XXIX. Saint Bernard passe en Aquitaine
Saint Bernard ne demeura pas long-temps à Clairvaux après son retour d'Italie. Geoffroy, evêque de Chartres, légal du pape Innocent en Aquitaine, le demanda et l'obtint pour lui aider à délivrer cette province du schisme, où Gérard d'Angoulême la voit engagée. Bernard y consentit, et promit de faire ce voyage après qu'il auroit établi l'abbaye de Buzai , nouvellement fondée par Ermengarde, comtesse de Bretagne, qui se fit elle-même religieuse (2). Bernard avoit déjà fait un pnmier voyage en Aquitaine avec Jossdin, é\êque de Soissons, par ordre du pape Innocent, lorsqu'il étoit en France, c'est-à-dire en mil (cnt trente-un. Ils vinrent jusqu à Poitiers pour conférer avec le duc et avec l'évêque d'Angoulême; mais celte entrevue fut sans effet, l'évêque (iérard s'emporta contre le pape Innoce t,el anima si furieus<^ment son clergé, que dès lors ils commencèrent à persécuter ouvertement les catholiques. Jusque-là qu'après que saint Bernard lut parti , le doyen de Poitiers brisa l'autel où il avoit célébré la mess<3.
Le duc d' Aquitaine, seul appui du schisme deçà les Alpes, étoit Guillaume IX du nom, né l'an mil quatre-vingt-dix-neuf, qui succéda en mil cent vingt-six à Guillaume VIII , son jière. 11 rec(mimt d'abord le pape Innocent , puis il se laissa entraîner dans le schisme par i év(V]ue d'Angoulême. Ayant insulté les moines de Saint-Jean d'Angély le jour même de la Saint-Jean , lors(|u'ils célrbroient l'office, et enlevé les offrandes, il leur en fît réparation en plein chapitre ; puis, en leur présence et de ses barons , il alla à l'église» nu-pieds , des verges à la main; et, prosterné à lerre devant l'autel , il se reconnut coupable ; et pour répa-
(1^ Lib. n. in. E\od. c. mart to. fl, p. 209.