‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1947 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-HUITIEME

écrivit de revenir à leur métropolitain , et au patriarche d'Anlioche de les rendre (1).

LUI. Raoul, patriarche d'Anlioche.

Le patriarche d'Anlioche étoit alors Raoul, natif de Domfrcmt, aux confins du Maine et de la INormandie , homme de guerre, magnifique et libéral , et par-là fort agréable au peuple et à la nob!c»sse {2). IJcTuard , premier patriarche latin d'Anlioche, étant mort la Irc^nte-sixième anncr de son pontifical, c'esl-à-dire l'an mil cent trente-cinq, les archevcV|ues et les êvc*ques dépendants de ce grand siège s'assemblèrent au palais patriarcal pour procéder à l'élection ; mais le peuple , sans leur participation, élut tumulluairement Raoul, déjà archevêque de Mamisl a , qui est l'ancienne Mopsueste en Cilicie; et il fut intronisé daus la chaire de Saint-Pierre. Les prélatsqui s'éloient assembles pour lélection, craignant la fureur du peuple, dont ils entendoient les cris, se séparèrent et refusèrent d obéir à cv patriarche, qu'ils n'avoient point élu, mais il ne laissa pas de se mettre en |K)ssession de l'église et du palais patriarcal; et, sans s embarrasser de dc»mandcr au pape le p.dlium , il le prit aussitcH sur lautel de Saint-Pierre. Aveclelemps, ilattira à sa communion quelques-uns de ses suffragants, et, s'il avoit vécu en paix avec ses chanoinc»s , il auroit pu se maintenir. Mais il les troubla dans leurs biens; et ses richcfsesle rendirent si inscdenl, qu'il necomptoit pas les autres pour des hommc^s. H chassa par violence les principaux de son église ; et il en fit mettre quelques-uns en prison et aux fers, disant qu'ils avoient ccmspiré contre sa vie. Ainsi il s'attira la haine publique, et se croyoit à peine en sûreté entre ses domestiques , tant il étoit agile des reproches de sa conscience. Ses deux principaux adversaires éloient Lambert , archidiacre de son église , et Arnoul Calabrois, homme noble, lettré et habile dans les affaires, qui fut depuis archevêque deCosence (3). Ils entreprirent le voyage de Rome pour y porter leurs plaintes contre» le patriarche Raoul; et Raymond, prince d'Antioche , qui les soutenoit, contraignit ce prélat par force à faire aussi le voyage. Arnoul prit les devants; et, étant arrivé en Sicile, il alla avec ses amis et ses parents trouver le duc Roger, et lui dit : Voici que Dieu met entre vos mains le patriarche qui vous a cité injustement la principauté d'Anlioche, il va arriver dans vos terres. Le duc donna ses ordres dans tous les ports; et Raoul, qui ne se douloit de rien, étant arrivé à Brindes , y fut arrêté, mis aux fers et envoyé en Sicile. Là , par son adresse et son éloquence, il fit sa paix avec le duc sous certaines conventions, il fut renvoyéavec honneur pour aller à Rome.

(1) C. 13. Ep. 5,6,7, 8.

(2; Guill. C. 10. Sup. liv.

xxiv, n. 58.

(3; Guill. Tyr. xv, c. 12

D'abord il y trouva Faccès difficile auprès du pape , étant regardé comme un ennemi du saint-siège, auquel il prétendoit égaler le sien; car il disoit que la chaire de Saint-Pierre étoit à Anlioche aussi bien qu'à Rome ; et que son église étoit même la sœur aîncH\ Enfin , par le moyen de ses amis, il eut audience du pape, et fut reçu en prc'sence de toute la cour avec grande? magnificence. Ses adversaires se présentèrent aussi; et, ayant donné leurs libelles, ils étoient prêts à poursuivre leur accusation dans les formes. Mais comme la cour vil qu'ils n'avoient pas les instructions nécessaires pour vaincre pleinement l'accusé, on signifia aux deux parties qu'ils se tinssent en repos jusqu'à ce que le pape envoyât un légat sur les lieux pour informer plus amplement de l'aflàire. Cependant le patriarche rendit le pallium qu'il avoit pris à Anlioche de son autorité, au mépris , disoit-on , du saint-siège , et en reçut un autre de la main du premier diacre, pris sur le corps de saint Pierre, selon la coutume. Ainsi , il se retira avc^c les bonnes grâces du pape , et repassa en Sicile, où le duc lui donna des galères qui le menèn ni en Syrie. IVlais, quand il y fut arrivé , l'église d'Anlioche ne voulut pas le recevoir ; et il fut obligé de se retirer , pTcmièrement à un monastère de la montagne noire dans le voisinage, puis chez le comte d'Edesse, qui l'invita à venir auprès de lui (1). Enfin , le patriarche se réconcilia , du moins en apparence , avec le prince d'Antioche, et fut reçu solennellement dans la ville.

Cependant , le pape envoya pour légat en Syrie Pierre , archevêque de Lyon , qui , étant débarqué à Acre , alla d'abord faire les prières à Jérusalem (t2) ; mais Lambert et Arnoul le pressant de venir à Anlioche, il revint à Acre, où il tomba malade, et mourut, étant déjà avancé en âge. On disoit même qu'on lui avoit donné un breuvage empoisonné. Alors les adversaires du patriarche Kaoul , frustrés de leur espérance, et faligués de la pc^int» qu'ils avoient eue à la poursuite de cette afl'aire , cherchèrent à se réconcilier avec lui. Il rétablit Lambert dans son archidiaconé ; mais il ne voulut point pardonner à Arnoul, qui, poussé à bout et appuyé par le prince , retourna à Rome solliciter l'envoi d'un nouveau légat. Pierre archevêque de Lyon , mourut le vingt-neuvième de mai mil cent trente-neuf, et eut pour successeur lalcon , doyen de la même église, qui, étant élu, fut recommandé au pape par Geofl'roy , évêque de Langres , et par saint Bernard, avec des témoignages avantageux de son mérite (3).

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