‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1918 sur 2407 · XXV. Saint Bernard à Milan · texte numérisé non relu

XXV. Saint Bernard à Milan

Après le concile de Pise, le pape envoya saint Bernard à Milan, où il étoit tant désiré, etavcT lui deux cardinaux (3) : Guy, évêquc de Pise, et Matthieu, évêqiied'Albane, pour réconciliera l'Eglise les Milanois, et les absoudre du schisme où leurarchevcV]ue Anselme les avoit engagés. Saint Bernard lit trouver bon aux deux cardinaux de mener avec eux Geoffroy, èvèque de Chartres, dont il avoit reconnu le mérite en plusieurs occasions. Les -Milanois vinrent à grandes troupes au devant du saint abbé jusqu'à sept milles. Ils lui baisoient les pieds sans qu il put s'en défendre ; ils arrachoient lc»s poils de ses habits pour servir de remèdes aux maladies ; ils marchoicMit devant et après avec des acclamations de joie, et les conduisirent ainsi à son logis. On traita en public de l'affaire pour laquelle le saint abbé et les cardinaux étoient venus ; toute la

ville se soumit, l'Eglise fut réconciliée et la paix établie entre les peuples, r Pendant ce séjour de 31ilan, saint Bernard fit plusieurs miracles, principalement sur des possédés ; il les altribuoit à la foi de ce peuple, et le peuple à la vertu du saint abbé (1). On lui amena une femme connue de tout le monde, tourmentée depuis sept ans de l'esprit malin , le |)riant delà délivrer. Le saint homme étoit confus de 1 opinion qu'on avoit de lui , et l'humilité lui défendoit d'entreprendre des choses extraordinaires ; d'un autre ccité, il rougissc^)it d'avoir moins de foi que ce peuple , et craignoit d'offenser Dieu en se déliant de sa toute-puissance. Enfin il s'abandonna au Saint- Esprit , et s'étant mis en prière il chassa le dèmo!» , et rendit la famille tranquille. Les assistants, transportés de joie et levant les mains au ciel , rendirent grAces à Dieu ; et, le bruit s'en étant rèpiuuiu par la ville, la mit tout en mouvement ; on s'assembloit de tous ccjtès, on ne parloit que de l'homme de Dieu, on ne pouvoil se rassasier de le voir ou de l'entendre ; on s'empressoit pour le toucher ou recevoir sa bénédiction.

11 délivra encore d'autres pf)ssédès par la vertu de la sainte eucharistie , par l'eau bénite et le signe de la croix ; il guérit aussi plusieurs malades ; et la foule du peuple étoit si grande à sa porte depuis le malin jusqu'au soir, que la foiblesse de son corps n'y pouvant résister, il se melloit aux fenêtri»s [)our se montrer et leur donner sa bénédiction, llsapportoient du pain et de l'eau qu'ils lui faisoient bénir, et les gardoient connue des choses sacrées. On accouroit à Milan pour le voir des villages et des villes voisines. 11 guérit plusieurs malades de la fièvre , leur imposant les mains , et leur faisant boire de l'eau bénite ; il rétablit des mains sèches et des membres paralytiques en les touchant; il rendit la vue à des aveugles par le signe de la croix en présence de [)lusieurs témoins. Au milieu de tant de miracles et de tant d'applaudissements, le saint abbé conserva toujours une humilité profonde, et refusii constamment l'archevêché de Milan , qu'on le pressoit opiniâtrc»ment d'accepter. Ribalde fut donc élu archevêque à la place d'Anselme, schismatique ; et le pape rendit à Milan la dignité de métropole qu'il lui avoit ()tée. Saint Bernard y lit tant de conversions , qu'il y eut de quoi peupler un nouveau monastère de son ordre , qui fut fondé dans le voisinage l'année suivante, mil cent trentecinq , et nommé Caravalle. De Milan il passa par ordre du pape à Pavie et à Crènione pour pacifier la l^mbardic; mais les Crémonois, enflés de leur prospérité , ne profilèrent point de sa médiation (2).

ri) Vita S. Bern. 11 , 6. (2) Petr. Ciun. i, Epist. Tora. x, Conc. p. yuo, Ep 27. "•t (3) Vilalib n, c. 2,n. 9.

(2) N. Il, 12, 13," etc.

Page 1