‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1921 sur 2407 · LIVRE SOIXAMTE-HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXAMTE-HUITIEME

un lieu trop serré pour pouvoir retendre ; lui en montrant un plus commode , le saint abbé lui dit : Vous voyez que celle maison a été bâtie à grands frais, si nous l'abattons, les gens du monde nous accuseront de légèreté, ou diront que les richesses nous font tourner la tête, quoique nous ne soyons point riches ;car vous savez que nous n'avons point d'argent , et par consé quenl il y auroit delà témérité, selon l'Evangile, à entreprendre un bâtiment. Ils répondirent : Cela seroit bon si, depuis que notre maison est achevée (1), Dieu avoil cessé d'y envoyer des habitants; mais, puisqu'il augmente tous les jours son troupeau , il faut chasser ceux qu'il envoie ou pourvoir à leur logement , et il ne faut pas douter qu'il n'en prenne soin luimême. L'abbé se rendit, et le dessein du nouveau bâtiment étant devenu public , Thibaud, comte de Champagne, donna de grandes sommes pour cet effet, et en promit encore plus; les évéques voisins, les nobles, les riches marchands, contribuèrent volontairement et avec joie ; les moines travailloient eux mêmes avec les ouvriers à tailler les pierres, à maçonner, à couper le bois, à conduire leau de la rivière par des canaux ; ainsi ce grand ouvrage fut achevé beaucoup plus tôt que l'on ne l'espéroit.

XXVUI. L'abbé Ruperl et ses écrits.

C'est le temps où mourut 1 abbé Rupert , fameux par ses écrits. Il fut premièrement moine à Saint-Laurent près de Liège , où il eut pour maîtres , 13érenger, abbé de ce monastère , et Héribrand , son successeur. Il passa sa vie à étudier et à composer des livres, dont le premier fut celui des divins offices, écrit en mil cent onze. 11 lit ensuite des commentaires sur l'Ecriture, suivant un dessein qu'il s'étoit proposé de rapporter tout ce qu'elle contient , aux œuvres des trois personnes de la sainte trinilè. L'œuvre du père est la création, depuis le commencement jusqu'à la chute du premier homme; l'œuvre du lils est la rédemption, depuis cette chute jusqu'à la passion de Jésus-Christ , ce qui c(»mprend la plus grande partie des livres saints. L'œuvre du Saint-Esprit est le renouvellemt nt de la créature, depuis la résurrection de Jésus- Christ jusqu à la lin du monde. Il dédia ce grand ouvrage en mil cent dix-sept à Cuno, abbé de Sigeberl , et depuis évêque de Ratisbonne , son prot( cteur, qui le lit connoîlre à Fridéric , archevêque de ('ologne ; et ce prélat le lit abbé de Duis, vis-à-vis de la ville.

Quelques-uns se plaignoient que Rupert et les autres savants de ce temps écri voient trop, et ils disoient comme il rapporte lui-même (2) : Les écrits des saints nous suffisent , ntuis ne pouvons pas même lire tout ce qu'ils ont écrit ,

(1) Luc. XIV, n. 28.

2 Epist. ad Cun. pro.

Div. Otl".

beaucoup moins que ces docteurs inconnus et sans autorité écrivent de leur tête. On reproche en particulier à Ruperl d'avoir dit que la substance du pain et du vin n'est point changée dans l'eucharistie , non plus que la substance du verbe dans l'incarnation. Mais il s'explique lui-même, en disant que la substance du pain et du vin n'est point changée quant aux espèces sensibles ; et il dit ailleurs nettement : Croyons sur la parole du Sauveur ce que nous ne voyons pas, c'est-à-dire que le pain et le vin a passé dans la vraie substance de son corps et de son sang. Il s'en explique encore en plusieurs autres endroits de ses ouvrages L'abbé Rupert mourut le quatrième de mars mil cent trente-cinq , et quelques-uns l'ont compté entre les saints. Son nom est le même que Robert , selon la prononciation allemande (1).

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