LIVRE SOIXANTE-HUITIEME
el so roiira le samodi matin. Ce n'est pas à moi | avec eux durant le schisme, où il a tellement à (lire pourquoi il ne voulut pas même pa- épuisé ses forces, qu'à peine a-t-il pu revenir roîlre à la cour de Tarchevéque, après être
vep.u de si loin dans ce dessein ; peut-être pourroit-on croire qu'il 1 auroit fait par pudeur monaslique et pir mépris des honneurs, si la suite ne faisoit voir le contr.iire. En cflet, pouvions-nous alors en soupçonner aulre chose? puisque Tanhevèque, revenant de lui parler, témoigna devant tout le monde qu'il n'a voit jamais voulu acquiescer, et qu'il désapprouvoil absolument tout ce qui a voit été fait à son sujet.
Enfin l'archevêque ordonna aussitcM que l'on procédât à l'élection, il le manda, el par des chanoines de Langres qui étoient présents, et par une lettre qui subsiste encore. Mais , après qu'elle eut été lue dans le chapitre de Lan-
gres
on en lut aussitôt une aulre toute con-
traire, qui portoit que le sacre n étoit que différé, et assignoit un jour et un lieu pour décider l'affaire, que la première lettre disoit être décidée. On eût cru que c'étoienldeux personnes opposées qui parloient , si on n'eut vu le même sceau à ces lettres et le même nom à la tête. Nous avons en main ces lettres contradictoires. Cependant cet homme, qui avoit fui le sacre n renoncé à l'élection , va trouver le roi en diligence et obtient l'investiture des droits régaliens •• par quels moyens, c'est à lui à en répondre. Aussitôt on envoie des lettres pour changer le lieu du sacre et en anticiper le jour, afin d'ôler les moyens de s'y opposer et d en appeler. Mais la Providence y a remédié. 11 y a eu d 'S appellations interjetées par Falcon , doyen de l'église de Lyon , par Ponce, archidiacre de Langres, et Bonami, prêtre et chanoine de la même église, et par nos frères Brunon et Geoffroy. Le terme étoit si court, que, depuis que nous l'avons su, à peine avons-nous eu quatre jours p mr envoyer noire député, qui étoit un chanoine de Langres, afin de prévenir celle ordination sacrilège. Il s'y est opposé, a appelé au saint-siége, où il a cité l du et ceu\ qui dévoient le sacrer. Je n'ai rien dit ici que par l'amour de la vérité, j'en prends à témoin la vérité même.
XLVltl. Lettres de saintBernard sur l'élecUon de Langres.
Sa-nt Bernard, envoyant ce mémoire à Rome, écrivii au pape et lui représenta ce qui s'y étoit passé au sujet de l'évêché de Langres, les ordr^'s qu'il avoit donnés el la promesse de l'archevêque do Lyon de les exécuter fidèlement. H se plaint de l'inconstance de ce prélat , et prie le pape de s'informer quel étoit l'homme qu'on voaloit inellre sur le siège. H le renvoie à ce que lui dira l'archidiacre Ponce , qui par (.onséquent étoit allé à Rome solliciter cette affaire. Saint Bernard en écrivit aussi aux evêques et aux cardinaux de la cour de Home. 11 es fait souvenir de ce qu'il a fait et souffert
chez lui (I). A mon retour, ajoutr-l-il , jen'ai trouvé qu'affliclion et que douleur ; les dieux de la terre se sont élevés contre nous, je veux dire l'archevêque de Lyon et l'abbé deClugny, qui se confient en leur puissance et en leurs richess(^s.
L'abbé de Clugny prenoit en effet l'intérêt de son moine, élu évêque de Langres {-2). On le voit par la lettre qu'il en écrivit au pape le priant d'ac; order à celle église la liberté de rélection, et de recevoir favorablement le fils du duc de Bourgogne, qui alloit à Rome pour la première fois, et peut être que cette affaire étoit le principal sujet de son voyage. Pierre de Clugny en écrivit aussi à saint Bernard, soutenant que ce qu'on lui avoit dit contre l'élu de Langres n'éloit que des calonmies, et ajoutant à la fin : Si c'est peut être, car il faut dire tout ce que je pense, si c'est que le-^ moines de Liteaux craignent ceux de Clugny, il faut lever ce soupçon et apprendre de la nature même que chacun aime son semblable (3). Si donc un moine devient évêque de Langres, il aimera les moines de ( îleaux et les autres; il suivra en cela son propre intérêt, et, voyant que nous les aimons, il n'osera s'écarter de notre exemple.
Nc»nobslant l'appel au pape, ce moine fut sacré évêque de Langres par l'archevêque de Lyon, assisté d»'S èvê^pies d'Aulun el de Maçon. Mors saint Bernard ndoubla ses cris et ses plaintes, è( rivant au pape une lettre trèspuissante, où il dit : Je suis au lit, mais mon cœur souffre plus que mon corps. (]ar ce n'est pas un mal t( niporel que je déplore, il s'agit de mon salul. N oulez-vous que je confie* mon Ame à un homme qui a perdu la sienne ? Ces remo'.itrances eurent leur effet, 1 élection du moine deClugny fut cassée, et on dut évê(|ue de Langres GeotVroy, parent de saint Bernard et prieur de Clairvaux. 3Liis le roi fit quelque didicultè de lui donner l'investiture, l'ayant donnée au premier ; sur quoi saint Bernard lui écrivit en ers termes : Si le monde entier conjuroit pi»ur me faire entreprendre quelque chose contre la majesté royale, je craindrois Dieu et la puissance qu'il a établie. D'ailleurs je n'ignore pas combien le mensonge est indigne de tout chrétien, et particulièrement d'un homme de ma profession (4). Or, je vous le dis en vérité, ce qui s'est fait à Langres, touchant notre prieur, s'est fait contre l'intention des évêques et contre la n)i(Mnie; mais il y a un souverain maître, qui tourne comme il lui plaît les volontés des honnnes Et comment n'aurois-je pas craint, pour celui que j'aime comme moi-même, le péril que j'ai craint ix)ur moi ? Toutefois ce qui est fait est fait ; il n'y a rien
(1) Epist. IG7, 168. (3^ I. Ep. i9.
(2; Petr. Clun. u, Epist. (4) Ep. 166, 170.
contre vous, mais beaucoup contre moi. On | m'a ôté l'appui de ma foiblesse, la lumière de mes yeux , mon bras droit. H menace ensuite le roi de la colère de Dieu , s'il ne pourvoit promptement à faire remplir les deux sièges vacants de Reims et de Langres. H l'exhorte à ne pas tromper les bel 1rs espérances que l'on a conçues de son nouveau règne, et à confirmer promptement l'élection de Geoffroy pour son intérêt propre et pour la sûreté du pays Bernard fut écouté, et Geoffroy étoit en possession du siège de Langres dès l'année mil cent quarante. Quant à celui de Reims , il vaqua par le décès de l'archevêque Rainald , arrivé le treize de janvier mil cent trentem»uf , et ne fut rempli qu'au bout d'environ deux ans (1).