un concile à Pise, et saint Bernard, y étant appelé, fut obligé de faire un second voyage en Italie 1 an mil cent trente-quatre (2). Les Milanois avoient suivi le parti de l'antipape Anaclet et de Conrad , qui s'étoit fait reconnoitre roi d'Italie; mais, voyant que ce prince avoit fait sa paix avec l'empereur Lothaire par la médiation de saint Bernard , ils prièrent le saint abbé de les réconcilier aussi avec l'empereur et avec le pape Innocent , qui les avoit excommuniés et ôté à leur ville la dignité de métropole (3). Saint Bernard leur écrivit pour les féliciter de leur retour à l'unité de l'Eglise, et du désir qu'ils témoignoient de rétablir la paix dans le pays , s'excusant de ne pas aller chez eux, parce qu'il étoit pressé de se trouver au concile, et promettant de les satisfaire au retour.
Etant arrivé à Pise , il assista au concile, qui fut grand, comme étant composé de tous les évèques d'Occident. Le saint abbé assisloit à toutes les délibérations et à tous les jugements; il étoit respecté de tout le numde, et on voyoit les év(kiues attendreà sa porte; mais ce n'étoit pas le faste qui le rendoit de difficile accès , c'étoit la multitude de ceux qui vouloient lui parler; en sorte que, malgré son humilité, il sembloit avoir toute l'autorité du pape. En ce concile, on excommunia de nouveauPierre de Léon , et on d^'posa ses fauteurs sans espérance de rétablissement. Alexandre, usurpateur de l'évèché de Liège , y fut déposé, et mourut de chagrin peu de temps après qu'il en eut appris la nouvelle. On rapporte aussi à ce concile la canonisation de saint Hugues de Grenoble, faite à Pise par le pape Innocent, de l'avis des évèques et des cardinaux, comme il paroit par sa lettre du vingt-
(1) Episl. 161. l,Ep. 17.
to. X , Gonc. p. 977, et in not. ad. Epist. S Bern.
(2) Chr. Bernard.
(3) Ep. 132, 133.
deuxième d'avril, adressée à Guigues, prieur de la Chartreuse, à qui il ordonne d'écrire la vie du saint, comme en ayant une connoissance particulière, et Guigues l'exécuta (1).
Au retour du concile, plusieurs prélats, étant encore en Toscane, furent attaqués en chemin et maltraités. Leur troupe étoit grande, composée darchevèques, dév(V^ues, d'archidiacres , et d'autres clercs distingués , d'abbés et de moines (2). Ils furent dispersés, pillés, blessés, poursuivis l'èpée à la main, quelques-uns pris et renfermés dans les châteaux voisins. L'archevêque de Reims, après avoir été insulté et blessé, sans respect pour son àgi^ et sa dignité, fut mis en prison; l'evckjue de Pèrigueux fut traité de même. L'an hevèque deBourges et celui de Sens, ayant piTdu presque tout ce qu'ils avoient, arrivèrent à gramipeine à Pontrèmoli ; mais ils y furent arrêtés pour la seconde tnis, avec l'archevê^que d Embrun , Tévêque de Troyes, blessé d'un coup de lance qui l'avoit fait tomber de son che>al , h's évèques de Limoges, d'Arras, de Bellai , de Rennes et d'autres; les abbés de Saint-IVlartial de Limoges, de Yézelay, de Saint-Germain de Paris, de Corbie, de Bourgueil et plusieurs autres ; la ville de Pontrèmoli étoit remplie de ces prélats. Pierre , abbé de Clugny, qui étoit de leur troupe, s'y rendit avec eux ; et , à leur prière, il écrivit au pap<» InmKcnt cette lamentable histoire, le priant d'exercer en cette occasion la sévérité de sa justice, et d'étendre la punition, non-seulement sur les auteurs du crime, mais sur tout le diocèse de Lune, dont l'évêque , au lieu de les accompagner toute une journée, n'avoitpas fait avec eux une lieue. Mais les censures ecclésiastiques étoient de foibles armes contre de tels ennemis.