‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1942 sur 2407 · XLVI. Mort de Gérard, frère de saint Bernard · texte numérisé non relu

XLVI. Mort de Gérard, frère de saint Bernard

Chr. Cass. iv, c. 127,

(2) Chr. Benev. VLla S.

Bern. ii, c. 7, u. 47.

Cette absence lui étoit très-sensible, comme on voit par les lettres tendres et affectueuses (pi'il leur écrivoit d Italie, pendant ces voyages qu'il fut obligé d'y faire à cause du schisme. Aussi revint-il sitôt que cette grande affaire fut terminée. Il partit de Rome cinq jours après, n'en rapportant que des reliques; et à sa sortie il fut reconduit par le clergé, le peuple, et toute la nobh^sse, car on le regardoit comme l'auteur de la paix. Etant d(^ retour à Clairvaux, il reprit lexplication du cantique, comme il paroit par le commencement du sermon vingt-quatrième. Peu de

fl) Chr. Cass. c. ull. (3) Ap U^-hcI lo. 3, p.

Bern. Ep. 317. 4.V2. INlabilI. ad ap. liJ, S.

(2) Pelr. Clun. D. Kp. Lciu. Kpiit. 114. 30. Yita Bcrn. c. 7, u. 48.

temps après, il perdit son frère Gérard , dont il inséra l'oraison funèbre dans un de ses sermons. Il avoit commencé à continuer l'explication du cantique ; mais il ne put retenir sa douleur, qu'il avoit dissimulée pendant les funérailles de son frère (1). Ce n'est point ce cher frère qu'il plaint, étant persuade de son bonheur; il se plaint lui-même d'être privé de son secours. Car Gérard, quoique sans lettres, étoit homme d'un grand sens, dune prudence consommée, et d'une habileté singulière pour l'économie, les arts et les affaires; en sorte qu'il soulageoit son frère de tous les soins du temporel, et lui procuroit du loisir pour vaquera la prière, à l'élude el à linstruction. Gérard ne laissoit pas d'être foi t intérieur et fort avancé dans la spiritualité; et, en celle matière même, il donnoit (juclquefois à Bernard des avis importants; (•(nnine quand, pair Ihumilier, il le reprit d'avoir promis la guérison, qui fut son premier miracL' (2). Au reste, Bernard déclare qu'il ne prétend point être exempt des sentiments de Ihumanilè ; et il autorise ses larmes par les exemples de Samuel , de David , de Jésus-Christ même, qui non-seulement n'empêcha [)oint les autres de pleurer Lazare, mais le pleura avec eux.

XLVIL Election d'un évéque de Langres.

Dans le même lemps, il survint à saint Bernard une aff.iire qui ne lui fut guère moins sensible, Guillaume de Sabran, évêque de Langres , étant mort la même année mil cent trente huit, Hugues , fils du duc de Bourgogne, voulut mettre sur ce siège un moine de Clugny, qui en étoit très-indigne ; à quoi le saint abbé s'opposa de toute sa force , non seulement pour l'inlerêt général de l'Eglise, mais pour celui du mimastère de Clairvaux en parliculier, situé dans le diocèse de Langres et entièrement soumis à révêtjue. H expîiiiue ainsi cette affaire dans un mémoire qu'il envoya au pape (3): Comme nous étions encore à Rome , l'archevêque de Lyon y arriva , et avec lui Robert, doyen de l'église de Langres, el Olric, chanoine , demandant i)our eux et pour leur chapitre la permission d'élire un évêque; car ils avoient reçu ordre du pape de ne le faire que par le conseil de personnes pieuses. Ils vou- Unent que je leur fisse obtenir cette permission ; mais je leur déclarai que je n'en ferois rien, si je n'étois assuré qu'ils prétendoient élire une personne capable. Ils me rèixjndirent que j'en serois le maître, et qu'ils ne lèroient que ce que je leur conseillerois ; et ils me le promirent. Mais, comme je ne m'y liois pas assez , l'archevêque s'y joignit et me promit la

(1) Epist. 143, 144. Vita ^2) Sup. liv. LXV, n. 43. lib. IV, c. 1 ; lib. II, c. 7, 11. Vila lib. i, n. 33. 47, c. 8. Serin. 20, n. 3. (3) Ep. 64.

même chose, ajoutant que, si le clergé vouloit agir autrement, il ne confirmeroit point ce qu'ils auroienl fait. On prit pour témoin le chancelier ; et de plus nous allâmes en présence du pape , a(in qu'il autorisât noire c(mvention. Âous avions eu auparavant ensemble une longue conférence sur iéledion ; de plusieurs sujets on en avoit nonime deux , donc nous convînmes tous que Ion pouvoil élire celui qu'on voudroit. Le pape donc ordonna d'observer inviolablemcnt ce dont nous étions convenus, et tant l'archevêque que les chanoines h' promirent fermement. Ils s'en allèrent , et je partis aussi peu de jours après.

En passant les Alpes, nous apprîmes que dans peu de jours on de voit sacrer évêi|ue de Langres un hninme, dont plùl à Dieu qu'on nous eût dit des choses meilleures et plus honnêtes, car je ne veux pas dire ce que j'en ai ouï malgré moi. Enfin, plusieurs l:omnn'S vertueux , qui êtoir'nt venus au devant de nous pour nous saluer, nous persuadèrent de pass(T par Lyon pour détourner ce mauvais coup, s'il étoit possible. (>ar j'avois résolu de prendre un autre chemin plus court , à cause de ma mauvaise santé et de ma lassitude ; et d'ailleurs , je l'avoue , je ne croyois pas trop h ces bruits. En elTet, qui auroit cru qu'un si grand prélat eut été assez léger pour imposer les mains à une personne notée, au préjudice de sa promesse si récente et de Tordre de sou supérieur? Toutefois, étant arrivés à Lyon , nous vîmes ce que l'on nous avoit dit ; on faisoit les préparatifs de celte malheureuse cérémonie. 11 est vrai que le doyen et !a plus grande partie, si je ne me trompe, des chanoines de Lyon s'y opposoient ouvertement, el la ville étoit remi)lie de ces honteux et tristes discours , qui ne faisoient qu'augmenter.

Que faire? je représentai respectueusement à l'archevêque la convention qu il avoit faite el Tordre qu'il avoit reçu, et il en convint. Mais il rejeta son manque d(^ parole sur le fils du duc , qui avoit manqué à la sienne et Tavoit obligé à changer aussi , pour ne le pas irriter et en vue de la paix. Il ajouta que , quoi qu'il eût fait jusque-là, il ne feroit désormais que ce que je voudrois. A Dieu ne plaise, lui di^-je en le remerciant, ce n'est pas ma volonté qu il faut faire, c'est celle de Dieu. El le moytn de la connoître sera peut-être de s'en rapporter au conseil des èvc^ques et des autres gens de bien , qui sont venus ici sur votre mandement, ou qui V viendront encore. Si , après avoir invoqué le Saint-Ksprit, ils sont tous d'avis de passer outre, faites-le, sinon il faut écouler Tapùtre , qui défend de se presser pour imposer les mains (1). 11 me parut agréer ce c<mseil. On vint dire cependant que celui dont étoit question étoit arrivé dans une hôtellerie, el non au palais. Il arriva le vendredi au soir,

(1) Tiiii. V, îii.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An deJ.-C. 1138.

Au de J.-C. 1138.]

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